Ebola : l'infirmière écossaise qui avait rechuté est guérie. Son cas mérite une attention particulière

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Médecine des voyages

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Pauline Cafferkey fait partie de celles et ceux qui ont voulu apporter leur aide aux populations d'Afrique de l'Ouest frappées par l'épidémie de maladie à virus Ebola (MVE) déclarée en mars 2014. Infirmière de l'hôpital de Glasgow, elle est partie pour la Sierra Leone fin 2014. Elle y a malheureusement été infectée par le virus au cours de ses activités, et rentrée fiévreuse en Ecosse, elle a dû être hospitalisée à Londres, dans un service spécialisé du "Royal Free Hospital" où elle a pu être isolée, en décembre 2014. En plus des divers soins nécessités par son état, elle a pu bénéficier de l'association de deux traitements expérimentaux, un antiviral et du plasma prélevé chez un sujet déjà guéri. Déclarée guérie à son tour en janvier 2015, elle a alors pu reprendre son travail à Glasgow.

En octobre de cette année, elle a à nouveau présenté une fièvre et une altération de son état. Le 9 octobre, elle était hospitalisée à Glasgow pour un bilan ; selon ses proches, les médecins ont eu du mal à se rendre à l'évidence qu'il s'agissait d'un nouvel épisode de MVE. Une fois le diagnostic confirmé, la malade a été transférée à Londres. Son état s'y est aggravé dans un premier temps, avec en particulier une méningite due au virus Ebola, faisant craindre une issue fatale. Toutefois, les soins apportés, au rang desquels un nouveau traitement antiviral expérimental (GS-5734) dont la nature n'a pas été précisée, ont ensuite permis une rapide amélioration. Le 12 novembre, Pauline Cafferkey était considérée (à nouveau) "totalement guérie" et autorisée à quitter l'hôpital.

Les professionnels de santé de nombreux pays (et plus largement tous les volontaires partis apporter leur aide, quelle que soit leur spécialité) ont payé un lourd tribut à l'épidémie, et la communauté internationale se félicite de l'évolution du cas de P. Cafferkey. Il s'agit cependant d'un cas tout à fait original, où la maladie a semble t-il évolué sur un mode que l'on n'avait jamais observé. On découvre avec ce cas qu'une personne en apparence guérie, chez qui le virus est devenu indétectable par les tests classiques (effectués sur le sang circulant), peut en fait continuer de porter le virus au niveau de tissus ou organes profonds pendant près de 9 mois, au terme desquels elle peut retomber malade et potentiellement retransmettre le virus. Alors qu'on s'inquiète de l'existence possible de nombreux cas semblables parmi les convalescents laissés par l'épidémie, il reste à en trouver l'explication.

On sait que le virus Ebola peut persister chez les convalescents pendant des semaines ou des mois, et que certains présentent des séquelles ou des complications tardives de leur infection. Certains tissus ou territoires du corps humain, comme les yeux, les articulations ou les gonades, sont peu accessibles aux cellules et anticorps du système immunitaire, et peuvent de ce fait constituer des refuges temporaires (des "sanctuaires") pour des agents infectieux. Nous avons montré cette possibilité pour le virus chikungunya en 2012 (2), elle a été mise en évidence pour le virus Ebola plus récemment (3).

Le cas de P. Cafferkey est toutefois exceptionnel : on n'avait pas jusqu'ici observé de réactivation de l'infection Ebola à l'origine d'un épisode secondaire semblable à l'épisode initial, et menaçant à nouveau la vie de la patiente. On pourra rechercher les raisons de ce phénomène du coté du virus, qui a pu acquérir des propriétés nouvelles, du coté de la patiente, dont le système immunitaire n'est pas parvenu à éliminer totalement le virus, mais aussi du coté des traitements reçus. En effet, il n'est pas exclu que les anticorps administrés à la patiente sur une courte période de temps (le plasma de convalescent) aient contribué à faire disparaitre le virus du sang et des organes périphériques, tout en le laissant subsister au niveau de quelques sites profonds. Ils auraient ainsi permis une guérison apparente, mais peut-être empêché la réponse immunitaire de la malade de se développer complètement pour achever l'élimination du virus. Alors que plusieurs traitements par anticorps sont encore en expérimentation (anticorps de convalescents ou anticorps synthétiques), il conviendra de porter attention à cette possibilité.

Les conséquences d'un portage viral parfois très prolongé seront également à prendre en compte chez les sujets ayant un antécédent de MVE et candidats pour un don de sang ou d'organe.

Sources

  1. BBC, 12 novembre 2015.
  2. Couderc T, Gangneux N et coll. Chikungunya virus infection of corneal grafts. J Infect Dis. 2012 Sep 15;206(6):851-9.
  3. Varkey JB, Shantha JG et coll. Persistence of Ebola Virus in Ocular Fluid during Convalescence. N Engl J Med. 2015 Jun 18;372(25):2423-7.
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