Sclérose en plaques : analyse des facteurs de risque, symptômes et pathologies associés à la douleur

Par Stéphane KORSIA-MEFFRE -
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Des chercheurs australiens viennent de publier l’analyse d’une enquête internationale menée auprès de 2 362 patients atteints de sclérose en plaques. Cette enquête visait à explorer les liens entre complications douloureuses, facteurs de risque modifiables et pathologies ou symptômes associés.
 
Du côté des facteurs de risque modifiables liés au mode de vie (tabagisme, obésité, sédentarité, etc.), cette analyse met en évidence que le tabagisme et l’obésité sont associés à un doublement du risque de complications douloureuses chez les personnes qui ont déclaré la survenue de douleurs modérées à sévères dans les quatre semaines précédant l’enquête (soit 28,9 % des répondants).

À l’inverse, l’activité physique modérée à intense, ainsi qu’un bon équilibre alimentaire, semblent réduire le risque de syndrome douloureux lié à la sclérose en plaques.
 
Ces observations sont cohérentes avec celles obtenues chez des personnes souffrant de douleurs chroniques liées à l’âge ou de lombalgies chroniques.

La causalité n'étant pas démontrée (nombreux biais), les auteurs insistent sur l’importance de mener des études contrôlées pour confirmer ou infirmer que des modifications de l’hygiène de vie (arrêt du tabac, équilibre alimentaire, activité physique régulière) préviennent et/ou soulagent les complications douloureuses de la sclérose en plaques.

Par ailleurs, cette étude montre que les personnes atteintes d'une sclérose en plaques et sujettes à des complicaitons douloureuses présentent plus fréquemment de la fatigue, de l'anxiété ou encore une dépression. Là encore, la causalité n'est pas démontrée, mais il est possible que la prise en charge de ces difficultés soulage ces patients. 
Le tabagisme, l'obésité, le déséquilibre alimentaire et la sédentarité semblent augmenter le risque de complications douloureuses dans la SEP

Le tabagisme, l'obésité, le déséquilibre alimentaire et la sédentarité semblent augmenter le risque de complications douloureuses dans la SEP


La douleur est une complication fréquente de la sclérose en plaques
Selon les études, entre 30 et 85 % des personnes souffrant de sclérose en plaques (SEP) connaissent des complications douloureuses : maux de tête, lombalgie, douleurs neuropathiques, spasmes douloureux, par exemple.

Ces complications sont davantage observées lorsque la maladie est ancienne, lorsqu'elle entraîne des handicaps ou si les rechutes aigues sont fréquentes.

Parce que certains facteurs modifiables liés au mode de vie (tabagisme, déséquilibre alimentaire, sédentarité) ont un effet aggravant dans d'autres maladies chroniques douloureuses, par exemple, l'arthrose (voir Shi Y et al. 2010) ou les lombalgies chroniques (voir Wai EK et al., 2008), la question se pose de leur impact sur les complications de la SEP.
 
Une étude réalisée en ligne pour explorer les facteurs associés à la douleur liée à la SEP
Dans un article publié dans Frontiers in Neurology, des chercheurs australiens exposent les résultats d'une enquête internationale menée en ligne auprès de 2 362 adultes anglophones atteints de sclérose en plaques depuis plus de quatre ans (82,2 % de femmes, 50 % de personnes recevant un traitement spécifique contre la SEP).

Ce questionnaire a été conçu pour essayer de mesurer l'impact des facteurs de vie modifiables sur la fréquence de douleurs modérées à sévères dans les quatre semaines précédant la réponse de chaque participant.

Sur les 2 362 répondants, 
28,9 % ont déclaré avoir souffert de douleurs modérées à sévères dans les quatre semaines précédant leur réponse. Par ailleurs, 24,7 % n'avaient pas présenté de douleurs et plus de 40 % des douleurs sans impact sur la vie professionnelle (44,3 %) ou la capacité à profiter de la vie (43,7 %).
 

En cas de SEP, le tabagisme est associé à un doublement du risque de douleur significative 
L'analyse des données concernant le tabagisme montre que fumer est associé à un doublement du risque de connaître des complications douloureuses dans la SEP.

Cette observation est ligne avec celle, bien documentée, du rôle aggravant du tabac dans l'évolution de la SEP (voir par exemple Weston M et Constantinescu CS, 2015).

L'effet du tabac sur la fréquence des complications douloureuses est décrit dans d'autres maladies chroniques comme, par exemple, les lombalgies.

Cet effet serait lié aux propriétés antinociceptives du tabac qui, par un effet de boucle positive, tend à augmenter la consommation tabagique et à diminuer le seuil de perception de la douleur (voir par exemple, Ditre JW et al., 2011).
 
L'obésité est également associée à un doublement de la fréquence des symptômes douloureux dans la SEP
L'enquête publiée dans Frontiers in Neurology constate que les complications douloureuses de la sclérose en plaques sont deux fois plus fréquentes chez les personnes obèses.

De manière convergente, l'analyse de l'impact de l'équilibre alimentaire (mesuré par le Dietary Habits Questionaire qui évalue l'équilibre sur une échelle de 1 à 100) montre qu'un gain de 10 points sur cette échelle se traduit par une réduction de 1,2 du risque de syndrome douloureux.

Pour tenter de comprendre ce lien, les auteurs rappellent les interactions complexes entre la qualité de l'alimentation et l'intensité de l'inflammation dans les maladies inflammatoires chroniques.
 
L'activité physique est associée à une réduction du risque de syndrome douloureux dans la SEP
Autre élément de l'équation entre obésité et syndrome inflammatoire, l'activité physique a été évoquée comme facteur réduisant la douleur dans diverses maladies chroniques, dont des maladies musculosquelettiques comme la fibromyalgie.

L'enquête menée par l'équipe australienne montre qu'une activité physique régulière est associée à une réduction du risque de complications douloureuses dans la SEP (d'un facteur de 1,4 à 1,7 selon l'intensité de la pratique).

Pour tenter d'expliquer cette observation, les auteurs rappellent que la pratique régulière d'une activité physique ou sportive augmente le seuil de perception de la douleur et améliore la tolérance à la douleur (voir la revue de Koltyn KF, 2000).
 
Ces facteurs liés au mode de vie, modifiables, paraissent plus influents sur la survenue de douleurs que l'ancienneté de la SEP
Dans cette cohorte de participants volontaires (donc non représentative), la prise en compte des facteurs de risques liés au mode de vie dans l'analyse globale des déterminants de la douleur efface l'effet de l'ancienneté de la maladie précédemment décrit dans la sclérose en plaques.

En d'autres termes, l'ancienneté de la maladie n'est plus associée aux douleurs chroniques lorsque les résultats sont ajustés pour ces facteurs de vie modifiables.

Par contre, le degré de handicap et la fréquence des rechutes aigues restent deux facteurs prédictifs du syndrome douloureux, sans effet des facteurs de vie modifiables.


La modification d'un facteur de risque lié au mode de vie agit-elle sur la douleur directement ou indirectement ? 
Les auteurs de l'article de Frontiers in Neurology s'interrogent sur les modes d'action des facteurs liés au mode de vie identifiés comme influençant le risque de complications douloureuses.

La correction des facteurs de risque modifiables et l'accentuation de l'activité physique a-t-elle un 
effet direct sur les médiateurs de l'inflammation ou la perception de la douleur, ou a-t-elle un effet médié par une meilleure qualité de vie psychique (plus d'énergie, moins d'anxiété et de dépression) ? 
 
 
La douleur dans la SEP est souvent accompagnée de fatigue, de dépression et d'anxiété
En sus de la présence éventuelle de facteurs de risque liés au mode de vie, les auteurs se sont intéressés à l'éventuelle augmentation d'autres complications décrites avec la SEP chez les patients présentant des complications douloureuses (en comparant aux patients ne présentant pas de douleurs significatives). 

Ils ont observé que les patients atteints d'une SEP et de complicaitons douloureuses avaient 6,7 fois plus de risque de souffrir de fatigue4 fois plus de risque d'être dépressif et 2,4 fois plus de risque de présenter une forme d'anxiété

Ces résultats sont cohérents avec un plus mauvais score à la dimension psychique du questionnaire de qualité de vie utilisé (MSQOL-54).

Par contre, cette étude ne permet pas de savoir si les troubles psychiques et la fatigue associés à la douleur sont causés par cette douleur ou s'ils l'ont-ils déclenchée, accentuée. 


Au total : des limites, mais des pistes de travail et de recherche de facteurs favorisants en consultation
Les auteurs regrettent de ne pas avoir enrichi leur questionnaire de questions sur la qualité du sommeil et la consommation de médicaments antalgiques, qui auraient pu compléter l'analyse de l'influence des facteurs de risque évitables sur la douleur dans la SEP.  Le mode de recueil des données (questionnaire en ligne), constitue également un biais important.

Enfin, comme évoqué ci-dessus, ces résultats montrent certes une association entre douleur, facteurs de risque liés au mode de vie, anxiété, fatigue et dépression, mais il n'est pas possible de savoir si la correction des facteurs de risque diminuera réellement la douleur, ni de savoir si la prise en charge des symptômes et dépression associés lèveront cette douleur. 

Ces résultats préliminaires, bien qu'affaiblis, semblent néanmoins justifier des études complémentaires contrôlées pour évaluer l'impact de mesures d'hygiène de vie (arrêt du tabac, activité physique, alimentation équilibrée) et de la prise en charge de comorbidités (anxiété, dépression, fatigue) dans la prévention et la prise en charge des complications douloureuses de la sclérose en plaques.


Pour aller plus loin
 
L'enquête internationale publiée dans Frontiers in Neurology
Marck CH et al. « Pain in People with Multiple Sclerosis: Associations with Modifiable Lifestyle Factors, Fatigue, Depression, Anxiety, and Mental Health Quality of Life. » Front Neurol. 2017; 8: 461.
 
Un article sur l'influence du tabac sur la perception de la douleur
Ditre JW, Brandon TH, Zale EL, Meagher MM. « Pain, nicotine, and smoking: research findings and mechanistic considerations. » Psychol Bull (2011) 137(6):1065–93.
 
Un article sur l'impact du tabagisme sur la progression de la SEP
Weston M, Constantinescu CS. « What role does tobacco smoking play in multiple sclerosis disability and mortality? A review of the evidence. » Neurodegener Dis Manag (2015) 5(1):19–25.
 
Un article sur l'impact des facteurs de risque liés au mode de vie modifiables sur les douleurs liées à l'âge
Shi Y, Hooten WM, Roberts RO, Warner DO. « Modifiable risk factors for incidence of pain in older adults. » Pain (2010) 151(2):366–71.
 
Un article sur l'impact des facteurs de risque liés au mode de vie modifiables sur les douleurs liées aux lombalgies
Wai EK, Rodriguez S, Dagenais S, Hall H. « Evidence-informed management of chronic low back pain with physical activity, smoking cessation, and weight loss. » Spine J (2008) 8(1):195–202.
 
Une revue sur les propriétés analgésiques de l'exercice physique
Koltyn KF. « Analgesia following exercise: a review. » Sports Med (2000) 29(2):85–98.
 
Les recommandations européennes de prise en charge de la fibromyalgie
Prise en charge thérapeutique de la fibromyalgie : nouvelles recommandations européennes (Eular), Vidal Actualités, 28 juillet 2016
 

 

Sources : Frontiers in Neurology

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Vidal News du 2017-12-14

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