Syndrome d’épuisement professionnel (burnout) : recommandations HAS de repérage et prise en charge

Par Claire LEWANDOWSKI -
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La Haute Autorité de Santé (HAS) a publié le 22 mai 2017 une fiche mémo sur le burn-out (ou syndrome d’épuisement professionnel).
 
Cette fiche est proposée pour aider les professionnels de santé, en priorité les médecins généralistes et du travail, à mieux comprendre, prévenir, diagnostiquer et prendre en charge sur le plan clinique ce syndrome (l’action sur le milieu et l’organisation du travail ne fait pas partie du champ de ces recommandations, mais est également indispensable dans une démarche de prévention).
 
Voici les principaux points abordés par la HAS dans cette fiche, étayés par un volumineux rapport d’élaboration, ainsi qu'un focus sur l'action récente d'une association destinée à tenter d'aider les professionnels de santé en situation de souffrance au travail.
Les soignants sont davantage à risque de burnout (illustration).

Les soignants sont davantage à risque de burnout (illustration).

 
La souffrance psychique causée ou aggravée par le travail augmente en France
Après les affections de l'appareil locomoteur, la souffrance psychique causée ou aggravée par le travail est le 2e groupe d'affections d'origine professionnelle décrit dans la population salariée active française, selon une analyse par l'Institut national de veille sanitaire du programme de surveillance des maladies à caractère professionnel parue dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire en 2015.


Cette soufrance était deux fois plus fréquente chez les femmes (3,4 %) que chez les hommes (1,4 %) en 2012, toujours selon l'analyse de l'Institut national de veille sanitaire. Cette prévalence identifiée en visite médicale est en augmentation constante depuis 2007. 
 

De la souffrance psychique au burnout
Le 1er juillet 1969, dans un 
article de la revue Crime & DeliquencyH.B. Bradley utilise pour la première fois le terme de burnout pour décrire un stress particulier, intense lié aux conditions de travail.

Depuis, ce terme a été repris et ce concept exploré par des psychanalistes, psychologues et chercheurs.

L'équivalent en français du terme anglais burnout, syndrome d'épuisement professionnel, est actuellement défini par un "épuisement physique, émotionnel et mental qui résulte d'un investissement prolongé dans des situations de travail exigeantes sur le plan émotionnel" (proposition de définition de Schaufeli et Greenglass en 2001).

Le burnout, un syndrome, trois dimensions possibles
La HAS évoque les travaux de Christina Maslach, psychologue américaine spécialisée dans les domaines de l'épuisement et le stress au travail depuis la fin des années 70. Ses travaux ont permis de concevoir le syndrome d'épuisement professionnel comme un processus de dégradation du rapport subjectif au travail à travers trois dimensions :
  • l'épuisement émotionnel,
  • le cynisme vis-à-vis du travail ou dépersonnalisation (déshumanisation, indifférence),
  • la diminution de l'accomplissement personnel au travail ou réduction de l'efficacité professionnelle.

Un syndrome non reconnu par les classifications de maladies, ni comme maladie professionnelle
Malgré des travaux désormais publiés sur plusieurs décennies, le syndrome d'épuisement professionnel n'est toujours pas considéré comme une maladie dans les classifications de référence (CIM-10 et DSM-5)
 
Il ne peut donc pas être reconnu comme maladie professionnelle.
 
Parfois diagnostiqué à tort ou confondu avec d'autres troubles psychiques (dépression, troubles anxieux, stress post-traumatique), il nécessite une prise en charge médicale et un accompagnement professionnel spécifique.

Une attention particulière est portée aux soignants, une population exposée à risque (cf. infra).
 
Reconnaître un burnout
Le terme burnout se traduit donc par un épuisement physique, émotionnel et psychologique profond liés à un processus de dégradation du rapport subjectif au travail.
 
Les manifestations cliniques sont cependant très variables d'une personne à l'autre, plus ou moins intenses, d'installation progressive, "souvent insidieuse", discrète, ce qui complique le diagnostic et donc la prise en charge.
 
La HAS liste les manifestations cliniques qui peuvent y faire penser :
  • émotionnelles : anxiété, tensions musculaires diffuses, tristesse de l'humeur ou manque d'entrain, irritabilité, hypersensibilité, absence d'émotion ;
  • cognitives : troubles de la mémoire, de l'attention, de la concentration, des fonctions exécutives ;
  • comportementales ou interpersonnelles : repli sur soi, isolement social, comportement agressif, parfois violent, diminution de l'empathie, ressentiment et hostilité à l'égard des collaborateurs ; comportements addictifs ;
  • motivationnelles ou liées à l'attitude : désengagement progressif, baisse de motivation et du moral, effritement des valeurs associées au travail ; doutes sur ses propres compétences (remise en cause professionnelle, dévalorisation) ;
  • physiques non spécifiques : asthénie, troubles du sommeil, troubles musculo-squelettiques (type lombalgies, cervicalgies, etc.), crampes, céphalées, vertiges, anorexie, troubles gastro-intestinaux.
 
Par ailleurs, Christina Maslach, évoquée ci-dessus, a mis au point une échelle, la "Maslach Burn Out Inventory", permettant de rechercher un éventuel burn out dans ses trois dimensions (épuisement, dépersonnalisation, accomplissement personnel).

Cette échelle [NDLR : non citée par la HAS] est utilisable en français et en ligne en cliquant ici


Ecarter des pathologies sous-jacentes
Des pathologies psychiatriques peuvent causer ces symptômes, telles qu'un trouble anxieux, une dépression, un état de stress post-traumatique.
 
Le risque suicidaire doit aussi être évalué.
 
Un bilan somatique écartera des causes organiques possibles des symptômes évoqués ci-dessus, en particulier les symptômes physiques.
 
Rechercher des facteurs de risques personnels 
En cas de doute sur un syndrome d'épuisement professionnel, le médecin traitant, le médecin du travail ou l'équipe de santé au travail du centre de pathologie professionnelle doit pouvoir recueillir les conditions de travail et les facteurs de risque personnels.

Pour le repérage des facteurs de risque individuels, le médecin peut s'appuyer sur l'ensemble des manifestations cliniques, les antécédents personnels et familiaux. Le risque de développer un burnout peut notamment être associé à des antécédents dépressifs, à certains traits de personnalité pouvant limiter les capacités d'adaptation au stress ("coping").

Les événements de vie, le soutien de l'entourage, le rapport personnel au travail doivent aussi être pris en compte.  


Rechercher des facteurs de risques collectifs (liés au travail)
Pour aider au repérage des facteurs de risque liés au travail, la HAS a procédé à une analyse extensive de la littérature publiée sur le sujet et a finalement repris dans sa fiche mémo les conclusions tirées du rapport Gollac (2011) déterminant six catégories de facteurs de risque collectifs :
  • intensité et organisation du travail (surcharge de travail, imprécision des missions, objectifs irréalistes, etc.) ;
  • exigences émotionnelles importantes du travail concerné, avec confrontation à la souffrance, à la mort, dissonance émotionnelle ;
  • manque d'autonomie et de marges de manœuvre ;
  • relations dans le travail (conflits interpersonnels, manque de soutien du collectif de travail, management délétère, etc.) ;
  • conflits de valeurs ;
  • insécurité de l'emploi.
 
A l'inverse, des facteurs sont identifiés comme protecteurs (soutien social, stabilité du statut, collectif de travail vivant, moyens techniques, matériels et humains suffisants).
 
A chacune de ces étapes et avec l'accord du patient, la collaboration entre le médecin traitant et le médecin du travail est essentielle.
 
Focus sur les soignants, population particulièrement à risque de burnout
Comme le rappelle la Haute Autorité de Santé, les soignants sont une "population à risque historiquement identifiée et objet de nombreuses études montrant une morbidité particulièrement élevée".
 
Qu'ils exercent ou qu'ils soient en formation, le travail des professionnels de santé est particulièrement pénible. La confrontation fréquente avec la souffrance et la mort, avec des prises en charge lourdes, de l'insécurité, et l'organisation difficile du travail altèrent la santé psychique des soignants et la qualité des soins qu'ils prodiguent. 
 
Une prise en charge spécifique via un réseau de soin adapté, réactif et confidentiel est essentielle pour prévenir, dépister et optimiser la prise en charge du burnout dans cette population à risque. Un soutien social est indispensable, d'autant que la demande d'aide peut être retardée.
 
Rappellons que les professionnels de santé salariés bénéficient d'un suivi au sein de leur service de santé au travail comme tout autre travailleur salarié, ce qui n'est pas le cas des médecins libéraux (qui, de plus, n'ont pas toujours de médecin traitant...). Idem pour les infirmiers et sage-femmes libéraux. 

 
Une association denommée "Soins aux Professionnels de Santé" (SPS) a été lancée fin 2016. SPS a mis en place une plateforme téléphonique avec plus de 50 psychologues seniors et expérimentés pour démarrer une prise en charge psychologique de soignants en difficulté, par exemple en situation d'épuisement professionnel, en cas de conflits avec la hiérarchie, situations de harcèlement, conditions de travail éprouvantes, etc. 

Depuis sa mise en place, la plateforme SPS a déjà reçu plus de 1 000 appels (numéro vert gratuit - 0 805 23 23 36 -, disponible 24h/24 et 7j/7).

Au-delà de ce service, cette associaiton noue de nombreux partenariats institutionnels et privés pour "susciter une véritable prise de conscience et de proposer des actions concrètes, notamment le repérage, l'orientation et la prise en charge des professionnels de santé en souffrance".

Une prise en charge individuelle coordonnée par le médecin traitant
La prise en charge du burnout doit être individualisée en fonction des symptômes, des éventuelles pathologies associées, de l'historique du patient et de son travail.
 
Elle est coordonnée par le médecin traitant et se fonde principalement sur :
  • Des interventions psychothérapeutiques ou psychocorporelles (thérapies cognitivo-comportementales, relaxation, méditation pleine conscience…) ;
  • Une aide médicamenteuse dans certains cas, notamment par antidépresseurs, mais uniquement si le burn-out est associé à des troubles anxieux ou dépressifs,
  • L'intervention d'un psychiatre pour les cas complexes ou sévères, pour une réévaluation des traitements médicamenteux ou pour une poursuite d'arrêt maladie ;
  • Un arrêt de travail, dont la durée est adaptée à l'évolution du trouble et au contexte socio-professionnel .
 
Réussir le retour au travail
Le médecin du travail et son équipe de santé au travail doivent organiser et préparer au mieux le retour au travail du patient. L'analyse du poste et des conditions de travail permettra de mettre en place d'éventuelles actions de prévention individuelle et/ou collective.
 
Une (ou plusieurs) visite de pré-reprise pendant l'arrêt est essentiel pour accompagner la réinsertion socioprofessionnelle. En cas d'arrêt de travail d'une durée de plus de 3 mois, elle devient obligatoire.
 
À l'issue de cette visite, des aménagements ou des adaptations peuvent être recommandés ainsi que des pistes de reclassement ou des formations professionnelles.

Un suivi régulier, impliquant le médecin du travail, le médecin traitant et, le cas échéant le psychiatre, est par la suite nécessaire pour éviter la rechute.
 
Ressources utiles
La HAS propose plusieurs sites utiles pour aider à la prise en charge du burnout, notamment celui des soignants :

Claire Lewandowski et Jean-Philippe Rivière

En savoir plus :
 
HAS "Repérage et prise en charge cliniques du syndrome d'épuisement professionnel ou burnout", 22 mai 2017 (fiche mémo ; rapport d'élaboration).
 
Khireddine I et al. La souffrance psychique en lien avec le travail chez les salariés actifs en France entre 2007 et 2012, à partir du programme MCP. Bull Epidémiol Hebdo 2015;(23):431-8.
 
Schaufeli WB, Greenglass ER. Introduction to special issue on burnout and health. Psychol Health 2001;16(5):501-10.

Collège d'expertise sur le suivi des risques psychosociaux au travail, Gollac M. Mesurer les facteurs psychosociaux de risque au travail pour les maîtriser. Rapport du collège d'expertise sur le suivi des RPS au travail réuni à la demande du ministre du Travail et des Affaires sociales. Paris; 2011.

Sources : HAS (Haute Autorité de Santé)

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Vidal News du 2017-07-27

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