Cancer métastatique : résultats positifs et encourageants d'un télésuivi par internet (ASCO 2017)

Par Jean-Philippe RIVIERE -
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Le plus grand congrès du monde de cancérologie, l’ASCO, a eu lieu du 2 au 6 juin 2017. Comme chaque année, des centaines d’études ont été présentées. L’une d’entre elle concernait l’impact d’un programme de télésuivi des symtpômes de patients atteints de cancers métastatiques sous chimiothérapie.
 
Cette étude randomisée contrôlée, menée par l’oncologue américain Etan Basch, a fait l’objet d’une plénière le 4 juin et a été ensuite très médiatisée dans le monde.

Pourquoi ? Car la moitié des patients du groupe "programme de télésuivi par internet" (programme STAR), qui ont pu signaler toute anomalie en temps réel aux infirmiers et aux médecins, ont vécu 5 mois de plus que les patients du groupe témoin, sans programme de télésuivi.
 
Cette amélioration, notable dans ce contexte, de l’espérance de vie, couplée à une amélioration de la qualité de vie et à un moindre recours aux urgences, confirme l’importance d’un suivi étroit en ambulatoire, par internet ou autre, afin d’augmenter les chances des patients gravement malades de mieux vivre avec leurs symptômes et difficultés quotidiennes.
Le programme de télésuivi expérimenté permet aux patients de renseigner leurs symptômes à domicile par internet (illustration).

Le programme de télésuivi expérimenté permet aux patients de renseigner leurs symptômes à domicile par internet (illustration).


STAR, un programme de recueil  et transmission par internet des symptômes
Les patients atteints d'un cancer traité par chimiothérapie peuvent développer des symptômes gênants ou menaçants pendant le traitement, comme des nausées, douleurs, de la fatigue, diarrhée, constipation ou un essoufflement. Ces symptômes peuvent être dus au cancer lui-même ou aux traitements.
 
Mais ces symptômes ne sont pas toujours évoqués en consultation. Et entre les consultations, les patients ne vont pas toujours les signaler, ne pouvant évaluer leur impact, gravité éventuelle, etc.
 
Afin de les y aider, Ethan Basch, professeur de médecine à l'Université de Caroline du Nord à Chapel Hil, et ses collaborateurs américains ont élaboré un site internet appelé STAR ("Symptom Tracking and Reporting for Patients"), pour aider les patients à enregistrer leurs symptômes et les noter en temps réel, afin que leurs médecins et leurs infirmières puissent en être informés.
 
L'étude randomisée et contrôlée présentée le 4 juin 2017 à l'ASCO (American Society of Clinical Oncology), à Chicago, a été conçue pour savoir si STAR s'avère utile.
 
766 patients  recrutés entre septembre 2007 et janvier 2011 pour tester STAR
Les auteurs ont recruté, en 4 ans, 766 patients atteints d'un cancer métastatique (32 % génito-urinaire, 23 % gynécologique, 19 % du sein, 26 % du poumon) traité par chimiothérapie. L'âge moyen était de 61 ans (26 – 91).
 
Une partie de ces patients a pu accéder au programme STAR (par tablette, PC, kiosque informatique), lui permettant de signaler chaque semaine 12 symptômes (fatigue, nausées, vomissements, perte d'appétit, difficulté à respirer, douleurs, etc.) et noter leur intensité (échelle de 5 points). Les autres patients ont reçu les soins usuels.
 
Lorsqu'un patient du programme STAR mentionnait un symptôme sévère ou s'aggravant, une infirmière était prévenue, informant si besoin le médecin (ajustement de la chimiothérapie, ou prescription de médicaments  supplémentaires)  et fournissant des conseils.
 
A chaque visite à l'hôpital (Memorial Sloan Kettering Cancer Center), le médecin oncologue recevait une liste imprimée des symptômes renseignés par les patients du groupe STAR .
 
Les résultats ont été ajustés en fonction de l'âge (âge moyen 61 ans, 26-91 ans), du sexe (58 % de femmes), de la "race" (86 % de "blancs"), du niveau d'éducation (22 % sans éducation supérieure) et du type de cancer (cf. supra).
 
Résultat : 5 mois de survie supplémentaires dans le groupe STAR
Les résultats montrent que la médiane de survie des patients ayant télé-renseigné leurs symptômes était significativement allongée de 5 mois par rapport au groupe témoin : 31 vs 26 mois (p = 0,03).
 
Cette augmentation de 5 mois est certes modérée, mais rappelons qu'il s'agit de patients très gravement atteints. A titre de comparaison, elle équivaut largement aux améliorations espérées avec certains nouveaux traitements anticancéreux ajoutés aux anciens.
 
Moins de visites aux urgences, une meilleure observance et une amélioration de la qualité de vie
Les patients du groupe STAR ont effectué 7 % de visites en moins aux urgences, et leur qualité de vie s'est améliorée de 31 %, selon les évaluations effectuées par les auteurs à partir des symptômes.
 
Ces derniers ont aussi constaté que ces patients continuaient davantage la chimiothérapie que ceux du groupe témoin (2 mois supplémentaires), ce qui suggère qu'ils la toléraient peut-être mieux.

Nouvelle démonstration de l'intérêt d'un suivi étroit et réactif, centré sur le patient et facilité par la e-santé
Ces résultats confirment l'intérêt non seulement en termes de qualité de vie, mais aussi d'espérance de vie, d'un suivi étroit des patients atteints de maladies graves, entre deux consultations ou hospitalisations.
 
"Cette nouvelle étude fournit une solution. Elle montre que nous pouvons soulager les souffrances et améliorer le pronostic en fournissant davantage de soins centrés sur le patient. Cela a été montré grâce à une intervention simple, un service en ligne qui permet aux patients d'auto-évaluer leurs symptômes et qui envoie des alertes aux infirmières à chaque fois que les patients présentent un symptôme sévère ou une aggravation" , a déclaré le Pr Basch à l'ASCO.
 
En conclusion : des bénéfices intéressants, à confirmer par une étude plus ample et multicentrique
Cette étude n'a été effectuée que dans un seul hôpital, chez une très large majorité de patients blancs et "éduqués".  L'intérêt de ce télésuivi mériterait d'être confirmé par une étude de plus grande ampleur, avec une population plus variée et, pourquoi pas, avec d'autres pathologies ?

Cette étude confirme aussi que les outils numériques, lorsqu'ils sont utilisés à bon escient, peuvent faciliter le suivi et améliorer  la qualité de vie des patients (voir par exemple notre article sur un programme de téléassistance pour la gestion de douleurs chroniques). Rappelons cependant qu'en France, malgré un décret paru en 2009, les actes de télémédecine (téléconsultation, télésuivi, téléconseil, téléexpertise, téléassistance, etc.) ne sont pas spécifiquement codés à l'hôpital et rémunérés, ce qui freine leur utilisation.

En savoir plus :
 
Overall survival results of a randomized trial assessing patient-reported outcomes for symptom monitoring during routine cancer treatment, Basch E et coll., ASCO abstract LBA2, 4 juin 2017
 
Overall Survival Results of a Trial Assessing Patient-Reported Outcomes for Symptom Monitoring During Routine Cancer Treatment, lettre de recherche, Basch E et coll., JAMA, 4 juin 2017
 
Internet-based System for Cancer Patients to Self-report Toxicity, étude n° NCT00578006, clinicaltrials.gov

Real-Time Patient-Reported Side Effects Linked With Improved Survival, John Schieszer, cancernetwork.com, Oncology Journal, 4 juin 2017

Sur VIDAL.fr : 

Infection respiratoire aiguë : en téléconsultation, davantage d'antibiotiques à large spectre sont prescrits (étude américaine) (juin 2015)

Prise en charge des plaies chroniques et/ou complexes : la télémédecine expérimentée dans 9 régions françaises (mai 2015)

Téléconseil symptomatique ou thérapeutique, par téléphone, mail ou internet : quels sont les risques ? Interview de Patrick de la Grange (février 2015)

Douleurs chroniques : résultats encourageants d'un programme de "télé-gestion" des soins (juillet 2014)

Sources : JAMA

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Vidal News du 2017-12-07

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