Rémunération sur objectifs de santé publique : bilan à 5 ans globalement positif, sauf sur la prévention

Par Jean-Philippe RIVIERE -
1
2
3
4
5
5.0
(2 notes)
vu par 2893 lecteurs


L’Assurance maladie vient de publier un bilan à 5 ans de la ROSP (rémunération sur objectifs de santé publique), indicateur par indicateur.
 
Si le suivi du diabète s’est amélioré en médecine générale, de même que l’optimisation des prescriptions et la lutte contre la iatrogénie, l’assurance maladie note un échec sur la prévention de la grippe par le vaccin annuel chez les personnes à risque et de la prévention anticancéreuse par le dépistage des cancers du col et du sein.
 
Voici donc un bilan à 5 ans de la ROSP, 2012 - 2016, alors qu’une nouvelle ROSP, avec 17 nouveaux indicateurs cliniques, entre en vigueur dès 2017 (voir notre article sur ces nouveaux indicateurs).
La ROSP est versée aux médecins libéraux en fonction d\'indicateurs négociés avec l\'assurance maladie dans le cadre d\'une convention médicale (illustration).

La ROSP est versée aux médecins libéraux en fonction d\'indicateurs négociés avec l\'assurance maladie dans le cadre d\'une convention médicale (illustration).


15 des 19 indicateurs cliniques ont évolué favorablement entre 2012 et 2016
Depuis 2012, le taux d'atteinte des objectifs de la ROSP a augmenté de 17,2 %, entraînant le versement de 6 983 euros en moyenne à chaque médecin généraliste en 2016, contre 6 756 en 2015.

Le coût global s'est élevé à 416,6 millions d'euros en 2016, contre 294,4 millions en 2012.
 
Suivi des patients diabétiques
Le suivi des patients diabétiques a été renforcé, avec surtout une augmentation notable des dosages d'hémoglobine glyquée (+ 9,2 %) et une augmentation de la prescription de statines et aspirine à faible dose chez les patients diabétiques à haut risque cardiovasculaire :



Néanmoins ces résultats sont en-dessous des objectifs fixés (>= 65 % pour l'hémoglobine glyquée, >= 80 % pour  le suivi ophtalmologique, >= 75 % pour la prescription de statines aux patients à haut risque cardiovasculaire, >= 65 % pour l'ajout d'aspirine à faible dose chez ces mêmes patients), ce qui explique leur modification par la nouvelle convention (cf. cet article).
 
Lutte contre la iatrogénie médicamenteuse
L'impact de la iatrogénie médicamenteuse, plus marqué chez les personnes âgées, est évalué à 130 000 hospitalisations par an et 10 000 décès par an.

Trois indicateurs de la ROSP ont été mis en place
pour tenter de diminuer une partie de cette iatrogénie chez les patients de plus de 65 ans :
  • diminution de la prescription de vasodilatateurs,
  • diminution de la prescription de benzodiazépines à demi-vie longue chez les patients de plus de 65 ans,
  • et diminution de la prescription pendant plus de 12 semaines de benzodiazépines à demi-vie courte ou longue chez l'ensemble des patients.
 
Les objectifs ont été atteints pour les vasodilatateurs (prescrits à 10,6 % des patients de plus de 65 ans en 2011, ils n'ont plus été prescrits qu'à 0,9 % d'entre eux en 2016). Cet objectif n'est donc plus présent dans la nouvelle ROSP.
 
Par contre, l'objectif d'une part inférieure à 5 % des patients de plus de 65 ans avec une prescription de benzodiazépines à demi-vie longue n'est pas atteint (passage de 13,7 % en 2011 à 9,6 % en 2016). 


Quant à la part des patients chez qui une prescription pendant plus de 12 semaines de n'importe quelle benzodiazépine a été effectuée, elle s'est maintenue (15 % en 2011, 14,3 %). L' objectif de moins de 12 % des patients n'est donc pas non plus atteint. 
 
Limitation de la prescription d'antibiotiques
Une réduction importante du nombre de prescriptions d'antibiotiques a été constatée en 5 ans chez les patients de 16 à 65 ans sans affection de longue durée (ALD) :
 


En raison de la persistance de la problématique d'antibiorésistance, deux nouveaux indicateurs ont été ajoutés dans la nouvelle convention (cf. cet article).
 
Echec de l'indicateur sur l'amélioration du taux de vaccination contre la grippe chez les personnes à risque
A l'inverse des indicateurs précédents, le pourcentage de personnes de plus de 65 ans, ou présentant une ALD, vaccinées contre la grippe a diminué de 5,1 % depuis 2011, loin  des objectifs fixés (plus de 75 % de la population cible) :  
 


Echec de la tentative d'augmentation de la pratique des dépistages des cancers du col de l'utérus et du sein
Le nombre de patientes âgées de 25 à 65 ans qui ont effectué un frottis cervico-vaginal au cours des 3 dernières années a diminué de 3 % entre 2011 et 2016, alors que ce dépistage paraît efficace pour prévenir la survenue de cancers liés à l'infection par papillomavirus humains. En 2018, un programme de dépistage organisé sera mis en place et influera peut-être sur cette participation.
 
De même, le nombre de patientes de 50 à 74 ans ayant passé une mammographie au cours des 2 dernières années a diminué de 2,6 % entre 2011 et 2016, là encore loin des objectifs fixés :



Rappelons que le médecin généraliste ne prescrit pas ces mammographies, les femmes de 50 à 74 ans étant invitées par lettre à se rendre dans un centre de radiologie.

Ce dépistage organisé du cancer du sein, dont le rapport bénéfices – risques est mal étayé actuellement, va cependant évoluer dans les prochaines années, avec une possible intégration du médecin traitant dans le processus de décision de participer, ou non, à ce dépistage organisé (voir notre article).
 
Bons résultats sur les indicateurs d'"optimisation et efficience des prescriptions"
Depuis 2011, la part des prescriptions d'antibiotiques, inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), statines, antihypertenseurs disposant d'un générique a fortement augmenté.
 
De même, la part de patients traités par aspirine à faible dose parmi les patients traités par antiagrégants plaquettaires est passée de 82 à 87 % entre 2011 et 2016.
 
Par contre, la part de prescriptions d'inhibiteurs d'enzyme de conversion (IEC) sur l'ensemble des prescriptions d'IEC et de sartans n'a pas atteint l'objectif fixé de plus de 65 % (passage de 39 à 44 % seulement).
 
Davantage d'utilisation de logiciels d'aide à la prescription et de réalisation de synthèses annuelles
Depuis la mise en place de la ROSP, l'utilisation de logiciels d'aide à la prescription a augmenté de 15 %. De même, la réalisation de synthèses annuelles à partir du dossier informatisé a progressé, passant de 71 % en 2012 à 84 % en 2016.
 
Dans le cadre de la nouvelle convention, les indicateurs d'organisation du cabinet sont désormais intégrés dans un nouveau forfait (voir, à nouveau, notre article sur les nouveaux indicateurs de la ROSP).
 
En savoir plus :
LA REMUNERATION SUR OBJECTIFS DE SANTE PUBLIQUE - Bilan à 5 ans et présentation du nouveau dispositif, Assurance maladie, 24 avril 2017
 
Sur VIDAL.fr :
Indicateurs "médicaments" de la ROSP : l'Assurance Maladie annonce des résultats positifs sur 3 ans, sauf sur la vaccination (mai 2015)
Comment les médecins généralistes perçoivent-ils les vaccinations ? Résultats d'une enquête de la DREES (avril 2015)
Médicaments hypnotiques : baisse du taux de remboursement à partir du 1er décembre 2014(novembre 2014)
Paquets neutres, e-cigarette, substituts, etc. : les 10 mesures "choc" du Programme national de réduction du tabagisme 2014-2019 (septembre 2014)
Politiques conventionnelles, rémunérations forfaitaires et démographie médicale : les recommandations de la Cour des Comptes (juillet 2014)
Rémunération sur Objectifs de Santé Publique : "les Conseils professionnels doivent réexaminer les objectifs" Dr Jacques Lucas (juillet 2014)

Sources : Assurance Maladie

Pour recevoir gratuitement toute l’actualité par mail
Je m'abonne !
Voir toutes les actualités

Vidal News du 2017-06-22