Suicides en France : état des lieux, facteurs de risque et programmes de prévention

Par Stéphane KORSIA-MEFFRE -
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L’Observatoire national du suicide vient de publier son deuxième rapport sur les statistiques des suicides en France. Si le nombre de suicides annuel tend à diminuer, certaines populations sont encore trop souvent concernées : personnes âgées, agriculteurs, jeunes cinquantenaires masculins, détenus, etc.

De plus, la répartition géographique des suicides n’est pas homogène sur le territoire, avec un arc nord-ouest beaucoup plus touché.

Ce rapport propose également une analyse de la littérature sur les facteurs de risques et un état des lieux des actions de prévention, du grand public aux professionnels de santé, prévues par plusieurs progammes nationaux et régionaux.  


 


L'Observatoire national du suicide, outil de surveillance et de recommandations créé en 2013
Le décret n° 2013-809 du 9 septembre 2013 a créé l'Observatoire national du suicide (ONS). Parmi les missions qui lui sont confiées, l'ONS est chargé de coordonner et d'améliorer les connaissances sur le suicide et les tentatives de suicide, mais aussi de produire des recommandations, notamment en matière de prévention.

Cet Observatoire est composé de professionnels de santé, de parlementaires, de représentants d'administrations centrales et de représentants d'associations de familles et d'usagers.

Les travaux de l'ONS s'appuient sur deux groupes de travail. Le premier, piloté par l'Institut de veille sanitaire (InVS), porte sur la surveillance des suicides et des tentatives de suicide. Le second, piloté par la DREES (Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques), est chargé d'améliorer les connaissances des mécanismes de suicide et des tentatives de suicide, et de promouvoir des recherches sur ce thème.

Le 2 février 2016, l'ONS a rendu public son 2e rapport ("SUICIDE – Connaître pour prévenir : dimensions nationales, sociales et associatives").
 
Rapport 2016 : baisse des suicides depuis 10 ans, malgré une sous-estimation probable
Ce 2e rapport de l'ONS présente les statistiques du suicide en France, relevées jusqu'en 2012.

En 2012, au moins 9 715 suicides ont été recensés, soit une diminution de 17 % par rapport à 2002.

Mais ces chiffres sont probablement sous-estimés (en 2002 comme en 2012), en particulier en Ile-de-France et en Rhône-Alpes, du fait de causes diverses allant de décès suspects à des décès imputés à une maladie.

L'ONS estime donc que le nombre réel de suicides en France en 2012 és'élevait environ à 10 700.

Environ 27 suicides par jour, le plus souvent masculins
Au vu de ces chiffres, la France connaît une moyenne de 27 décès par suicide chaque jour. Le taux moyen de mortalité par suicide correspondant est de 16,7 pour 100 000 habitants, bien au-dessus des 11,7 pour 100 000 observés en moyenne dans l'Union européenne.

Les hommes représentent 75 % des cas de suicides, avec un taux de mortalité pour 100 000 de 25,9 contre 7,4 pour les femmes.

Parmi les moyens utilisés pour mettre fin à ses jours, la pendaison reste le plus fréquent (53,5 %) chez les hommes comme chez les femmes. Les armes à feu restent plutôt utilisées par les hommes et les médicaments par les femmes.
 
Deux tranches d'âges particulièrement à risques
Les données compilées par l'ONS indiquent clairement que le taux de mortalité par suicide est plus élevé :
  1. Entre 45 et 54 ans : 25,1 pour 100 000, avec un pic entre 45 et 49 ans 
  2. Après 75 ans : 30 pour 100 000, voire supérieur à 100 pour 100 000 chez les hommes de plus de 85 ans !
 
 
Des tentatives de suicides 20 fois plus fréquentes et affectant davantage les femmes
En France métropolitaine, le nombre de tentatives de suicide est estimé à environ 200 000 par an, 20 fois plus que le nombre de suicides. 

Ces tentatives affectent plutôt les femmes, avec deux pics entre 15 et 20 ans et entre 40 et 50 ans.

L'ONS rappelle aussi l'importante prévalence des pensées suicidaires, autour de 5 % de la population sur les 12 derniers mois, selon une enquête effectuée en 2014.


Professions à risques : davantage de suicides chez les agriculteurs et les ouvrières
L'analyse socio-professionnelle des statistiques du suicide confirme ce que les syndicats agricoles signalent depuis plusieurs années : le taux de mortalité par suicide des agriculteurs est supérieur de 20 % à celui de la population générale, soit un suicide d'agriculteur tous les 2 jours), ce qui en fait la catégorie socio-professionnelle la plus à risque chez les hommes.

Chez les femmes, ce sont plutôt les ouvrières de manufactures d'électroménager ou d'électronique.

Régions à risques : le nord-ouest de la France est plus touché
La répartition géographique des suicides épouse un arc nord-ouest, la région Bretagne étant la plus touchée, suivie du Nord Pas-de-Calais et de la Normandie.

En Bretagne, les départements les plus agricoles sont les plus touchés : Côtes d'Armor (30,5 pour 100 000), Manche (27,7 pour 100 000), Morbihan et Orne (26,4 pour 100 000), ce qui confirme les chiffres observés chez les agriculteurs.
Moins de suicides en prison qu'auparavant, mais un risque encore 8 fois supérieur à celui de la population générale
Le rapport de l'ONS signale 
une forte baisse du taux de décès par suicide en prison. Néanmoins ce taux était, en 2014, de 139 pour 100 000, bien au-dessus des chiffres de la population générale (mais il était de 244 pour 100 000 en 1996 !).

L'ONS ne présente pas de données sur ce taux chez les 
personnels pénitentiaires, connus pourtant pour être à risque plus élevé de suicide.

Des facteurs de risque suicidaire identifiés 
Parmi les facteurs de risque suicidaire les plus courants, le 2e rapport de l'ONS met en avant l'alcoolodépendance, le tabagisme et la solitude.

Ces données rejoignent celles des appels à SOS Amitié, où les raisons de songer au suicide les plus souvent citées sont la solitude, la dépression, la maladie physique et les problèmes de couple.

Programme national de prévention contre le suicide : 49 mesures regroupées en 6 axes
Le 2e rapport de l'ONS fait également le point sur les mesures mises en place pour essayer de prévenir les suicides dans le cadre du Programme national d'actions contre le suicide 2011-2014., dont un premier bilan a été publié en août 2015.

Ce programme comportait une cinquantaine d'actions regroupées en 6 axes : 
  1. Développement de la prévention et de la postvention (actions auprès des personnes exposées au suicide d'une personne de leur entourage) :  aides aux lignes d'appel destinées aux personnes en risque suicidaire (SOS Amitié, SOS Suicide Phénix, PHARE Enfants-Parents ou Suicide Écoute), soutien et renforcement des groupements d'entraide mutuelle, actions à destination des personnes sourdes et malentendantes, outils pour prévenir les comportements homophobes et leurs conséquences sur les jeunes, actions de prévention du suicide en milieu institutionnel, sensibilisations des modérateurs des forums des sites web, campagnes d'information, etc.
  2. Amélioration de la prise en charge des personnes en risque suicidaire et de leur entourage : amélioration de la prise en charge de la dépression de l'adolescent, renforcement des coordinations en psychiatrie, repérage et la prise en charge de la souffrance au travail, des personnes en précarité et en souffrance psychiatrique, etc.
  3. Information et la communication autour de la santé mentale et de la prévention du suicide : campagne d'information du grand public sur les facteurs de risque de suicide par l'INPES, édition d'un guide "La dépression, en savoir plus pour en sortir", financement par la DGS d'actions de soutien aux associations, etc.
  4. Formation des professionnels : diffusion de guides ("Guide de repérage de la souffrance psychique et des troubles du développement chez l'enfant et l'adolescent", "Une école bienveillante face au mal être des élèves") auprès des équipes éducatives des collèges et lycées,  sessions de formations pluridisciplinaires en milieu pénitenciaire, sessions de formation à la crise suicidaire pour le personnel hospitalier, etc.
  5. Développement des études et de la recherche :  l'Institut de la veille sanitaire (InVS) et la Direction de la recherche des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES) ont travaillé à améliorer la qualité des données et du suivi des tentatives de suicide et de la mortalité par suicide, l'administration pénitentiaire et l'InVS ont également veillé à améliorer les données suicidaires en prison, etc.
  6. Animation du programme au niveau local : déploiement coordonné par les agences régionales de santé (ARS) d'actions de prévention, en mobilisant des partenariats institutionnels ou associatifs.

Deux autres programmes dirigés vers les populations les plus à risques
En coordination avec ce programme national, deux programmes spécifiques ont été mis en place et contribuent à améliorer actuellement la prévention et la prise en charge dans les milieux les plus à risques :
  1. l'un par la Mutualité sociale agricole : ce plan national comporte des études, le dispositif d'aide téléphonique Agri'écoute, des cellules de prévention, etc.
  2. l'autre par la Direction de l'administration pénitentiaire : ce plan, qui date de 2009, comportait des mesures préventives, notamment une meilleure formation des surveillants face au risque de suicides, la distribution de kits de protection d'urgence contre le risque de pendaison (couvertures indéchirables, pyjama à usage unique), mesures préventives (accès au téléphone et à la radio) dans les quartiers disciplinaires et développement des "détenus de soutien" (accompagnement). 

Autres mesures de soutien destinées aux personnes les plus vulnérables
Parmi les autres interventions décrites dans le premier rapport de l'ONS et reprises dans le deuxième, figuraient :
  • L'ouverture de lignes d'appel auprès des personnes vulnérables (cf. supra, axe 1 du Programme national).
  • Le maintien du contact auprès des personnes ayant fait une tentative de suicide : conservation du lien avec le suicidant par l'intermédiaire d'appels, de SMS, de cartes postales ou encore de documents qui rappellent les numéros des services d'aide et les associations existantes.
  • La restriction d'accès aux moyens létaux (armes à feu notamment), restriction compliquée à mettre en oeuvre (armes à feu moins répandues que dans d'autres pays).

Enfin, ce document fait le point sur les nombreuses et importantes initiatives associatives dans le cadre de la prévention du suicide, dont certaines ont été évoquées ci-dessus. 
 
Pour aller plus loin :
SUICIDE – Connaître pour prévenir : dimensions nationales, sociales et associatives, le 2e rapport de l'Observatoire national du Suicide, février 2016.
La page de l'Observatoire national du Suicide sur le site de la DREES

Sur VIDAL.fr :
VIDAL Reco "Dépression"
 

Sources : DREES

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