Avis européen favorable pour Mosquirix, un nouveau vaccin contre le paludisme et l'hépatite B

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Le Comité des médicaments à usage humain (CHMP) de l'Agence européenne des médicaments (European Medicines Agency, EMA) a publié ce jour un avis scientifique favorable à l'utilisation du vaccin contre le paludisme et l'hépatite B Mosquirix chez les enfants vivant en zone d'endémie.

1. Le paludisme

Le paludisme est une maladie infectieuse due à des parasites du genre Plasmodium qui se multiplient dans les globules rouges, qu'ils détruisent, et qui sont transmis à l'homme lors de la piqûre d'un moustique, l'anophèle femelle. 

Il existe quatre espèces de Plasmodium :

  • Plasmodium falciparum
  • Plasmodium vivax
  • Plasmodium malariae
  • Plasmodium ovale
  • Plasmodium knowlesi.

L'espèce Plasmodium falciparum est la première à prendre en compte car c'est :

  • la plus fréquente, 
  • celle qui tue, 
  • et celle qui résiste aux antipaludiques.

Selon les dernières estimations de décembre 2014, 198 millions de cas de paludisme ont été enregistrés en 2013. Ces cas ont causé 584 000 décès, dont la plupart (82 %) concernent des enfants de moins de 5 ans en Afrique subsaharienne. 

Ces chiffres montrent une diminution de la mortalité du paludisme de 47 % au niveau mondial par rapport à 2000 et de 54 % dans la Région africaine de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). 

2. Qu'est-ce que le vaccin Mosquirix ?

Il s'agit d'un nouveau vaccin développé par le laboratoire GlaxoSmithKline (GSK) en partenariat avec la Malaria Vaccine Initiative (MVI) de PATH, une organisation humanitaire internationale. 

Mosquirix se présente sous la forme de particules pseudo-virales non-infectieuses appelées VLP (virus-like particle) produites dans des cellules de levure (Saccharomyces cerevisiae, la levure du boulanger) par la technologie de l'ADN recombinant (technique de génie génétique permettant d'obtenir des protéines antigéniques purifiées).

Pour augmenter son efficacité, il contient un adjuvant appelé AS01. Cet adjuvant est constitué de liposomes (vésicules lipidiques), de MPL (lipide A monophosphorylé, dérivé non toxique d'un composant bactérien) et de QS21, une saponine extraite d'un arbre.

Mosquirix contient deux antigènes :

  • Le premier antigène est une protéine de surface du sporozoïte de Plasmodium falciparum (appelée circumsporozoïte), qui est fusionnée avec l'antigène de surface de l'hépatite B (RTS) ; le sporozoïte est la forme infestante du parasite qui est inoculée à l'homme par le moustique ;
  • Le deuxième antigène est la protéine HBs, protéine de surface du virus de l'hépatite B, utilisée dans les autres vaccins contre l'hépatite B.

C'est pourquoi le vaccin Mosquirix est également connu sous le nom RTS, S / AS01 (le "S" situé après la virgule désignant celui de l'antigène HBs).

Le lancement du candidat vaccin a débuté en 1996, lors d'une étude menée par GSK en collaboration avec l'Institut de recherche Walter Reed Army. Cette étude avait montré que six des sept bénévoles vaccinés avec RTS, S, puis piqués par des moustiques infectés en laboratoire, étaient protégés contre le paludisme. 

3. Recommandations de l'Agence européenne des médicaments

Après des décennies de recherche sur les vaccins contre le paludisme, Mosquirix est le premier vaccin à être évalué par un organisme de réglementation.

Le vaccin contre le paludisme Mosquirix a été soumis à l'EMA en application d'une réglementation permettant à cet organisme d'évaluer la qualité, la sécurité, l'efficacité et le rapport bénéfice-risque d'un médicament pour faciliter l'accès à de nouveaux médicaments des personnes vivant en dehors de l'Union européenne (UE). Dans son évaluation, le CHMP a appliqué les mêmes normes rigoureuses que pour les médicaments destinés à être commercialisés dans l'UE. 

C'est dans ce cadre que l'EMA a émis un avis favorable à l'utilisation du vaccin Mosquirix chez les enfants âgés de 6 semaines à 17 mois qui vivent en zone d'endémie pour les protéger contre le paludisme à Plasmodium falciparum, mais aussi contre l'hépatite B. Cependant, il ne doit pas être utilisé pour protéger contre l'hépatite B dans les pays où la prévention du paludisme n'est pas nécessaire.

La preuve principale provient d'une grande étude clinique menée dans sept pays africains (Burkina Faso, Gabon, Ghana, Kenya, Malawi, Mozambique et Tanzanie). Les données de cet essai ont montré que Mosquirix offre une protection modeste contre le paludisme à Plasmodium falciparum chez les enfants dans les 12 mois suivant la vaccination. Le vaccin était efficace à prévenir un premier épisode clinique du paludisme chez 56 % des enfants âgés de 5-17 mois et chez 31 % des enfants âgés de 6 à 12 semaines. L'efficacité du vaccin a diminué après un an. Son profil de sécurité a été considéré comme acceptable.

S'appuyant sur les résultats de cet essai clinique, l'EMA a conclu que, malgré son efficacité limitée, les avantages de Mosquirix l'emportent sur ​​les risques dans les deux groupes d'âge étudiés. Les bénéfices de la vaccination peuvent être particulièrement importants chez les enfants dans les zones de forte transmission, où la mortalité liée au paludisme est très élevée.

Les études ayant montré que Mosquirix ne confère pas une protection complète des personnes vaccinées, et cette protection diminuant avec le temps, l'EMA attire l'attention sur la nécessité de veiller à ce que les mesures de protection déjà mises en place continuent à être utilisées en plus du vaccin. Les principales mesures de lutte contre le paludisme comprennent un traitement rapide et efficace avec les combinaisons thérapeutiques à base d'artémisinine, l'utilisation de moustiquaires imprégnées d'insecticide et la pulvérisation intradomiciliaire d'insecticide pour contrôler les populations de moustiques.

4. Les prolongements de la recommandation de l'EMA

L'avis favorable de l'EMA est un pré-requis pour une recommandation de politique vaccinale par l'OMS définissant l'utilisation de Mosquirix dans les programmes de vaccination. Les recommandations de politique générale de l'OMS prennent en considération d'autres éléments, en plus de ceux pris en compte par l'EMA. Ceux-ci comprennent la faisabilité de la mise en œuvre de la vaccination, ses aspects médico-économiques et son impact sur la santé publique par rapport aux autres mesures de lutte contre le paludisme. Chaque pays adoptera ensuite la politique vaccinale qu'il jugera adaptée.

L'avis de l'OMS sur l'utilisation de Mosquirix est attendu pour le mois de novembre 2015. 

5. Financement du vaccin Mosquirix

GSK a dépensé environ 350 millions de dollars pour développer le vaccin Mosquirix. Le laboratoire s'est engagé à produire ce vaccin à prix coûtant, de sorte qu'en cas d'autorisation son prix couvre le coût de fabrication.

Source : Agence européenne du médicament.

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Vidal News du 2018-12-13

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