Vaccination à l'officine : l'Académie nationale de Pharmacie maintient sa position et cite des exemples étrangers réussis

Par DAVID PAITRAUD -
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L'article 32 du projet de loi de santé qui prévoyait la possibilité de vaccination par les pharmaciens a été supprimé du texte de la loi de santé débattue puis votée par les députés à l'Assemblée Nationale le 14 avril 2015

Mais pour l'Académie de Pharmacie, cette suppression semble être une erreur : alors même que la défiance d'une partie du grand public et des professionnels de santé envers l'utilité de certains vaccins préoccupe les autorités de santé, "la contribution des pharmaciens, sous certaines conditions et en complément des médecins et des infirmiers, permettrait de faciliter l'accès à la vaccination".


Afin d'étayer cette affirmation, l'Académie nationale de Pharmacie présente les expériences et organisations menées avec un tel dispositif à l'étranger, résultats présentés comme "positifs".

Loin d'être clos, ce débat qui agite les professionnels de santé pourrait ressurgir prochainement, après la publication du rapport sur la vaccination demandé à la députée socialiste Sandrine Hurel par le ministère de la santé, rapport attendu d'ici quelques semaines. Il pourrait également être évoqué par les Sénateurs lors des débats à venir, a priori en septembre 2015, autour du texte de la loi de santé. 
L'Académie de Pharmacie cite les pays dans lesquels la vaccination à l'officine "améliore notablement la couverture vaccinale" (illustration).

L'Académie de Pharmacie cite les pays dans lesquels la vaccination à l'officine "améliore notablement la couverture vaccinale" (illustration).


Octobre 2014 : une annonce ministérielle mal accueillie par les médecins et infirmiers libéraux
Dès 2011, l'Académie nationale de Pharmacie et l'IGAS (inspection générale des Affaires sociales) se déclaraient en faveur de la vaccination à l'officine. Cette proposition a été relayée le 15 octobre 2014 par Marisol Touraine, ministre de la santé, dans le cadre de la présentation de son projet de loi.

Mais cette annonce avait suscité de nombreuses critiques des médecins et infirmiers libéraux (voir notre article) et n'avait finalement pas abouti à la conservartion d'un article de loi dédié dans le texte de la loi de santé.

L'Académie de Pharmacie souligne l'amélioration de la couverture vaccinale dans les pays où les pharmaciens peuvent vacciner
Malgré ce rejet infirmier, médical puis parlementaire, l'Académie de pharmacie reste sur ses positions et continue à défendre la vaccination à l'officine par les pharmaciens. Dans un communiqué publié le 4 mai 2015, l'institution rappelle que plusieurs pays ont opté pour ce dispositif, et que les résultats observés sont positifs :
  • aux Etats-Unis, les pharmaciens peuvent vacciner depuis une vingtaine d'années dans 50 Etats ; 
  • au Canada (Toronto), le fait d'autoriser les pharmaciens à vacciner a permis d'atteindre la population qui échappait à la vaccination : "25 % de ceux qui n'étaient pas habituellement vaccinés et 21 % des sujets à risque ont saisi l'opportunité d'une vaccination en pharmacie"
  • au Royaume-Uni, la vaccination en pharmacie est autorisée depuis une quinzaine d'années et est "largement adoptée par la polulation" : "la vaccination contre la grippe a même été prise en charge par les pharmaciens sur 90 % du territoire anglais pour la saison 2014-2015" ;
  • au Portugal, la majorité des pharmacies proposent la vaccination, "ce qui a amélioré la couverture vaccinale des plus de 65 ans" ;
  • les Suisses du canton de Zurich pourront être vaccinés par leur pharmacien dès l'automne 2015. 

L'Académie nationale de pharmacie souligne que "dans tous les pays où les pharmaciens ont l'autorisation de vacciner, la couverture vaccinale a été notablement améliorée".

Or en France "les pharmaciens sont, pour le public, les plus accessibles des professionnels de santé", donc une telle vaccination officinale "permettrait de faciliter l'accès à la vaccination"... dans un contexte de défiance d'une partie du grand public et du corps médical, ce qui préoccupe les autorités de santé : en effet, 25 % des médecins français 
"émettent des doutes à l'égard des risques et de l'utilité de certains vaccins" (enquête de la DREES et de l'INPES, mars 2015, voir notre article). 

Les préconisations de l'Académie pour une vaccination à l'officine : absence d'obligation, formation et collaboration des pharmaciens
Selon l'Académie nationale de Pharmacie, la vaccination par les pharmaciens ne devra pas être obligatoire pour ces derniers : "l'autorisation de vacciner par les pharmaciens ne doit concerner, dans un cadre réglementaire bien précis, que des pharmaciens volontaires".

Elle doit être conditionnée à une formation préalable adaptée (renforcement des compétences sur les aspects scientifiques, techniques et réglementaires touchant aux vaccins et à la vaccination) et être réalisée uniquement "en étroite collaboration avec les autres professionnels de santé, les médecins en particulier", afin d'éviter l'écueil d'une absence de traçabilité, ou de la réalisation d'une vaccination chez un patient pour lequel elle pourrait être déconseillée pour raisons médicales. 

Un rapport sur la vaccination attendu pour l'été 2015
En février 2015, le gouvernement a confié une mission à Sandrine Hurel (députée de Seine-Maritime) sur la politique vaccinale en France, afin d'identifier et d'évaluer les pistes pour faciliter l'accès à la vaccination. Les conclusions de ce rapport sont attendues cet été.

Intègreront-elles une expérimentation de la vaccination à l'officine, comme l'ont préconisés à plusieurs reprises l'Académie nationale de Pharmacie et l'IGAS ?

Les problèmes posés par la défiance d'une partie non négligeable du grand public (défiance croissance depuis 2009 et l'épisode raté de la vaccination de masse contre le virus A/H1N1) et du corps médical seront-ils abordés ? Si oui, quelles solutions seront proposées pour tenter de restaurer la confiance ? L'obligation vaccinale sera-t-elle, par exemple, maintenue, alors que sa légitimité, sur le strict plan juridique, vient d'être confirmée par le Conseil Constitutionnel

Enfin, quid des difficultés récurrentes de rupture de stock concernant les vaccins ? Il est par exemple actuellement difficile, dans certaines régions, de faire vacciner les nourrissons avec les vaccins contenant le DTP et la valence coqueluche, alors que la vaccination DTP est obligatoire avant l'entrée en collectivités (voir notre article). Ces difficultés d'approvisionnement ou ruptures de stock sur des vaccins obligatoires ou recommandés influent également sur la qualité de la couverture vaccinale en France. 

Pour aller plus loin :
Communiqué : Améliorer la couverture vaccinale - Vaccination en pharmacie sur des modèles étrangers ? (Académie nationale de pharmacie, 4 mai 2015)

Sur VIDAL.fr : 
Vaccination à l'officine : une annonce de Marisol Touraine qui recueille des avis contrastés (22 octobre 2014)
Vaccins combinés contenant la valence coqueluche : tensions d'approvisionnement et recommandations du HCSP (mars 2015)
L'obligation de vaccination par le DTP est légitime, juge le Conseil Constitutionnel. Mais doit-elle être maintenue ?  (mars 2015)
Comment les médecins généralistes perçoivent-ils les vaccinations ? Résultats d'une enquête de la DREES (avril 2015)
Indicateurs "médicaments" de la ROSP : l'Assurance Maladie annonce des résultats positifs sur 3 ans, sauf sur la vaccination (mai 2015)
Vaccination contre les infections à papillomavirus : le HCSP évoque la vaccination en milieu scolaire (septembre 2014)

Sources : Académie nationale de pharmacie

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Vidal News du 2019-09-12

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