REMINYL et génériques (bromhydrate de galantamine) : risque de réactions cutanées graves

Par DAVID PAITRAUD -
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Des réactions cutanées graves, de type syndrome de Stevens-Johnson (SSJ) et pustulose exanthématique aiguë généralisée (PEAG), ont été rapportées chez des patients traités par la galantamine.

La galantamine est la substance active de REMINYL et de ses génériques, médicaments de la classe thérapeutique des anticholinestérasiques indiqués dans le traitement symptomatique de la maladie d'Alzheimer dans ses formes légères à modérément sévères.

Les laboratoires qui commercialisent ces médicaments engagent les prescripteurs et les pharmaciens à informer les patients sur ce risque et sur les signes cliniques évocateurs de SSJ et de PEAG, ainsi que sur la nécessité d'arrêter la galantamine dès l'apparition des premiers signes de rash cutané.
Les médicaments à base de galantamine sont indiqués dans le traitement symptomatique de la maladie d'Alzheimer de formes légères à modérément sévères (illustration).

Les médicaments à base de galantamine sont indiqués dans le traitement symptomatique de la maladie d'Alzheimer de formes légères à modérément sévères (illustration).


Les laboratoires commercialisant les spécialités à base de galantamine ont souhaité mettre en garde les médecins prescripteurs et les pharmaciens sur le risque de réactions cutanées graves observées chez des patients traités par REMINYL et ses génériques.

En effet, des réactions cutanées graves de type syndrome de Stevens-Johnson (voir Encadré 1) et pustulose exanthématique aiguë généralisée (voir Encadré 2) ont été notifiées chez des patients traités par ces médicamnents anticholinestérasiques, indiqués dans le traitement symptomatique de la maladie d'Alzheimer dans ses formes légères à modérément sévères (Voir Reco VIDAL Maladie d'Alzheimer).

"A la suite de la survenue d'un cas de réaction cutanée grave, une revue des données de sécurité du produit, contenant les déclarations spontanées d'effets indésirables et la littérature scientifique, a conduit à la mise à jour de l'information produit" indiquent, sans plus de détails, les laboratoires concernés dans une lettre aux professionnels de santé d'octobre 2015, destinée aux médecins généralistes, spécialistes en neurologie, gériatrie, psychiatrie, et aux pharmaciens.
La fréquence de survenue de ces effets indésirables n'est pas précisée.

Ces "nouvelles" données concernant le profil de sécurité de REMINYL et de ses génériques avaient déjà fait l'objet d'une communication Outre-Atlantique, au Canada en novembre 2014.

Tous les médicaments pour administration orale contenant de la galantamine sont concernés (voir la liste des médicaments concernés), quelle que soit la forme pharmaceutique (comprimé pelliculé, gélule à libération prolongée, solution buvable).

Reconnaître les signes évocateurs qui doivent faire arrêter le traitement au plus tôt
Jusqu'à présent, seule l'hyperhidrose était mentionnée comme effet indésirable cutané (peu fréquent) dans les résumés des caractéristiques du produit (RCP) français des médicaments à base de galantamine (dont la dernière révision date de novembre 2014).

Une modification de ces documents et des notices est prévue afin d'y intégrer le risque de réactions cutanées graves.
Ce risque doit être discuté avec les patients et une information sur les signes cliniques évocateurs d'une réaction cutanée grave (voir Encadrés 1 et 2) doit être fournie lors de la prescription et de la délivrance du médicament.
Le traitement par galantamine doit être arrêté dès l'apparition des premiers signes de rash cutané.
 
Encadré 1 - Les syndromes de Stevens-Johnson et de Lyell en bref
(d'après Annales de dermatologie et de vénéréologie (2012) 139, A172—A178)
Il s'agit des formes les plus graves de toxidermies.
Il existe un continuum entre le syndrome de Stevens Johnson (SSJ) et le syndrome de Lyell : ils ne sont actuellement distingués que par la surface d'épiderme nécrosé, facteur majeur de gravité.
Les mêmes médicaments sont responsables de tous les grades de sévérité et, chez de nombreux patients, l'éruption s'étend en quelques jours, passant du SSJ au syndrome de Lyell.

Le début est peu spécifique, sous la forme de manifestations cutanéomuqueuses à type de fièvre, brûlures oculaires, pharyngite, éruption érythémateuse. Il survient 7 à 21 jours après le début du traitement inducteur.
L'évolution vers la phase d'état est rapide et, en quelques heures à quelques jours, le tableau devient caractéristique avec :
  • des érosions muqueuses multifocales et des bulles cutanées ;
  • un signe de Nikolsky positif : des lambeaux d'épiderme se détachent à la moindre pression ;
  • dans le SSJ : des bulles et des vésicules disséminées qui restent distinctes et de petite taille, des zones de décollement par confluence limitées ;
  • au cours du syndrome de Lyell : de vastes lambeaux d'épiderme sont décollés mettant à nu le derme suintant rouge vif, ou « décollables » restant en place avec un aspect de linge fripé.
La fièvre est constante, l'état général gravement altéré.
Une atteinte viscérale est possible : une polypnée avec hypoxémie peut témoigner d'une nécrose de l'épithélium bronchique, de pronostic très défavorable.
Le pronostic vital est engagé dans 20 à 25 % des cas.
Les principaux médicaments inducteurs sont les sulfamides antibiotiques, les anticomitiaux, les AINS oxicams, l'allopurinol, la névirapine.
 
Encadré 2 - La pustulose exanthématique aiguë généralisée en bref
(d'après Annales de dermatologie et de vénéréologie (2012) 139, A172—A178)
L'éruption est brutale et très fébrile, souvent prise à tort pour une infection grave. 
Elle débute en général 1 à 4 jours après l'administration du médicament inducteur, souvent un antibiotique, par de la fièvre et un érythème en nappe, scarlatiniforme, prédominant dans les grands plis (aisselles, aines, etc.). 
En quelques heures, l'érythème se recouvre de nombreuses pustules amicrobiennes superficielles de petite taille (< 2 mm) à contenu lactescent.
Par endroits, la confluence des pustules peut entraîner un détachement partiel de la partie superficielle (sous-cornée) de l'épiderme. 

Une altération de l'état général est souvent associée. 
Après l'arrêt du médicament, la régression est rapide : les pustules disparaissent en quelques jours avec une desquamation diffuse.
Le risque vital est engagé dans 2 à 5 % des cas. 
Les principaux médicaments inducteurs sont les aminopénicillines, la pristinamycine et le diltiazem.

Pour mémoire
La prescription initiale de REMINYL, REMINYL LP et génériques est annuelle, réservée aux médecins spécialistes en neurologie, en psychiatrie, aux médecins spécialistes titulaires du diplôme d'études spécialisées complémentaires de gériatrie et aux médecins spécialistes ou qualifiés en médecine générale titulaires de la capacité de gérontologie.

Ces médicaments sont remboursables à 15 % dans le traitement symptomatique de la maladie d'Alzheimer dans ses formes légères à modérément sévères. Ces formes correspondent à des patients présentant un score > 10 au MMSE et/ou un CDR (échelle de mesure cognitive et de retentissement sur les activités de la vie quotidienne) de niveau 1 ou 2.

Pour aller plus loin
Communiqué : Bromydrate de galantamine (Reminyl® et génériques) - Nouvelle mise en garde : réactions cutanées graves (syndrome de Stevens-johnson et pustulose exanthématique aigue généralisée) (ANSM, 16 octobre 2015)
Lettre aux médecins généralistes, spécialistes en neurologie, gériatrie, psychiatrie et pharmaciens (sur le site de l'ANSM, 16 octobre 2015)
 

Sources : ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament)

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Vidal News du 2020-07-02

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