Tatouages, détatouages, faux ongles… : comment réduire les risques pour la santé ?

Par Stéphane KORSIA-MEFFRE -
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À la suite d’une séance thématique intitulée "Décoration du corps humain et risques pour la santé", l’Académie de pharmacie a récemment publié des recommandations destinées à réduire le risque d’effets indésirables et de complications liées aux pratiques comme le tatouage, le détatouage, la pose d’ongles synthétiques, le blanchiment dentaire, etc.
 
Ces recommandations insistent sur le besoin d’information des publics, de formation de professionnels, de recherche toxicologique et épidémiologique, ainsi que sur l’importance du contrôle et de la traçabilité des produits employés.
 
Ces recommandations insistent en particulier sur le flou qui existe autour de la composition des encres de tatouage les plus récentes, ainsi que leur traçabilité. Outre le fait que ces encres peuvent rendre impossible le détatouage au laser, une étude récente a montré que, au-delà du derme, leurs particules les plus fines se fixent dans les ganglions lymphatiques où elles provoquent une désorganisation cellulaire.
Les bonnes pratiques de tatouage permettent de limiter, mais non supprimer, les risques d'effets indésirables, immédiats ou à long terme (illustration).

Les bonnes pratiques de tatouage permettent de limiter, mais non supprimer, les risques d'effets indésirables, immédiats ou à long terme (illustration).


Un Français sur 10 est tatoué (et 20 % des moins de 35 ans) !
En juin 2017, l'Académie de pharmacie s'est penchée sur la tendance actuelle qui pousse les Français à modifier leur corps à des fins décoratives, "pour séduire ou exprimer sa personnalité". La mode influe aussi sur les choix des motifs (exemple : tatouages maoris inspirés par les images des rugbymen maoris, tatouages visant à reproduire ceux d'une célébrité, etc.). 

On estime que 10 % de la population française est tatouée (20 % chez les moins de 35 ans), avec plus de 4 000 salons en activité.

La pratique du tatouage cosmétique (maquillage permanent) s'est également répandue.

Analyse d'autres pratiques à visée décorative en vogue aujourd'hui
Au-delà des tatouages, l'Académie a fait le point sur les conséquences sanitaires de pratiques aussi diverses que le piercing, le blanchiment des dents ou la pose d'ongles synthétiques.

Cependant, elle n'a pas abordé le blanc
himent de la peau, autre pratique qui se répand et peut être source d'effets indésirables et de complications.
 
Les effets indésirables et les complications des tatouages ont fortement diminué
Les complications des tatouages sont beaucoup moins fréquents depuis qu'une modification du Code de santé publique, parue en 2008, impose aux artistes tatoueurs (et pierceurs) de suivre trois journées (21 heures) de formation sur l'hygiène et les règles d'élimination des déchets d'activités de soins à risque infectieux et assimilés (DASRI).

Des risques d'allergies et des infections sont cependant toujours signalées
Environ 6 % des 7 millions de Français tatoués ont fait l'expérience d'effets indésirables, toutes sévérités confondues. Les complications encore observées sont essentiellement des allergies (en particulier aux encres rouges) et des infections (avec une recrudescence des infections à mycobactéries atypiques).

Sur l'élévation du risque de cancer de la peau possiblement associée au tatouage, régulièrement mise en avant, l'Académie précise qu'entre 1950 et 2012, seulement 54 cas ont été reportés ce qui n'en fait pas un surrisque évident, ni majeur s'il existe.
 
Composition réelle des encres de tatouage, la grande inconnue
Plus que le risque d'infection, les membres de l'Académie de pharmacie insistent sur le flou qui existe sur la composition des encres de tatouage (en particulier en ce qui concerne les encres de couleur et les conservateurs).

Des encres récemment apparues sur le marché du tatouage peuvent contenir des laques, des plastiques, etc., mais n'indiquent que rarement leur composition.

 
Quid d'un éventuel effet cancérigène des nanoparticules d'encre ? 
Une étude post-mortem allemande, publiée dans Nature Scientific Reports
 en septembre 2017 (après les recommandations de l'Académie de pharmacie), a montré que les plus petites particules contenues dans les encres migraient de façon permanente dans les ganglions lymphatiques drainant la région tatouée, ce qui soulève des questions quant aux effets à long terme de ces particules.  

Pour arriver à ce résultat, les chercheurs allemands ont utilisé les techniques de fluorescence aux rayons X pour rechercher la présence de particules d'encre de tatouage dans des ganglions lymphatiques de personnes tatouées décédées.

Confirmant des observations macroscopiques anecdotiques, cette étude a retrouvé des particules fines, voire de l'ordre de taille des nanoparticules, dans les sinus capsulaires des ganglions lymphatiques drainant la région tatouée.

Ces particules de pigments organiques, de métaux lourds ou d'oxyde de titane, avaient entraîné une réorganisation cellulaire locale habituellement observée lors de phénomènes d'inflammation cutanée. L'impact sanitaire de cette observation reste à préciser.

Le détatouage, dont la demande augmente proportionnellement avec la fréquence des tatouages, n'est pas toujours possible
L'Académie de pharmacie précise que, contrairement à une idée répandue, tous les tatouages ne peuvent pas être enlevés par traitement laser (erbium, QS 1064 nm, etc.).

En particulier, le détatouage n'est pas efficace sur les encres de couleur turquoise ou orangé, ni sur les tatouages les plus profonds ou les plus denses.

De plus, il est plus difficile de faire disparaître des tatouages de couleur effectués avec des encres récentes, comme celles contenant des laques.

Les tatouages superficiels à l'encre bleue ou noire peuvent être enlevés en quelques séances, mais des traces brunes subsistent parfois.
 
Les ongles de synthèse peuvent aussi provoquer des complications, nécessitant des précautions spécifiques
La pose de faux ongles est devenue populaire, avec des ongles de divers matériaux fixés par une grande variété de colles. Souvent la pose de ces ongles nécessite le durcissement de substances à l'aide d'une lampe UV.

L'Académie de pharmacie rappelle que cette pratique (et en particulier la dépose de ces ongles pour les changer) peut provoquer des troubles : dermite de contact, paresthésies, décollement de la tablette unguéale, infections, etc.

De plus, des brûlures superficielles des mains ont été observées avec des lampes UV non conformes aux normes européennes.

Sur les conséquences sanitaires de la pose d'ongles, l'Agence nationale de sécurité des médicaments et des produits de santé (ANSM) a publié une liste de précautions qui rappelle que les personnes âgées de moins de 16 ans, les femmes enceintes et le personnel soignant doivent s'abstenir de cette pratique.
 
Des recommandations en termes d'information des personnes souhaitant se faire tatouer
Dans ses recommandations, l'Académie de pharmacie insiste sur la nécessité d'informer les personnes qui sollicitent ces décorations sur les bonnes pratiques (recours à un professionnel) et sur les conséquences qu'elles peuvent avoir (difficulté à détatouer, comportement dans le temps des différentes couleurs d'encre, risque en terme d'exposition au soleil, etc.).

Cette information devrait être délivrée par les professionnels aux clients potentiels, mais aussi aux adolescents par le biais des enseignants, animateurs, parents, etc.

Des actions de formation devraient être mises en place auprès de ces professionnels, ainsi que des actions de vulgarisation vers les publics concernés.
 
Des recommandations concernant la déclaration des effets indésirables et la traçabilité des produits
L'Académie de pharmacie recommande aussi d'améliorer la connaissance de la composition des produits utilisés (encres, colles, etc.), leur contrôle et leur traçabilité, ainsi que de favoriser systématiquement la déclaration d'effets indésirables par les professionnels et les clients, sur le modèle de ce qui est fait pour les médicaments.

Les Académiciens souhaitent également que les professionnels et les publics soient avertis des dangers du recours à des produits non contrôlés disponibles sur internet (encres bon marché, kits de pose d'ongles, kits de blanchiment des dents, etc.).

Enfin, l'Académie regrette qu'ait été supprimé, en janvier 2016, le CAP de styliste ungulaire exigé pour l'inscription des boutiques posant des faux ongles à la Chambre de commerce.
 
Et des recommandations concernant des pistes de recherche
Enfin, l'Académie de pharmacie exprime son souhait de voir davantage d'activités de recherche autour de l'impact sanitaire des pratiques de décorations du corps, dans les domaines de l'anthropologie, de la toxicologie, de l'identification et de l'évaluation des risques, ou en termes de connaissance des produits utilisés.
 
Pour aller plus loin
 
"Décoration du corps humain et risques pour la santé, Recommandations adoptées par le Conseil de l'Académie de pharmacie", 21 juin 2017
 
Décoration du corps humain et risques pour la santé, Compte-rendu de la séance thématique", 14 juin 2017
 
Schreiver I, Hesse B et al. « Synchrotron-based ?-XRF mapping and ?-FTIR microscopy enable to look into the fate and effects of tattoo pigments in human skin » Nature Scientific Reports 7, Article number: 11395 (2017)
 
« Pose d'ongles artificiels : l'ANSM informe sur les risques et les précautions à prendre - Point d'information », ANSM, 2 août 2016
 

Le site du Syndicat National des Artistes Tatoueurs, présidé par le célèbre tatoueur partisien Tin-Tin (militant de longue date des bonnes pratiques : sécurité, pas de tatouage des mineurs, pas de tatouage des parties découvertes -visage et mains -, etc.)

Article R1311-3 du Code de la santé publique, février 2008, complété en 2010


Sur VIDAL.fr : 
Tatouages éphémères noirs à base de henné : des risques de réactions cutanées sévères (juillet 2013)

Sources : Académie nationale de pharmacie

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Vidal News du 2017-12-14

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