Attentats de Paris : intense mobilisation du corps médical

Par Jean-Philippe RIVIERE -
1
2
3
4
5
4.3
(3 notes)
vu par 7127 lecteurs


Les hôpitaux d’Ile-de-France ont dû à nouveau faire face à l’indicible horreur, 10 mois après les attentats de janvier 2015. En première ligne, l’AP-HP (Assistance Publique – Hôpitaux de Paris), dont 10 hôpitaux ont pris en charge plus de 400 personnes, incluant 80 en "urgence absolue".  

Cette mobilisation intense, extrême, y compris de professionnels de santé ne faisant pas partie de l’AP-HP mais venus pour aider, "a sauvé des vies et a évité un malheur encore plus considérable", résume Martin Hirsch, Directeur Général de l’AP-HP.

Par ailleurs, les médecins libéraux, SOS Médecins  et les établissements de soins privés ont immédiatement levé leur grève pour apporter leur aide.  

De son côté, l’Etablissement français du sang fait savoir qu’il n’y a pas de besoins urgents en sang mais "appelle à la mobilisation des donneurs dans la durée".

L'investissement des professionnels de santé dans cette crise sans précédent a été salué par les autorités de l'Etat, mais aussi par des anonymes, sur les réseaux sociaux. 
Le Bataclan, théâtre d'un abominable massacre le 13 novembre 2015 (photo : Céline, Dublin, 2008, via Wikimedia Commons).

Le Bataclan, théâtre d'un abominable massacre le 13 novembre 2015 (photo : Céline, Dublin, 2008, via Wikimedia Commons).


L'AP-HP, mobilisée pour sauver le plus de vies possibles
Les attaques contre plusieurs établissements le 13 novembre 2015 ont entraîné l'aide instantanée de personnes sur place (riverains, restaurateurs, vigiles, anonymes..., parfois au péril de leur vie) et la mobilisation immédiate des SAMU, services d'accueil des urgences, services de chirurgie et de réanimation de l'AP-HP ("plan blanc"), afin de prendre en charge au plus vite et le mieux possible les blessés : "au milieu de la nuit, il y avait 60 équipes SMUR disponibles ou engagées sur le terrain, et il y avait plus de 35 blocs opératoires qui étaient en train d'opérer les patients les plus graves", précise le Pr Pierre Carli, directeur médical du SAMU de Paris.  
 
Des volontaires ont également pris par à cette "mobilisation exceptionnelle", souligne le Pr Carli : 
 


433 personnes ont été hospitalisées depuis les attaques, dont une centaine "en état de choc psychologique, qui se sont présentées spontanément dans les hôpitaux", précise le communiqué de l'AP-HP du 15 novembre

"Sur les 80 personnes admises le 13 novembre 2015 en situation d'urgence absolue, 35 personnes ne relèvent pas ou plus aujourd'hui d'une surveillance intensive en service de réanimation", complète ce même communiqué.  42 personnes étaient toujours en service de réanimation le 15 au soir, alors que 218 personnes étaient sorties.

Le "plan blanc" a été levé le 16 novembre à 17 heures "compte tenu de la bonne prise en charge des patients".  Une équipe de psychologues cliniciens et de psychiatres a également été mobilisée pour soutenir les soignants dans ces "conditions psychologiques très difficiles", exprimées ci-dessous par le Dr Mathieu Raux, anesthésiste (hôpital de la Pitié-Salpêtrière) : 
 

Par ailleurs, l'AP-HP précise, dans un autre communiqué également publié le 16 novembre, que, contrairement à ce qui a été affirmé, le matériel n'a pas manqué.
 
Pour Martin Hirsch, "la réaction de l'AP-HP a été à la hauteur de l'événement. Sans cette mobilisation, le nombre de victimes à déplorer aurait été encore pire. Cette mobilisation, qui résulte à la fois d'un état d'esprit et d'une préparation comme en témoigne l'exercice réalisé le matin même, a sauvé des vies, a évité un malheur encore plus considérable. Il n'y a pas un seul maillon de la chaîne qui a faibli" (lire son message complet prononcé avant la minute de silence du 16 novembre).
 
Les professionnels de santé ont stoppé leur grève et l'ensemble du corps médical francilien s'est mis à disposition des pouvoirs publics et citoyens
Devant ces drames, l'intersyndicale des médecins libéraux a tout de suite mis fin à son mouvement de grève contre la loi de santé portée par Marisol Touraine pour se rendre disponible en cas de besoin.

SOS Médecins a également immédiatement cessé son mouvement de grève, avec ce simple message : "Priorité aux soins".
 
De même, la Fédération de l'hospitalisation privée (FHP) a levé son mouvement pour répondre présente aux pouvoirs publics et à la population : "nos premières pensées vont aux victimes de ces actes ignobles, à leurs familles et à leurs proches. Les services d'urgences privés de la région Ile-de-France sont pleinement mobilisés pour faire face à cette situation dramatique. La priorité immédiate est aux secours", a déclaré Lamine Gharbi, président de la FHP.

[édit 20/11] 41 blessés, souvent atteints très grièvement et donc en urgence absolue, ont également été pris en charge par les hôpitaux d'instruction des armées de Bégin (Saint-Mandé, Val-de-Marne) et de Percy (Clamart, Hauts-de-Seine) : "on a eu l'impression de Kaboul à Paris, ce à quoi on est confrontés habituellement dans nos opérations extérieures", résume le médecin général Jean Paul Perez interviewé par Le Monde [/édit 20/11].

Un engagement total des professionnels salué par l'Ordre et les autorités de santé
Cette mobilisation, publique, privée, libérale et salariée a été rapidement saluée par l'Ordre des Médecins : "face à l'horreur, les professionnels de santé, fidèles à leurs missions, sont et seront aux côtés de leurs concitoyens pour les accompagner dans cette tragique épreuve".

Elle a également été 
saluée par le Président de la République, François Hollande : "Je veux aussi dire notre admiration à l'égard de tous ces services – médecins, pompiers, protection civile – qui se sont dévoués tout au long de la nuit pour venir en aide".

Marisol Touraine, ministre de la santé, s'est rendue le 14 novembre dans deux hôpitaux de l'AP-HP (Pitié-Salpétrière et Saint-Louis) et a "tenu à saluer le dévouement, l'engagement, la mobilisation et le professionnalisme extraordinaires des équipes concernées", ainsi que "ceux qui sont venus spontanément dans les hôpitaux pour proposer leur aide : des agents administratifs aux professeurs, en passant par des aides-soignants", relatent l'AFP & BFM
 
Dons du sang : l'EFS appelle à une mobilisation sur le long terme
Dans le contexte horrible de ces attaques,  les Français et touristes étrangers présents à Paris et au Stade de France se sont entraidés, pour des soins, pour rentrer chez eux, pour se soutenir au cours de cette nuit.
 
Beaucoup ont aussi souhaité donner leur sang et se sont présentés spontanément dans les hôpitaux. L'EFS (établissement français du sang) a salué ces gestes de générosité, dans un communiqué publié le 14 novembre, et a précisé que le besoin était surtout sur le long terme, encourageant à effectuer davantage de dons tout au long de l'année : "le niveau satisfaisant des réserves en produits sanguins a permis de faire face à la situation exceptionnelle de cette nuit. Il n'y a pas aujourd'hui de besoins urgents mais il est important d'anticiper afin que l'ensemble des besoins continuent à être satisfaits. C'est pourquoi dans cette période très sensible, l'EFS remercie les donneurs qui se sont mobilisés dès ce matin mais rappelle que cette mobilisation doit se faire dans la durée. En effet, 10 000 dons sont nécessaires chaque jour. Tous les groupes sanguins sont recherchés".  
 
En conclusion…
Une fois de plus, quelques barbares décérébrés et probablement instrumentalisés ont lâchement semé la panique et la mort, s'attaquant à nos symboles (Paris, la liberté d'écouter de la musique, de boire un coup en terrasse, d'aller voir un match de foot en famille, entre amis…), tuant, blessant et tentant de nous diviser, de nous faire renoncer à nos valeurs...
 
En relais des premières personnes sur place, les professionnels de santé ont fait ce qu'ils ont pu pour parer au plus urgent, pour éviter des décès supplémentaires, pour limiter autant que possible les risques de complications et de séquelles. Ces soins urgents ont été prodigués, comme d'habitude en France, que les patients soient riches ou pauvres, et quelle que soit leur origine, leur religion ou leur culture. 

De nombreux hommages ont été rendus au dévouement des professionnels de santé dans ce contexte sanglant et choquant, du Président de la République à de nombreux personnages publics, en passant par de multiples "anonymes" sur les réseaux sociaux.
 
Voici une sélection de messages de gratitude face à ce dévouement relevés sur Twitter, sélection forcément partielle et subjective : 
 




 

En savoir plus :
Attentats de Paris : ils ont bravé la peur et sauvé des vies, Europe 1,16 novembre 2015
Point de situation de l'AP-HP au 16 novembre et mesures prises pour soutenir les personnels
Minute de silence le 16 novembre, message de Martin Hirsch, AP-HP, 16 novembre 2015
L'AP-HP tient à démentir le Figaro qui a titré un article : « Les hôpitaux parisiens sous pression et à court de matériel », AP-HP, 16 novembre 2015
Arrêt immédiat de tout mouvement de grève, CSMF, SML, FMF, MG France, le BLOC, 14 novembre 2015
Attentats sur Paris, SOS Médecins, 13 novembre 2015
Attentats à Paris : la FHP appelle les cliniques à suspendre la grève pour donner la priorité aux urgences, FHP, 13 novembre 2015
Dans les hôpitaux militaires de Bégin et Percy, c'était « Kaboul à Paris », le Monde.fr, 19 novembre 2015
Attentats de la région francilienne, Ordre des Médecins, 14 novembre 2015
Déclaration à la suite des attaques à Paris, François Hollande, Elysee;fr, 14 novembre 2015
Attentats de Paris: Marisol Touraine au chevet des victimes dans les hôpitaux, BFM, 14 novembre 2016
L'EFS appelle à la mobilisation des donneurs dans la durée, EFS, 14 novembre 2015

Sources : Assistance Publique-Hopitaux de Paris

Pour recevoir gratuitement toute l’actualité par mail
Je m'abonne !
Voir toutes les actualités Archives des Vidal News