BEH sur la vaccination des jeunes enfants : enquête nationale menée auprès du grand public et des parents

Par Jean-philippe RIVIERE -
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L’agence Santé publique France publie un hors-série du Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire comportant notamment 2 articles sur les résultats du Baromètre santé 2016. Ils montrent une confiance quasi-unanime des parents envers les médecins sur la vaccination et une augmentation de l’adhésion aux vaccins en général.
 
Notons cependant que si cette adhésion est en hausse depuis l’épisode négatif de la grippe A/H1N1, elle ne retrouve pas les niveaux des années 2000.
 
De plus, la défiance envers certains vaccins (grippe, hépatite B, HPV), s'est accrue depuis 2010.

Enfin, une majorité de parents, en particulier ceux qui s’informent sur internet, s’inquiète en particulier de possibles effets secondaires graves avec le vaccin contre l’hépatite B.
 
Cela inquiète donc les autorités de santé et les incite à renforcer leur communication (dont ce hors-série, publié juste avant le débat parlementaire sur l’élargissement de l’obligation vaccinale, fait partie).
Mère expliquant à son enfant comment se passe une piqûre (illustration).

Mère expliquant à son enfant comment se passe une piqûre (illustration).

 
Un hors-série destiné à apporter des éclairages au grand public et aux professionnels
Le hors-série sur la vaccination publié le 19 octobre par le BEH (Bulletin épidémiologique hebdomadaire) vise à "apporter des éclairages permettant de mieux comprendre et faire comprendre les enjeux de la vaccination", selon François Bourdillon, Directeur général de Santé publique France.
 
Outre les résulltats des questions sur la vaccination du Baromètre 2016 de l'Inpes résumés ci-dessous, ce hors-série comporte une partie sur une enquête menée auprès de 1 584 médecins généralistes français (voir notre article sur cette enquête), un article sur une enquête qualitative réalisée auprès de 12 groupes de 10 personnes (connaissances et perceptions de l'obligation vaccinale), ainsi que deux points de vue et un article sur l'optimisation de la vaccination de masse, accessibles sur la version PDF du hors-série :
  • "Rendre les bienfaits de la vaccination perceptibles", point de vue de Sylvain Gautier et coll., pour le Collège de liaison des internes de santé publique ;
  • "50 000 médecins généralistes en première ligne", point de vue de Raphaël Lozat, spécialiste en médecine générale, responsable du Pôle santé des populations au Collège de la médecine générale ;
  • "Pourquoi des couvertures vaccinales très élevées chez le nourrisson sont-elles nécessaires ?", article de Matthieu Humez et coll., de l'agence Santé publique France.

Première partie de l'étude nationale : analyse de l'adhésion de la population générale à la vaccination
Suite à l'épisode de 2009 lié au virus A/H1N1 (tentative de vaccination de masse en dehors du circuit médical habituel s'étant soldée par un fiasco), la défiance envers le vaccin contre la grippe, puis les autres vaccins, s'est accrue.
 
La montée de cette défiance, peut-être renforcée par des problèmes de disponibilité récents, inquiète les autorités au point de proposer aux députés de voter fin 2017 un élargissement de l'obligation vaccinale, ce qui ne s'était plus produit depuis les années 60.
 
Afin d'en savoir plus sur l'évolution de cette défiance, Arnaud Gauthier et le groupe Baromètre santé 2016 ont analysé les réponses téléphoniques sur la vaccination de 14 875 personnes de 18 à 75 ans (pour mémoire, ce baromètre organisé par l'INPES depuis 1992 aborde de nombreux sujets de santé).
 
Une division par 2 du nombre de personnes se disant "pas du tout favorables à la vaccination en général"
Par rapport aux chiffres préoccupants de 2010, les résultats 2016 montrent une augmentation importante de l'adhésion à la vaccination en général ("très favorable" + "plutôt favorable" : plus de 3 personnes sur 4), avec division par 2 de la réticence complète (pourcentage de personnes "pas du tout favorables" à la vaccination passant de 19 % en 2010 à 8,2 % en 2016) :
 


Par contre, comme le font remarquer les auteurs, cette adhésion a légèrement baissé depuis 2014 et reste encore largement inférieure à celle de 2000 et 2005.
 
Des variations notables en fonction de l'âge, du niveau d'études, de revenus, de la présence d'enfants et du lieu d'habitation
Les personnes les plus jeunes (18-24) sont les plus favorables à la vaccination, tandis que les 25-34 ans sont les moins favorables.
 

Les personnes les plus diplômées et les plus aisées se disent davantage favorables à la vaccinaiton que les autres.
 
Les personnes sans enfant de 1 à 15 ans sont moins confiantes que les personnes sans enfant de cet âge (OR = 1,2 ; p<0,01).
 
Enfin, les habitants du Centre – Val de Loire et de l'Ile-de-France sont les plus favorables, et les habitants du sud-est, de la Corse et de l'Occitanie les moins favorables.
 
Par contre, les auteurs n'ont pas trouvé de différence de confiance entre les hommes et les femmes.
 
Défiance en hausse vis-à-vis de certains vaccins
Les auteurs ont interrogé les personnes sur leur confiance en fonction des vaccins.
 
41,5 % des personnes interrogées ont une opinion défavorable à certaines vaccinations (sans précision sur les vaccins), chiffre en baisse (53,2 % en 2010, 44,9 % en 2014).
 
Lorsque les personnes interogées le sont vaccin par vaccin, les auteurs constatent que la défiance porte principalement sur 3 vaccins (grippe, hépatite B et HPV) et s'est accrue depuis 2010 :
 


A noter que les femmes de 45 à 64 ans sont 6,6 fois plus défiantes que les hommes du même âge vis-à-vis du vaccin HPV (contre certains papillomavirus humains). Les parents d'enfants de 1 à 15 ans sont plus défiants que la moyenne vis-à-vis de ce même vaccin HPV, ainsi que vis-à-vis du vaccin contre l'hépatite B.
 
Les femmes sont aussi 3,2 fois plus défiantes que les hommes vis-à-vis du ROR.
 

Les personnes de plus de 55 ans sont plus défiantes vis-à-vis du vaccin contre l'hépatite B, probablement en raison du souvenir de la polémique liée à la campagne de vaccination à l'école décidée à la fin des années 90 par Bernard Kouchner, puis arrêtée en raison de cette polémique.
 
Cette enquête montre donc une augmentation importante de l'adhésion globale, sans retrouver les niveaux des années 2000. Par contre, la défiance envers certains vaccins persiste, en particulier chez les personnes les plus défavorisées et lorsque les personnes sont concernées, pour elles-mêmes ou leurs enfants, par ces vaccinations.
 
"La poursuite des efforts d'information et de pédagogie auprès de la population générale est plus que jamais d'actualité", concluent les auteurs.
 
Deuxième partie de l'étude nationale : les sources d'information, opinions et pratiques sur la vaccination des parents d'enfants de 1 à 15 ans
Toujours dans le cadre du Baromètre santé, 3 938 parents d'enfants âgés de 1 à 15 ans ont été interrogés par téléphone en 2016, tout d'abord sur leurs moyens d'obtention d'informations sur les vaccins.
 
Les résultats montrent une information majoritairement recueillie auprès des médecins, puis d'internet :
 


Une confiance massive envers les informations recueillies auprès des médecins
La confiance envers les informations fournies par les professionnels de santé (médecins et pharmaciens) dépasse la confiance envers les informations délivrées par le ministère de la santé, tandis que la confiance envers l'information délivrée par l'industrie pharmaceutique est relativement faible :
 


L'hépatite B considérée comme une maladie grave, mais une crainte fréquente d'effets secondaires graves
Les auteurs ont interrogé ces parents sur leur opinion sur la rougeole, l'hépatite B et les vaccins correspondants.
 
Si plus de 9 parents sur 10 considèrent l'hépatite B comme une maladie grave, près d'1 parent sur 3 considère que ce n'est pas le cas pour la rougeole. Les vaccins sont reconnus comme efficaces mais un nombre significatif de parents craint leur tolérance, en particulier pour l'hépatite B :
 


Réalisation des vaccins ROR en hausse, en particulier lorsque les parents ne s'informent pas sur internet
Plus de 9 parents sur 10 (91,3 %) déclarent en 2016 que leur(s) enfant(s) est(sont) vacciné(s) par le ROR, soir une augmentation significative par rapport à 2000 (81 %), 2005 (82,2 %) et 2010 (89,4 %).
 
Cependant, cette pratique est plus fréquente chez les parents s'informant uniquement auprès de leur médecin (94,4 %) que chez les parents s'informant à la fois ) 
auprès de leur médecin et internet (88,8 %) et que chez les parents s'informant uniquement sur internet (84,6 %).
 
Réalisation des vaccins contre l'hépatite B en hausse, mais encore non majoritaire
44,8 % des parents interrogés en 2016 déclarent avoir vacciné leurs enfants contre l'hépatite B, contre seulement 29,4 % en 2010.
 
Ces parents qui ont opté pour cette vaccination sont plutôt jeunes (moins de 30 ans) et n'habitent pas dans le quart sud-est de la France. Ils attachent à ce vaccin deux fois moins de dangerosité que les parents qui ne l'ont pas fait administrer à leurs enfants.
 
En conclusion : une adhésion en hausse, une confiance maximale envers les informations délivrée par les médecins, mais des doutes de la population persistent
Ces deux études résumées dans le hors-série du BEH montrent donc une amélioration de l'adhésion vaccinale, avec une vaccination en hausse des nourrissons contre le ROR et l'hépatite B.
 
Cependant des hésitations persistent, en particulier chez les personnes les moins favorisées de notre société, en raison d'"un accès plus difficile à l'information et aux messages de prévention", suggèrent les auteurs.
 
Les auteurs insistent sur le rôle clef du médecin, confirmé par cette enquête, pour informer et faire adhérer les parents à la vaccination. A l'inverse, internet semble diminuer l'adhésion vaccinale : "l'ampleur des discours critiques sur le web doit donc être « rééquilibrée » par des informations accessibles, compréhensibles et validées scientifiquement sur la vaccination", suggèrent les auteurs, qui soulignent que c'est le rôle assigné au site Vaccination Info Service, ouvert en mars 2017.
 
Rappelons cependant qu'une partie non négligeable des médecins hésite aussi sur certains vaccins et adjuvants, comme l'a montré la partie de l'enquête de la DREES 2014 non reprise dans ce hors-série du BEH. Pour convaincre le grand public, les autorités devront donc aussi convaincre ces médecins hésitants. Peut-être via la qualité scientifique espérée de l'espace destiné aux professionnels de santé qui devrait être mis en ligne en 2018 sur le site Vaccination Info Service ?


En savoir plus :
 
Le hors-série du BEH, comportant les deux articles sur les résultats du Baromètre santé 2016

Vaccination des jeunes enfants : des données pour mieux comprendre l'action publique, 19 octobre 2017 (version PDF)


Sur VIDAL.fr

Hors-série du BEH sur la vaccination des jeunes enfants : enquête auprès de 1 582 médecins généralistes (octobre 2017)

Passage de 3 à 11 vaccins obligatoires : Agnès Buzyn annonce une loi à l'automne 2017 (juillet 2017)

Vaccinations : une concertation citoyenne riche en propositions… et en paradoxes ! (décembre 2016)

Sources : BEH

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Vidal News du 2017-11-16

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