Cancer et fertilité : première naissance française après vitrification ovocytaire

Par Stéphane KORSIA-MEFFRE -
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Le Réseau régional de cancérologie OncoPACA-Corse vient de rendre publique la naissance d'Elise, premier bébé français issu de la vitrification des ovocytes d’une patiente atteinte d'un cancer.

Cette technique permet à des patientes devant subir une chimiothérapie gonadotoxique d'optimiser leurs possibilités de grossesse(s) ultérieure(s), en réduisant le risque d’une perte de fertilité. 

La vitrification d'ovocytes dans ce contexte (patiente devant subir une chimiothérapie) est autorisée depuis 2011 
en France
Cancer et fertilité : première naissance française après vitrification ovocytaire

Cancer et fertilité : première naissance française après vitrification ovocytaire


La vitrification repose sur la cryoprotection de l'ovocyte avant une congélation rapide
La vitrification des ovocytes consiste tout d'abord à les traiter par des substances cryoprotectrices qui vont se substituer à l'eau qu'ils contiennent.  

Ces substances (ce sont généralement des alcools de faible poids moléculaire comme  le diméthylsulfoxyde, l'éthylène glycol ou le propanediol) pemettent de protéger les ovocytes des effets de la congélation (car les ovocytes sont composés à 90 % d'eau et lorsque l'eau gèle, son volume augmente, ce qui peut altérer l'ovocyte, de même que la formation de cristaux de glace à l'intérieur) : 
 


Les ovocytes cryoprotégés sont ensuite immergés rapidement dans de l'azote liquide (- 196 °C) pour être congelés.

Une meilleure viabilité ultérieure des ovocytes vitrifiés
La cyroprotection préalable permet une meilleure viabilité des ovocytes par rapport à celle observée après congélation classique : un taux de survie d'environ 97 % des ovocytes vitrifés est observé lorsqu'ils proviennent de patientes âgées de moins de 35 ans, avec un taux de réussite de grossesse par fécondation in vitro (FIV) approchant les 65 %.

Ces ovocytes sont prélevés selon les mêmes méthodes que lors de FIV : stimulation hormonale des ovaires et ponction. Leur fécondation et leur implantation suivent également les protocoles habituels de la FIV.

Les ovocytes vitrifiés peuvent être conservés autant de temps que souhaité par la patiente, aucune limite de conservation n'étant fixée par la loi.
 
La vitrification d'ovules en vue d'une FIV ultérieure, une technique de préservation de la fertilité permise depuis 2011
Les indications possibles de la vitrification ovocytaire en vue d'une FIV sont diverses et ont pour objectif de préserver la possibilité de grossesse dans les cas où celle-ci est menacée pour des raisons médicales : endométriose nécessitant des interventions chirurgicales répétées sur les ovaires, patientes en protocole FIV et répondant mal à la stimulation ovarienne, traitement gonadotoxique, etc.

La loi de bioéthique de 2007 interdisait la vitrification ovocytaire en France, en l'assimilant à la recherche sur l'embryon. Pressée par la pénurie d'ovocytes en France, l'Assemblée nationale a levé cette interdiction en juillet 2011 lors de la révision de cette loi de bioéthique.

Le premier bébé issu de cette technique est né en 2012 à Paris, mais aucun bébé n'était né en France depuis 2011 suite à une vitrification décidée dans un contexte de cancer. Du moins jusqu'en décembre 2015. 
 
Cancer et vitrification ovocytaire : naissance d'Elise en décembre 2015, une première en France
En décembre 2015, Elise est née après une FIV. Sa mère, âgée de 29 ans, a donc bénéficié d'une vitrification ovocytaire  préalable à un traitement chimiothérapeutique pour un lymphome de Hodgkin diagnostiqué en janvier 2013. 

Avant elle, seulement 6 enfants étaient nés dans ce contexte de part le monde.

En pratique : un protocole complexe et multi-disciplinaire

Sous stimulation hormonale, 4 ovocytes ont été prélevés et vitrifiés avant que la patiente reçoive 5 mois de chimiothérapie.

Une fois le traitement terminé, un délai a été respecté avant la fécondation in vitro, pour permettre une élimination complète des substances anticancéreuses et pour s'assurer de la rémission du lymphome.

La naissance de cette petite fille a nécessité la collaboration de l'équipe d'onco-hématologie de l'Institut Paoli-Calmettes et des équipes chargées de l'assistance médicale à la procréation du CECOS (Centre d'études et de conservation des œufs et du sperme) de Marseille (AP-HM), sous la coordination de la plateforme régionale "Cancer et Fertilité" initiée par le Réseau OncoPACA-Corse.
 
Les plateformes régionales "Cancer et fertilité", pour l'information et le suivi des patientes
Confrontée au diagnostic de son lymphome, la patiente avait spontanément contacté la plateforme "Cancer et fertilité" mise en place en 2012 par le Réseau régional de cancérologie OncoPACA-Corse.

Cette plateforme est destinée à informer patients et professionnels de santé, et à suivre les personnes qui choisissent d'avoir recours à la vitrification.

Elle propose également aux professionnels une Charte de qualité, un cycle de formation sur la préservation de la fertilité lors de cancers, et une fiche de liaison « Cancer et Fertilité » qui permet la transmission d'informations entre les équipes impliquées.

En 2013, dans la région PACA/Corse, 137 femmes atteintes de cancer ont bénéficié de la technique de la vitrification pour conserver leurs ovocytes, contre 73 en 2012. Le nombre d'enfants issus de cette technique est donc amené à augmenter dans les mois qui viennent.
 
Pour aller plus loin
Première naissance rapportée en France après vitrification ovocytaire dans le cadre d'une plateforme Cancer et Fertilité, communiqué de presse du Réseau OncoPACA-Corse, 12 janvier 2016.
Le site internet de la Plateforme Cancer et Fertilité, OncoPACA-Corse, janvier 2016.
L'article L2141-1 du 7 juillet 2011 du Code de la Santé publique qui autorise la vitrification des ovocytes.
 

Sources : Réseau OncoPACA-Corse

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