Incontinence urinaire : pourquoi 30 % des femmes affectées ne demandent pas de traitement ?

Par Sophie DUMERY -
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L’incontinence urinaire fait encore partie des symptômes "tabous", qui retardent le diagnostic et la mise en place d’un traitement adapté.
 
Afin de mieux cerner les déterminants de l'absence de demande de traitement, en particulier autour de la ménopause, une vaste étude rétrospective a été effectuée en 2015 sur les données de plus de 3 300 femmes américaines âgée de 42 à 52 ans à l’inclusion, et suivies en moyenne pendant 9 ans.
 
Les résultats, publiés dans Obstetrics & Gynecology, ont montré que près d’un tiers des femmes "périménopausiques" présentant des symptômes d’incontinence n’avaient jamais consulté de médecin pour tenter d’y remédier, chiffres cohérent avec d’autres études, notamment européennes, sur ce sujet.
 
Les auteurs analysent les leviers de cette hésitation, avant tout personnels et liés à l’intensité des symptômes, et non au niveau socio-économique, comme souvent avancé précédemment. Ils insistent sur la nécessité d'aborder régulièrement ce sujet, en particulier autour de la ménopause, même si ce n'est pas l'objet de la consultation.  
 
La levée de ces tabous était également un thème central de la 13è semaine de la continence urinaire. Cette semaine de sensibilisation, organisée du 21 au 27 mars 2016 par l’Association Française d’Urologie, a notamment sensibilisé sur le surpoids, "qui peut aggraver voire causer des affections urogénitales, dont l’incontinence".
Près d'un tiers des femmes périménopausiques souffrant d'incontinence urinaire n'en parleraient pas à leur médecin (capture d'écran du spot de sensibilisation de l'AFU).

Près d'un tiers des femmes périménopausiques souffrant d'incontinence urinaire n'en parleraient pas à leur médecin (capture d'écran du spot de sensibilisation de l'AFU).

 
L'incontinence urinaire, un symptôme fréquent, majoré par l'âge et les antécédents
Environ 1 personne sur  20 souffre d'incontinence urinaire (IU), comme le rappelle l'AFU (Association Française d'Urologie) dans ce spot télévisé de sensibilisation.

Ce symptôme est plus fréquent chez les femmes et augmente avec l'âge : environ 45 % des femmes de 45 à 55 ans mentionnent plusieurs épisodes d'UI par mois, et 15 % en font état quotidiennement, selon l'une première étude d'Elaine Waetjen et coll. (Am J Epidemiol 2007).
 
Plusieurs facteurs identifiés augmentent ce risque, comme le nombre d'accouchements et leurs caractéristiques, les antécédents d'infections, etc.
 
Mais un symptôme et une demande de traitement pas toujours abordés en consultation
20 à 50 % des femmes touchées ne parlent pas de leurs symptômes à leur médecin traitant, selon les résultats de plusieurs études.
 
Cette sous-déclaration retarde le diagnostic et complique la prise en charge thérapeutique.
 
Des données confirmées par les données d'une grande étude américaine
Les données colligées rétrospectivement par Elaine Waetjen et ses collaborateurs en 2015 à partir de l'étude longitudinale américaine multicentrique SWAN (Study of Women's Health Across the Nation, réalisée entrez 1996 et 2007 auprès de 3 302 femmes américaines âgée de 42 à 52 ans à l'inclusion, suivies pendant 1 à 9 ans), confirment la fréquence des symptômes d'IU en périménopause et de leur sous-déclaration :
- 32 % des femmes suivies ont déclaré des symptômes d'IU survenant au moins une fois par mois ;
- 32 % de ces femmes n'ont pas cherché à se faire traiter pour ces symptômes.
 
Les motifs de sous-déclaration des symptômes sont avant tout liés à leur intensité et leur retentissement
Toujours selon les analyses rétrospectives d'Elaine Waetjen et ses collaborateurs, la demande de traitement est plus fréquente si :
- si l'IU a été fréquente durant l'année écoulée : demande de consultation doublée si les symptômes sont hebdomadaires, triplée s'ils sont quotidiens (OR 3.16, IC95% 1,15–8,67) ;
- si l'IU s'est aggravée (OR 1,75, IC95% 1,01–3,04) ;
- si l'IU a été "dérangeante", toujours durant l'année écoulée (OR 1,09, IC95% 1,01–1,18) ;
- si la femme est suivie régulièrement et préventivement par des professionnels de santé (OR 1,07 à 1,18).  
 
Des résultats non influencés significativement par des critères sociaux-culturels, mais à nuancer
En contradiction avec certaines données préalables, Elaine Waetjen et coll. remarquent l'absence de significativité de l'influence des co-variables culturelles (y compris raciales) et économiques..
 
Cependant, les auteurs ont remarqué que certaines circonstances exigeraient une exploration plus précise par des études dédiées : la discrimination ressentie, l'"importance de la religion ou spiritualité", le niveau d'anxiété et le soutien de l'entourage.

Toutes ces variables (repérées en analyse bi-variée, mais s'effaçant en analyse multivariée) semblent en effet modifiées par la catégorie raciale, les niveaux socio-économique et éducatif.
 
En conclusion : profiter des contacts sanitaires pour aborder ce sujet, en particulier après 40 ans
En résumé, pour les auteurs de l'étude, c'est principalement l'expérience vécue de l'incontinence qui représenterait la variable sensible à long terme pour la demande de traitement. Mais ils notent aussi que le suivi médical, les "contacts sanitaires" facilitent cette demande.
 
Ils estiment donc que quels que soient les motifs de consultation, ils sont une opportunité d'aborder l'incontinence. En particulier, la fréquentation régulière d'un médecin, gynécologue ou non, lors d'un suivi préventif est une bonne amorce à un dialogue sur l'incontinence. Et cette amorce ne doit pas venir que des femmes : les professionnels de santé sont incités à interroger sur ces symptômes clairement à ces occasions.
 
Des outils peuvent les y aider, comme ce questionnaire sur les symptômes urinaires (auto-questionnaire, à remettre ensuite à son médecin), ou encore ce calendrier mictionnel, tous deux élaborés par l'AFU.
 
 
Pour mémoire 
Trois types d'incontinence urinaire peuvent survenir :
- IU à l'effort (toux, rires, éternuements, course, etc.), favorisée par l'âge et les altérations mécaniques au niveau pelvien (suite à des accouchements traumatiques ou opérations gynécologiques par exemple) ;
- IU suite à un besoin urgent d'uriner sans effort préalable. Ces symptômes ("urgenturie") sont liés à une hyperactivité vésicale, qui peut par exemple être provoquée par des irritations ou obstacles au niveau de la vessie ;
- IU mixte.
 
Le traitement, en fonction de la cause et du terrain, repose notamment, pour IU liées à l'effort, sur la diminution ou la suppression des facteurs favorisants (aliments irritants, surpoids, etc.) et la rééducation du périnée. L'administration de médicaments en cas d'hyperactivité vésicale (anticholinergiques, toxine botulique ) ou la chirurgie (effort ou hyperactivité ou mixte) sont aussi des options thérapeutiques en cas d'échecs des autres mesures.  
 
Pour en savoir plus sur les diagnostics et différents traitements envisageables, 
voir la VIDAL Reco "Incontinence urinaire".
 
En savoir plus :
Campagne et documents de l'AFU :
"Incontinence : l'AFU se mobilise pour en parler ouvertement !", présentation de la 13è semaine de la continence urinaire, Association Française d'Urologie, mars 2016
Questionnaire de symptômes urinaires (Urinary Symptom Profile – USP®)
Réalisation d'un catalogue mictionnel
 
L'étude objet de cet article :
L. Elaine Waetjen, MD, Guibo Xing, PhD, Wesley O. Johnson, PhD, Joy Melnikow, MD, MPH, and Ellen B. Gold, PhD, for the Study of Women's Health Across the Nation (SWAN). Factors Associated With Seeking Treatment for Urinary Incontinence During the Menopausal Transition. Obstetrics & Gynecology, 2015 ; 125(5) :1071-79
 
Autre étude citée par les auteurs et mentionnée dans cet article :
Waetjen LE, Liao S, Johnson WO, Sampselle CM, Sternfield B, Harlow SD, et al. Factors associated with prevalent and incident urinary incontinence in a cohort of midlife women: a longitudinal analysis of data: study of women's health across the nation. Am J Epidemiol 2007;165:309–18.
 

Sources : Obstetrics & Gynecology

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Vidal News du 2019-09-12

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