Glaucome chronique à angle ouvert : le latanoprost seul permet une réduction du risque de perte de vision

Par CEDRIC MENARD -
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Le glaucome chronique à angle ouvert est une affection du nerf optique à l’origine d’une baisse de l’acuité visuelle pouvant évoluer vers la cécité. Le développement de cette affection est favorisé par plusieurs facteurs, en particulier l'élévation chronique de la pression intraoculaire. Près d'1 million de Français seraient affectés par cette pathologie, qui représente la deuxième cause de cécité dans les pays développés.
 
En première intention, le traitement repose depuis des décennies sur des médicaments destinés à faire baisser la pression intra-oculaire, collyres bêtabloquants et / ou analogues des prostaglandines. Mais ces médicaments préservent-ils vraiment la capacité visuelle ?
 
Oui pour le latanoprost
0,005 % (XALATAN et génériques), selon la première étude réalisée uniquement avec ce collyre (sans autre traitement associé), versus placebo et en double aveugle chez des patients nouvellement diagnostiqués et jamais traités.
 
Cette étude a été financée par Pfizer (laboratoire producteur du XALATAN) et le UK National Institute for Health Biomedfical Research Centre*. Elle a été réalisée par l’équipe du Dr David Garway-Heath** auprès de 516 patients recrutés dans 10 centres britanniques entre 2006 et 2010, et publiée dans l'édition d'avril 2015 de la revue The Lancet.


GAO : première étude en double aveugle à étudier l'utilisation d'un médicament seul, sans chirurgie ou laser associé
En introduction de leurs travaux, les auteurs soulignent que bien que les analogues de la prostaglandine soient le traitement de choix pour le traitement du glaucome à angle ouvert (cf. VIDAL Reco GAO), aucune étude, à leur connaissance, n'avait encore évalué l'efficacité des molécules de cette classe par rapport à un placebo. Les essais antérieurs avaient en effet toujours étudié des protocoles associant une molécule à un traitement chirurgical ou par laser.
 
Les auteurs ont souligné que dans la littérature, les essais d'évaluation des traitements du glaucome portaient généralement sur des périodes d'au moins 5 ans (à l'exception d'un seul sur 30 mois). Or cette longue durée d'étude empêche la mise en œuvre d'autres traitements. Ils ont donc choisi une durée d'étude plus courte en s'appuyant sur l'imagerie pour évaluer l'importance, ou non, des changements liés au traitement.
 
516 patients nouvellement diagnostiqués et non encore traités
En pratique, les 516  patients ont été recrutés dans 10 centres de soins et hôpitaux anglais entre 2006 et 2010 : le critère d'inclusion était le constat d'un GAO nouvellement diagnostiqué, non encore traité, caractérisé par une diminution du champ visuel d'au moins un œil, diminution reliée par l'imagerie à des à des atteintes glaucomateuses de la tête du nerf optique.  
 
Ces 516 patients ont donc reçu sous forme de collyre soit du latanoprost 0,005 % (258 patients), soit un placebo (258 patients), une fois par jour, avec une durée d'évaluation de 24 mois.
 
Confirmation de la réduction de la tension oculaire
L'essai clinique a permis de confirmer l'effet hypotenseur local du collyre à base de latanoprost, avec, dans le groupe latanoprost, une réduction moyenne constatée de la pression intra-oculaire de 3,8 mm Hg par rapport à la ligne de base (19,6 mm Hg), contre seulement 0,9 mm Hg dans le groupe placebo (ligne de base de 20,1 mm Hg).
 
Les courbes de pression oculaire ci-dessous (à gauche, patients ayant accompli tout le suivi, à droite, inclusion des patients ayant cessé le suivi) montrent une forte réponse initiale au latanoprost, réponse qui diminue après 6 mois et se stabilise ensuite, cinétique d'efficacité déjà décrite auparavant (Tsuda M et coll., 2009) :

 
 

Diminution significative du risque de perte de vision sur 24 mois
David Garway-Heath  et coll. ont également pu mettre en évidence, ce qui était l'objectif principal de l'étude, 2 effets significativement positifs du latanoprost sur la perte de vision :
- A 24 mois, 25,6 % des patients du groupe contrôle (59 sur 230) ont atteint le critère de détérioration de leur champ visuel coïncidant avec la progression du glaucome, contre seulement 15,2 % du groupe latanoprost (35 sur 231, p=0,006).
- Le délai avant le début de la détérioration a été significativement plus long avec le latanoprost qu'avec le placebo (p=0,0003).
 
Ces résultats positifs étaient également statistiquement significatifs dès 12 mois, ont par ailleurs relevé les auteurs.
 
La courbe ci-dessous reprend ces résultats (en rouge, les patients sous placebo présentent une détérioration de leur champ visuel plus précoce et ils sont plus nombreux à présenter cette détérioration que les patients sous latanoprost) :
 
 
 
 
En termes de sécurité, aucun effet secondaire grave n'a été associé à la prise de latanoprost, ont-ils ajouté (tableau des effets secondaires relevés sous latanoprost et placebo).
 
Des données "pertinentes cliniquement", bien que relevées chez des patients atteints de GAO léger ou modéré
L'équipe du Dr. Garway-Heath a noté qu'une des limites de leur travail était la surreprésentation de sujets de type caucasien (plus de 90 %), ce qui pourrait fausser la possibilité de généraliser les résultats à d'autres groupes ethniques (le GAO est plus fréquent et plus sévère chez les populations à peau plus foncée, cf. P. Denis, 2004).
 
Ils ont également pointé que les cas de glaucome à angle ouvert à des stades avancés avaient été d'emblée exclus du protocole, et que les données retrouvées n'étaient donc applicables qu'à des cas légers ou modérés.
 
Ils soulignent cependant que malgré ces biais, cette étude apporte des données pertinentes sur l'efficacité protectrice du latanoprost, "médicament le plus fréquemment utilisé dans les pays à revenu élevé" en cas de GAO.

De plus, ces résultats ont été obtenus sur des patients nouvellement diagnostiqués et jamais traités, ce qui exclue l'influence de traitements antérieurs et /ou d'une évolution particulière de la maladie.
 
Par ailleurs, les auteurs remarquent que près des 2 tiers des patients sous placebo n'ont pas présenté de détérioration visuelle au bout de 2 ans, ce qui pose la question d'une abstention thérapeutique initiale (couplée à une surveillance et réévaluation régulière du champ visuel).  
 
Ils appellent à de nouvelles études pour préciser la stratégie thérapeutique et ces bénéfices, en particulier en fonction de l'âge, du stade du glaucome, de la pression intra-oculaire de base, de l'ethnie et d'autres facteurs de risque. 


* Les auteurs précisent dans The Lancet que Pfizer et par le UK National Institute for Health Research Biomedical Research Centre, financeurs de leurs travaux, ne sont pas intervenus dans la conception ou la réalisation de cette étude.
 
** Dix des cosignataires de cet article auteurs déclarent des liens d'intérêt avec le sujet traité (financement de recherches par Allergan, Pfizer, GSK, Merck, etc., cf. p 1304 de l'étude). Les 15 autres cosignataires ne déclarent aucun lien d'intérêt.
 

En savoir plus :
Latanoprost for open-angle glaucoma (UKGTS): a randomised, multicentre, placebo-controlled trial, Pr David F Garway-Heath et coll., The Lancet, Volume 385, No. 9975, p1295–1304, 4 avril 2015
Intraocular Pressure (IOP) Reduction by Latanoprost in Japanese Normal Tension Glaucoma Patients Over a Five-Year Period Stratified by Presenting IOP, Mei Tsuda et coll., Journal of Ocular Pharmacology and Therapeutics, octobre 2009 (résumé)
Le glaucome chez le mélanoderme, P. Denis, Journal Français d'Ophtalmologie Vol 27, N° 6-C2  - juin 2004
 
Sur VIDAL.fr :
VIDAL Reco Glaucome chronique à angle ouvert

Sources : The Lancet

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Vidal News du 2018-11-15

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