Risque de fractures vertébrales multiples à l'arrêt de PROLIA : ouverture d'une enquête pour évaluer un lien potentiel de causalité

Par Isabelle COCHOIS -
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L’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) annonce l’ouverture d’une enquête nationale de pharmacovigilance afin d’évaluer un lien de causalité potentiel entre l’arrêt du traitement par l'anticorps monoclonal PROLIA (dénosumab) et le risque de fractures vertébrales multiples.
Cette enquête est étendue dans le même temps à XGEVA dont le principe actif est le même que celui de PROLIA.
Les résultats sont attendus pour l’automne 2018.

Il est rappelé que la Société Française de Rhumatologie et le GRIO recommandent, à l'arrêt du dénosumab, d'instaurer en relais un traitement par bisphophonate oral ou injectable pour une période de 6 à 12 mois.

Le lien de causalité n'étant pas établi à ce jour, le rapport bénéfice/risque de PROLIA reste positif : l'ANSM recommande aux patients de ne pas interrompre d'eux-mêmes le traitement et de consulter leur médecin, si nécessaire.
Représentation en 3D d'un tissu osseux spongieux touché par l'ostéoporose (illustration).

Représentation en 3D d'un tissu osseux spongieux touché par l'ostéoporose (illustration).

Cette enquête de pharmacovigilance s'ajoute au suivi national de pharmacovigilance en place depuis 2011, année de la mise sur le marché de PROLIA.

Une analyse du risque de fracture vertébrale à l'arrêt de ce traitement avait par ailleurs été initiée en 2016 par l'Agence Européenne du Médicament (EMA) qui avait conclu, en 2017, à un manque de données pour établir le lien entre le dénosumab et le risque de fractures vertébrales.

Dans l'état actuel des données et dans l'attente des résultats de l'enquête en cours, le rapport bénéfice/risque de PROLIA reste positif, selon l'ANSM. 


Ouverture d'une enquête de pharmacovigilance sur PROLIA
Selon un point de situation de l'ANSM en date du 16 juin 2018, "Des cas de patients, notamment en Suisse, ayant développé à l'arrêt du traitement [par PROLIA] des fractures vertébrales multiples ont été notifiés
". 
En France11 cas ont été déclarés depuis la commercialisation en 2011 de cet anticorps monoclonal indiqué dans le traitement de l'ostéoporose, notamment chez la femme ménopausée, et de la perte osseuse chez les patients à risque élevé de fracture (Cf. Encadré 1).
 
Encadré 1 - Les indications de PROLIA 60 mg solution injectable en seringue préremplie
  • Traitement de l'ostéoporose chez les femmes ménopausées et les hommes à risque élevé de fractures (Cf. VIDAL Reco "Ostéoporose"). Chez les femmes ménopausées, PROLIA réduit significativement le risque de fractures vertébrales, non vertébrales et de la hanche.
  • Traitement de la perte osseuse associée à un traitement hormono-ablatif chez les hommes atteints de cancer de la prostate à risque élevé de fractures. Chez les hommes atteints de cancer de la prostate recevant un traitement hormono-ablatif, PROLIA réduit significativement le risque de fractures vertébrales (Cf. VIDAL Reco "Cancer de la prostate").

Selon l'ANSM, "Une diminution de la densité minérale osseuse liée à un effet rebond de la résorption osseuse après l'arrêt du traitement, pourrait être un facteur explicatif de ces fractures".

Dans ce contexte, l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a décidé d'ouvrir une enquête spécifique de pharmacovigilance afin d'évaluer le lien de causalité potentiel entre l'arrêt du traitement par PROLIA et la survenue des fractures vertébrales multiples.

Cette enquête, qui portera sur les cas rapportés en France et à l'étranger, sera étendue à XGEVA dont la substance active, le dénosumab
, est la même que celle de PROLIA (Cf. Encadré 2) mais dont les indications diffèrent (Cf. Monographie VIDAL d'XGEVA - Rubrique Indications).

Les premiers résultats sont attendus pour l'automne 2018

 
Encadré 2 - Le dénosumab, un anticorps monoclonal inhibiteur de la résorption osseuse
Le dénosumab est un anticorps monoclonal (IgG2) humain qui cible le RANKL, ligand du récepteur RANK.
Le dénosumab se lie de façon spécifique au RANKL avec une forte affinité, empêchant l'activation du récepteur RANK situé à la surface des ostéoclastes et de leurs précurseurs.
Le blocage de l'interaction RANK/RANKL inhibe la formation, la fonction et la survie des ostéoclastes et diminue ainsi la résorption osseuse dans l'os cortical et trabéculaire.
 
Les recommandations de la SFR et du GRIO aux professionnels de santé
L'ANSM rappelle les recommandations de la Société Française de Rhumatologie (SFR) et du Groupe de recherche et d'information sur les ostéoporoses (GRIO) selon lesquelles 
"A l'arrêt du dénosumab, compte tenu de la perte osseuse et du risque augmenté de fractures vertébrales multiples, certaines données montrent que les bisphosphonates sont efficaces pour prévenir la perte osseuse. Un traitement par bisphosphonate oral ou injectable pour une période de 6 à 12 mois doit dès lors être pris en relais en fin de ce traitement" (Cf. page 22/45 de Actualisation 2018 des recommandations françaises du traitement de l'ostéoporose post-ménopausique).


Conseils aux patients
Dans ce contexte, l'ANSM recommande aux patients de ne pas interrompre d'eux-mêmes leur traitement et de consulter leur médecin, si nécessaire.

Pour aller plus loin
Prolia (dénosumab) et risque potentiel de fractures vertébrales multiples à l'arrêt du traitement – Point de situation (ANSM, 18 juin 2018)
Actualisation 2018 des recommandations françaises du traitement de l'ostéoporose post-ménopausique (Revue du rhumatisme 2018, https://doi.org/10.1016/j.rhum.2018.02.005)


Sur VIDAL.fr

Sources : ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament)

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Vidal News du 2018-12-13

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