Grippe : sensibilisation des médecins généralistes et du grand public pour renforcer la couverture vaccinale

Par DAVID PAITRAUD -
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La campagne de vaccination contre la grippe saisonnière 2015-2016 a démarré le 12 octobre 2015. 

Alors qu'on assiste depuis plusieurs années à une érosion de la couverture vaccinale antigrippale, les autorités de santé ont élaboré une nouvelle campagne pour inciter les plus de 65 ans et les populations à risque à se faire vacciner. 

Centrée sur le slogan "Grippe : pour éviter l'hospitalisation, passez à la vaccination", cette campagne s'appuie sur les enseignements de la saison précédente, au cours de laquelle la couverture vaccinale a diminué, de même que l'efficacité préventive du vaccin, alors que l'épidémie et le nombre d'hospitalisations pour grippe ont particulièrement augmenté. 

Le dispositif de prise en charge des vaccins contre la grippe est identique aux années précédentes.
L'épidémie grippale de l'hiver dernier s'est caractérisée par un nombre plus important de cas graves (© InVS, mai 2015)

L'épidémie grippale de l'hiver dernier s'est caractérisée par un nombre plus important de cas graves (© InVS, mai 2015)

 
Grippe 2014-2015 : une épidémie plus intense et probablement plus mortelle que les années précédentes
En France, l'épidémie 2014-2015 s'est poursuivie pendant 9 semaines, de janvier à mars 2015, avec un pic en février. Au total, 2,9 millions de consultations pour syndrome grippal ont été enregistrées. 
 
Un nombre accru d'hospitalisations a également été constaté : plus de 3 000 hospitalisations supplémentaires ont été comptabilisées pendant les 9 semaines d'épidémie.

En outre, 1 597 cas graves de grippe ont été admis en réanimation, dont 84 % ayant un facteur de risque et plus de 50 % concernant des sujets non vaccinés (chiffre correspondant à la couverture vaccinale, cf. infra).

Les collectivités de personnes âgées ont également été confrontées à une augmentation des cas de grippe.

Selon les données recueillies par l'InVS (Institut national de Veille sanitaire) sur un échantillon des 1000 communes et extrapolées à l'ensemble du pays, "un excès de 18 300 décès toutes causes [a été constaté] pendant l'épidémie de grippe, concernant à 90 % les sujets âgés de plus de 65 ans".
 
Ces décès supplémentaires ne sont cependant pas tous attribuables à la grippe : l'hiver dernier a été plus froid que les précédents, ce qui a pu engendrer une accentuation de la fragilité des plus âgés vis-à-vis de la grippe, mais aussi d'autres virus ou pathologies.

Grippe 2014-2015 : un vaccin moins efficace
L'efficacité des vaccins antigrippaux varie d'année en année, en fonction des souches incluses dans les vaccins et de celles qui circulent effectivement pendant l'épidémie.
 
Au cours des 10 dernières années, l'efficacité du vaccin estimée par les CDC (Centres américains de contrôle et de prévention des maladies)  a varié de 10 à 60 % de réduction du risque d'être infecté par un virus grippal (illustration : si vous avez 10 % de risque d'attraper la grippe durant tout l'hiver et qu'un vaccin diminue ce risque de 50 %, vous n'aurez que 5 % de risque d'attraper la grippe si vous êtes vacciné).  
 
Durant l'hiver 2014-2015, la diminution du risque chez les personnes vaccinées a été plus faible que les années précédentes, en raison de la circulation d'une souche variante du virus A(H3N2) , dite "Switzerland", non incluse dans les vaccins anti-grippaux annuels (pour en savoir plus, voir notre article du 19 janvier 2015). Cette mutation explique peut-être aussi l'importance et la gravité particulière de l'épidémie, les personnes non vaccinées mais ayant accumulé naturellement des anticorps, année après année, n'étant pas protégées contre cette souche virale particulière. 
 
Selon les CDC, le vaccin 2015-2016, qui contient cette souche Switzerland, est proche sur le plan antigénique des souches grippales ayant circulé dans l'hémisphère sud cet été, ce qui laisse espérer pour cet hiver une diminution plus forte du risque chez les personnes vaccinées.

Moins d'1 personne à risques sur 2 s'est vaccinée contre la grippe 2014-2015, ce qui traduit "un manque de confiance dans le vaccin contre la grippe"
"La moindre efficacité du vaccin grippal, due à la circulation d'une souche variante du virus A(H3N2) non couverte par le vaccin, ne saurait expliquer à elle seule l'augmentation des hospitalisations et des décès enregistrés l'hiver dernier", commentent les autorités de santé,  qui soulignent notamment la faible couverture vaccinale observée en France en 2014-2015 : alors que plus de 10 millions de personnes à risques (âge > 65 ans, grossesse ou affection de longue durée, cf. infra) avaient été invitées à se faire vacciner, 46,1 % l'ont effectivement fait. Ce pourcentage est en recul de 2,8 points par rapport à 2013, et de 13 points par rapport à 2008.

La catégorie des 65-69 ans semble la moins réceptive à la vaccination contre la grippe :  35 % seulement se sont vaccinés, contre 54,6 % pour les 70 ans et plus. Cette situation est relativement homogène sur le territoire, puisque le taux de vaccination des plus de 65 ans est inférieur à 50 % dans 63 départements. Les meilleurs taux (plus de 56 %) étaient observés dans le département des Ardennes et celui de la Meurthe et Moselle.

Pour les patients en ALD (affection de longue durée), d'âge inférieur à 65 ans, on note une légère hausse de la vaccination (+  2,6 %). Le taux des personnes en ALD vaccinées reste cependant faible (35,9 %). Pour les personnes souffrant d'asthme ou de BPCO, le taux de vaccination a fortement diminué, passant de 48,1 % en 2013 à 40,7 % en 2014 :


 
Selon les autorités de santé, "cette couverture vaccinale insuffisante traduit un manque de confiance dans le vaccin" contre la grippe.

Mais l'opinion publique serait de moins en moins réticente à la vaccination antigrippale
Les autorités sanitaires s'inquiètent donc de la faible couverture vaccinale chez les personnes les plus à risques, ce qui augmente les risques de contracter une grippe, et donc les risques de complications.
 
Mais selon ces mêmes autorités, l'opinion publique serait de plus en plus favorable à la vaccination et cette tendance résulterait des campagnes de communication successives. Les chiffres issus d'une enquête menée par l'institut BVA pour l'Assurance maladie entre le 16 octobre 2014 et le 30 novembre 2014 indiquent que :
  • la part de personnes déclarant que "lorsque l'on est atteint de certaines maladies chroniques, il faut se faire vacciner contre la grippe" est passé de 64 % à 78 %
  • la part de personnes estimant que "le vaccin contre la grippe ne présente pas de risque pour la santé"  est passée de 38 % à 46 % (ce qui signifie tout de même que plus de la moitié des Français interrogés s'interrogent encore sur la sécurité de ce vaccin, malgré l'absence de données alarmantes) ;
  • la part des personnes interrogées conscientes que la mention "le traitement par homéopathie est aussi efficace que le vaccin contre la grippe" est erronée, a progressé de 10 points sur la même période. On notera cependant que l'Assurance maladie rembourse le traitement par Influenzinum prescrit chaque année dans un contexte d'épidémie grippale. Il serait donc instructif de connaître le nombre de personnes traitées par Influenzinum et ayant développé une grippe, à partir de la base de données des assurés de l'Assurance maladie, afin d'estimer l'éventuelle efficacité protectrice de ce produit.

Les autorités espèrent donc que cette meilleure perception de la vaccination antigrippale sera accentuée par la nouvelle campagne de communication et contribuera à améliorer la couverture vaccinale.
 
Les médecins "de plus en plus favorables" à la vaccination antigrippale, selon une enquête récente, qui souligne aussi certains freins
Les autorités sanitaires communiquent également sur la position des médecins généralistes vis-à-vis du vaccin contre la grippe. Elles s'appuient sur une enquête Drees-Inpes-Inserm menée en 2014 auprès d'un panel de 1 600 médecins généralistes, qui a montréque les médecins seraient de plus en plus favorables à la vaccination, en particulier celle contre la grippe 
  • 97 % d'entre eux se disent favorables à la vaccination en général (80 % très favorables et 17 % plutôt favorables)
  • 83 % d'entre eux (57 % toujours, 26 % souvent) disent recommander le vaccin contre la grippe à leurs patients diabétiques ainsi qu'à ceux ayant plus de 65 ans.
 
Rappelons cependant que cette étude de la Drees montre aussi que si 72 % des médecins interrogés ont déclaré être vaccinés en 2012-2013, 60 % déclarent être opposés à l'obligation de vaccination des médecins contre la grippe saisonnière (actuellement, cette vaccination des professionnels de santé est recommandée, et non obligatoire).

Toujours dans cette même enquête, près d'un quart des médecins interrogés "émettent des doutes à l'égard des risques et de l'utilité de certains vaccins". Ces médecins plus "sceptiques" recommandent, logiquement, moins de vaccins que les autres (voir notre article sur cette étude).

Selon un post-test de la campagne 2013 réalisé par BVA pour l'Assurance Maladie, les arguments les plus souvent mentionnés par les médecins pour convaincre leurs patients de se faire vacciner contre la grippe sont les suivants : 
  • dangerosité de la grippe : "la grippe peut tuer" (54 % mentionnent cet argument) ; 
  • protection collective : "se protéger c'est aussi protéger les autres" (40 %) ; 
  • protection effective : "l'efficacité du vaccin est largement démontrée" (27 %).
 
Renforcer ces tendances à l'amélioration de la perception du vaccin avec une nouvelle campagne de communication
Les autorités sanitaires déploient, à partir du 15 octobre, une nouvelle campagne de communication centrée sur ce message : "Grippe : pour éviter l'hospitalisation, passez à la vaccination".
 
Cette campagne, destinée à renforcer les tendances décrites ci-dessus, prévoit des actions en direction des médecins généralistes : publi-rédactionnels et vidéos dans la presse professionnelle en ligne, lettres et mémos en ligne de l'Assurance Maladie, affiche pour le cabinet médical, etc.
 
Des messages de sensibilisation seront également diffusés auprès du grand public : spots télévisés et radio, flyer accompagnant le courrier d'invitation à la vaccination, campagne sur les réseaux sociaux.
 
La vaccination contre la grippe en pratique
La prise en charge des vaccins est valable jusqu'au 31 janvier 2016.

Les vaccins pris en charge dans le cadre de la campagne de vaccination 2015 sont les vaccins grippaux inactivés trivalents indiqués à partir de l'âge de 6 mois :  
Il n'y a pas de modification de la population éligible à la vaccination contre la grippe saisonnière (recommandations du HCSP), à savoir :
  • les femmes enceintes, quel que soit le trimestre de la grossesse ;
  • les personnes, y compris les enfants à partir de l'âge de 6 mois, atteintes des pathologies suivantes :
    • affections broncho-pulmonaires chroniques répondant aux critères de l'ALD 14 (asthme et BPCO) ;
    • insuffisances respiratoires chroniques obstructives ou restrictives quelle que soit la cause, y compris les maladies neuromusculaires à risque de décompensation respiratoire, les malformations des voies aériennes supérieures ou inférieures, les malformations pulmonaires ou les malformations de la cage thoracique ;
    • maladies respiratoires chroniques ne remplissant pas les critères de l'ALD mais susceptibles d'être aggravées ou décompensées par une affection grippale, dont asthme, bronchite chronique, bronchiectasies, hyper-réactivité bronchique ;
    • dysplasies broncho-pulmonaires ;
    • mucoviscidose ;
    • cardiopathies congénitales cyanogènes ou avec une HTAP et/ou une insuffisance cardiaque ;
    • insuffisances cardiaques graves ;
    • valvulopathies graves ;
    • troubles du rythme graves justifiant un traitement au long cours ;
    • maladies des coronaires ;
    • antécédents d'accident vasculaire cérébral ;
    • formes graves des affections neurologiques et musculaires (dont myopathie, poliomyélite, myasthénie, maladie de Charcot) ;
    • paraplégies et tétraplégies avec atteinte diaphragmatique ;
    • néphropathies chroniques graves ;
    • syndromes néphrotiques ;
    • drépanocytoses, homozygotes et doubles hétérozygotes S/C, thalasso-drépanocytose ;
    • diabètes de type 1 et de type 2 ;
    • déficits immunitaires primitifs ou acquis (pathologies oncologiques et hématologiques, transplantations d'organe et de cellules souches hématopoïétiques, déficits immunitaires héréditaires, maladies inflammatoires et/ou auto-immunes recevant un traitement immunosuppresseur), excepté les personnes qui reçoivent un traitement régulier par immunoglobulines ; personnes infectées par le VIH quel que soit leur âge et leur statut immunovirologique ;
    • maladie hépatique chronique avec ou sans cirrhose ;
    • les personnes obèses avec un indice de masse corporelle (IMC) égal ou supérieur à 40 kg/m2, sans pathologie associée ou atteintes d'une pathologie autre que celles citées ci-dessus ;
  • les personnes séjournant dans un établissement de soins de suite ainsi que dans un établissement médico-social d'hébergement quel que soit leur âge ;
  • l'entourage des nourrissons de moins de 6 mois présentant des facteurs de risque de grippe grave ainsi définis : prématurés, notamment ceux porteurs de séquelles à type de broncho-dysplasie, et enfants atteints de cardiopathie congénitale, de déficit immunitaire congénital, de pathologie pulmonaire, neurologique ou neuromusculaire ou d'une affection de longue durée.
 
La composition du vaccin trivalent recommandée par l'OMS est la suivante :
  • souche analogue à A/California/7/2009 (H1N1) pdm09
  • souche analogue à A/Switzerland/9715293/2013 (H3N2) 
  • B/Phuket/3073/2013 (lignée Yamagata)
 
En savoir plus :
Campagne de vaccination contre la grippe saisonnière 2015-2016, Direction générale de la Santé, 13 octobre 2015
Dossier de presse : lancement de la campagne de vaccination contre la grippe saisonnière, Assurance maladie, DGS, InVS, INPES, ANSM, 13 octobre 2015
Grippe 2014-2015 : une épidémie de forte intensité, BEH, 13 octobre 2015
Bulletin épidémiologique grippe. Point au 22 mai 2015, InVS, mai 2015
Vaccinations : attitudes et pratiques des médecins généralistes, études et résultats n° 910, Fanny Collange et coll., DREES et ministères (mars 2015)
Seasonal Influenza Vaccine Effectiveness, 2005-2015, CDC , dernière mise à jour en juin 2015
 
Sur VIDAL.fr :
FLUARIXTETRA : premier vaccin grippal tétravalent inactivé injectable disponible en France (octobre 2015)
Vaccination anti-grippale : pour améliorer la couverture, en baisse, l'URPS Pharmaciens Aquitaine se mobilise (octobre 2015)
Comment les médecins généralistes perçoivent-ils les vaccinations ? Résultats d'une enquête de la DREES (avril 2015)
Grippe saisonnière : possible diminution de l'efficacité du vaccin, nécessaire vigilance chez les personnes à risques (janvier 2015)
 

Sources : Assurance Maladie, DGS

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