Hypertension artérielle : impact positif et dose-dépendant d'une diminution de la consommation d'alcool

Par CLAIRE LEWANDOWSKI -
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La prise en charge thérapeutique d’une hypertension artérielle débute avec des mesures hygiéno-diététiques, incluant une modération de la consommation quotidienne d’alcool éventuelle. Mais cette modération est-elle vraiment efficace ? Si oui, à quel point ?
 
Afin d’en savoir plus, des chercheurs canadiens ont effectué une revue systématique de tous les essais cliniques publiés incluant ce paramètre.
 
Leur analyse, publiée en février 2017 dans The Lancet, montre une réduction significative de la tension artérielle en cas de baisse de la consommation quotidienne d’alcool, du moins lorsque la personne concernée boit, au départ, au moins 3 verres par jour (effet-seuil).

Cette réduction est dose-dépendante, c’est-à-dire qu’elle se révèle plus forte en cas de consommation de départ plus élevée.
 
A l’inverse, en cas de consommation de 2 verres par jour ou moins, la réduction de la consommation quotidienne d’alcool n’a pas d’effet hypotenseur significatif.
 
En conclusion, les auteurs appellent à détecter, dans les pays où la consommation d’alcool est fréquente (donc en France…), les personnes hypertendues qui boivent plus de 2 verres d’alcool par jour afin de les aider en priorité à tenter de diminuer cette consommation.
En cas d'hypertension et de prise régulière de plus de deux verres d'alcool, baisser la consommation quotidienne diminue la tension artérielle (illustration).

En cas d'hypertension et de prise régulière de plus de deux verres d'alcool, baisser la consommation quotidienne diminue la tension artérielle (illustration).


L'hypertension artérielle, un fléau silencieux
L'hypertension artérielle, HTA, (définie par la mesure au repos d'une tension artérielle systolique, TAS > 140 mm Hg d'une tension artérielle diastolique, TAD > 90 mm Hg) concerne plus d'un milliard de personnes dans le monde et est l'un des cinq principaux facteurs de risque responsables de l'augmentation mondiale des maladies cardiovasculaires.
 
La prise en charge de l'HTA est de plus compliquée car elle ne provoque pas souvent de symptômes et nécessite un traitement, médicamenteux ou non, qui peut peser sur le quotidien des personnes concernées.
 
Les principaux facteurs de risque de l'hypertension artérielle essentielle (et non secondaire à une autre maladie) sont l'âge (perte d'élasticité des artères), le surpoids, la sédentarité, la consommation excessive de sel, de réglisse ou encore d'alcool.
 
Ci-dessous, lorsque nous évoquerons un verre d'alcool, cela signifiera un verre contenant environ 10 grammes d'alcool (source de l'image) :
 


En 2001, une diminution de la tension artérielle liée à la réduction de la consommation d'alcool déjà constatée, mais un manque de précision
La dernière revue systématique évaluant les effets de la réduction de la consommation d'alcool sur la TA a été réalisée il y a plus de 15 ans (Hypertension 2001).
 
Une réduction moyenne de la TAS de 3,31 mm Hg (IC à 95% [-4,10 à -2,52]) y avait été constatée, de façon égale entre les sexes, malgré la métabolisation différente de l'alcool entre les hommes et les femmes.
 
Réalisation d'une nouvelle revue systématique pour confirmer ces résultats et les affiner en fonction du sexe et de l'importance de la consommation initiale d'alcool
En raison des différences de distribution de la masse grasse, de la taille et de la solubilité de l'alcool, les auteurs de l'étude canadienne objet de cet article, publiée en février 2017 dans The Lancet, ont donc cherché à évaluer si l'effet de la réduction de la consommation d'alcool sur la TA variait en fonction du sexe et surtout en fonction de la quantité initiale de la consommation.
 
Les auteurs ont utilisé MedLine, Embase, la base de données Cochrane et le site de dépôt des études cliniques américain ClinicalTrials.gov pour leur recherche d'études incluant l'évaluation des conséquences d'un changement de la consommation moyenne d'alcool.
 
36 essais cliniques interventionnels regroupant près de 3 000 personnes dont la consommation d'alcool et la tension artérielle ont été analysés
Au total, 36 essais cliniques interventionnels incluant des données sur la consommation d'alcool et regroupant 2 865 participants (2 464 hommes et 401 femmes) ont été retenus pour l'analyse.
 
L'âge moyen pondéré des participants était de 49,5 ans et l'IMC moyen était de 27,1 kg/m² (surpoids).

La durée moyenne des essais était de 4 semaines.
 
Quatre groupes constitués en fonction du niveau de consommation
Les auteurs ont regroupé les données en fonction des consommation d‘alcool relevées :
  • Moins de 2 verres par jour (15 grammes en moyenne) ;
  • 3 verres par jour (30 grammes) ;
  • 4 à 5 verres par jour (49 grammes en moyenne) ;
  • 6 verres ou plus par jour (76 grammes en moyenne).
 
Ils ont ensuite corrélé les variations de tension artérielle aux diminutions de consommation constatées lors de ces essais cliniques.
 
Une diminution moyenne de 2 à 3 mmHg lorsque la consommation d'alcool est significativement réduite
L'effet moyen de la réduction de la consommation d'alcool dans tous les essais cliniques est une baisse moyenne de 3,13 mm Hg (IC 95% [-3,93 à -2,32]) pour la TAS et de 2,00 ([-2,65 à -1,35]) pour la TAD.

Ce résultat est très proche de celui retrouvé en 2001 (3,31). Cependant les résultats sont très hétérogènes, variant beaucoup en fonction du niveau de consommation en particulier.
 
Une baisse plus importante de la tension lorsque la consommation initiale d'alcool  est élevée
Comme vous pouvez le constater ci-dessous, et logiquement d'ailleurs, la TAS diminue beaucoup plus fortement en cas de réduction d'une consommation initiale importante d'alcool :  


Plus précisément, la diminution de la TAS (MD -5,50, IC 95% [-6,70 à -4,30]) et de la TAD (-3,97, [-4,70 à 3,25]) a été plus forte chez les participants consommant plus de 6 verres par jour au départ. La réduction de la TAS a été encore plus importante lorsqu'ils ont réduit leur consommation d'au moins 50 %.
 
Chez les consommateurs de plus de trois verres par jour, seule une réduction de la consommation d'alcool proche de l'abstinence a entraîné un changement significatif de la TAS (MD -1,18, IC 95% [-2,23 à -0,4]) et de la TAD (-1,09, [-1,61 à -0,57]).
 
Une diminution dose-dépendante avec un effet-seuil à 2 verres par jour
En- dessous de 2 verres par jour, la réduction de la consommation n'est pas associée à une réduction significative de la TA, suggérant que cette quantité d'alcool n'augmente pas la TA.
 
La réduction de la consommation d'alcool diminue donc la TA de manière dose-dépendante avec un effet de seuil apparent au-delà de deux verres par jour.
 
Cette association dose-réponse est semblable à celle d'autres changements d'hygiène de vie, comme l'activité physique et la perte de poids.
 
Pas de différence hommes – femmes, ni de facteur de confusion
Les  auteurs ont constaté que les résultats étaient similaires pour les hommes et les femmes avec des données clairsemées pour les femmes.

Les analyses de sous-groupes ont montré que l'association dose-réponse est forte dans toutes les strates.
 
Aucune autre caractéristique que la consommation d'alcool au départ n'est significativement associée à la variation de la TA.
 
En conclusion : un argument supplémentaire pour s'enquérir de la consommation d'alcool des personnes hypertendues
Cette nouvelle revue confirme l'intérêt d'une baisse de la consommation d'alcool, en particulier lorsqu'elle est importante, pour faire baisser la tension des personnes hypertendues.
 
Les auteurs estiment donc que le dépistage de la consommation d'alcool et l'utilisation d'interventions brèves pour réduire la consommation d'alcool doivent être une priorité de santé publique pour tenter de réduire la mortalité et de la morbidité liées a l'HTA.
 
Chez les gros consommateurs quotidiens d'alcool, une réduction de la consommation à moins de 2 verres par jour pourrait donc s'avérer être la mesure thérapeutique prioritaire dans la prise en charge de l'HTA.
 
En savoir plus :
 
L'étude objet de cet article (article en libre accès)
M Roerecke, J Kaczorowski, S W Tobe, G Gmel, O S M Hasan, J Rehm “The effect of a reduction in alcohol consumption on blood pressure: a systematic review and meta-analysis.” The Lancet février 2017.
 
La revue de 2001 sur le même sujet (article également en libre accès)
Xin X, He J, Frontini MG, Ogden LG, Motsamai OI, Whelton PK. “Effects of alcohol reduction on blood pressure: a meta-analysis of randomized controlled trials.” Hypertension 2001; 38: 1112–17.
 
Sur VIDAL.fr :
VIDAL Reco « Alcool : prise en charge du mésusage »
VIDAL Reco « HTA (hypertension artérielle) »
Campagne publicitaire de "Vin et Société" : la HAS dénonce une instrumentalisation de ses recommandations (décembre 2015)
Alcool et médicaments : une vaste étude souligne l'importance d'une meilleure évaluation du risque d'interactions (mai 2015)
Les bienfaits cardiovasculaires d'une consommation modérée d'alcool à nouveau remis en cause (juillet 2014)

Sources : The Lancet

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Vidal News du 2017-09-14

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