Comment les médecins généralistes perçoivent-ils les vaccinations ? Résultats d’une enquête de la DREES

Par Jean-philippe RIVIERE -
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Afin d’en savoir plus sur les attitudes et pratiques des médecins généralistes en matière de vaccination, la DREES (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) a réalisé une enquête par questionnaire, en partenariat avec l’INPES (Institut national de la prévention et d’éducation pour la santé).

Près de 1 600 généralistes libéraux ont répondu. Les principaux résultats montrent que les médecins sont favorables à la vaccination en général, et font en très grande majorité confiance aux sources officielles. Par contre, près d’un quart des médecins interrogés "émettent des doutes à l’égard des risques et de l’utilité de certains vaccins". Ces médecins plus "sceptiques" recommandent, logiquement, moins de vaccins que les autres.

Dans cette enquête, un focus a également été fait sur le vaccin destiné à protéger des infections à papillomavirus humains (HPV) : bien que les données publiées soient rassurantes sur sa sécurité, plus d’un médecin sur 2 (59 %) estime que les connaissances sont encore insuffisantes sur les risques éventuels de ce vaccin.

 
Un questionnaire évaluant les opinions, la confiance, les pratiques, la perception des risques et de l'utilité de la vaccination
Cette enquête a été réalisée auprès d'un échantillon national de médecins généralistes libéraux (source : Répertoire partagé des professionnels de santé – RPPS) interrogés par questionnaire (entretiens téléphoniques à l'aide du système CATI - "Computer Assisted Telephone interview") entre avril et juillet 2014.

Ce questionnaire comportait une quarantaine d'items destinés à évaluer les opinions des médecins sur la vaccination en général,  leur confiance dans les sources d'information disponibles, leur perception de l'utilité et des risques de ces produits, leurs pratiques vaccinales personnelles et professionnelles. Un zoom a également été effectué sur le vaccin destiné à protéger des infections à papillomavirus humains (HPV).

Les réponses des 1 592 généralistes ont ensuite été pondérées et ajustées pour que l'échantillon soit représentatif des médecins français et leurs conditions d'exercice (volume de travail, densité médicale, sexe, âge, etc.).
 
 97 % des médecins interrogés favorables à la vaccination en général, mais désaccords sur l'éventuelle extension de l'obligation vaccinale
80 % des médecins interrogés se déclarent "très favorables" à la vaccination en général et 17 % "plutôt favorables". Des chiffres comparables aux enquêtes réalisées précédemment sur ce thème, "sans évolution significative depuis 1998" (Verger et coll., 2011, Gautier et coll., 2011).

Faut-il pour autant étendre le champ de la vaccination obligatoire, dont la légitimité a été réaffirmée le 20 mars dernier par le Conseil Constitutionnel  (voir notre article) ?
- Pour 61 % des répondants,  cette obligation, qui concerne actuellement les vaccins contre la diphtérie, la poliomyélite et le tétanos), doit rester cantonnée à "seulement certains vaccins".
- 24 % des répondants estiment par contre que l'obligation vaccinale devrait être étendue aux 9 vaccins actuellement recommandés : coqueluche, rougeole, oreillons, rubéole, Haemophilus Influenzae de type b, hépatite B, pneumocoque, HPV et méningocoque C.  

Par ailleurs,  60 % des répondants déclarent être opposés à l'obligation de vaccination des médecins contre la grippe saisonnière.
 
Information sur les vaccins : une confiance contrastée en fonction des sources
Les médecins interrogés font "plutôt confiance" ou "tout à fait confiance" aux sources scientifiques, à leurs collègues spécialistes et aux autorités de santé pour "obtenir des informations fiables sur les bénéfices et les risques des vaccins" :


Plus de la moitié des médecins interrogés (53 %) estiment cependant que les sources officielles sont influencées par l'industrie pharmaceutique, et 29 % se fient avant tout à leur propre jugement.

La défiance touche donc surtout les médias et l'industrie pharmaceutique, mais n'épargne pas non plus les sources officielles, ce que la DREES explique par le contexte compliqué de ces dernières années (crises sanitaires liées à un médicament ou un vaccin).
 
Des doutes sur les adjuvants, sur l'utilité de certains vaccins ou encore le risque de syndrome de Guillain Barré
Environ un quart (25,8 %) des généralistes interrogés jugent que "certains vaccins recommandés par les autorités sont inutiles". Un généraliste sur 5 (19,9 %) estime aussi que 'les enfants sont trop vaccinés contre trop de maladies".
 
Les  médecins généralistes ont également été interrogés sur les affirmations les plus fréquentes des détracteurs de la vaccination. Là encore, jusqu'à un quart des médecins manifestent une défiance, en particulier envers les adjuvants :
- "un vaccin contenant des adjuvants est associé à des complications à long terme" : affirmation estimée "probable" par 29 % des médecins interrogés (et par 63,8 % des médecins se disant "peu confiants" envers la vaccination)
- "le vaccin contre la grippe entraîne le syndrome de Guillain Barré" : 22 ,8 % des médecins estiment que c'est "probable" (53,4 % des médecins "peu confiants")
- "le vaccin contre la grippe pandémique H1N1 entraîne la narcolepsie" : 16,6 % "probable"
- "le vaccin contre l'hépatite B entraîne la sclérose en plaques" : 11,1 % "probable"
- "les vaccins contenant de l'aluminium entraînent la maladie d'Alzheimer" : 9,1 % "probable" (5 % chez les "confiants", 45 % chez les "peu confiants")
- "les vaccins contre les HPV entraînent la sclérose en plaques" : 4,8 % "probable" (0,1 % chez les "confiants", 53 % chez les "peu confiants").

Résultat, si 96 % des médecins déclarent se sentir "à l'aise" pour donner des explications à leurs patients sur l'intérêt des vaccins, ce chiffre diminue à 81 % pour les informer sur la sécurité des vaccins, et chute à 42 % seulement pour leur expliquer le rôle des adjuvants, ce qui peut peut-être s'expliquer par la gestion sanitaire compliquée de la pandémie A/H1N1. A noter que 32 % des médecins déclarent que le vaccin contre la grippe saisonnière contient un adjuvant, alors que ce n'est pas le cas.  

Des doutes qui se répercutent sur les pratiques professionnelles
Les médecins qui émettent le plus de doutes sont plus âgés, plus souvent de sexe féminin et ont un volume d'activité plus faible que la moyenne, précise la DREES. Ils exercent le plus souvent seuls, pratiquent davantage les médecines douces (homéopathie, acupuncture, etc.) et ont été davantage confrontés que leurs confrères aux maladies graves faisant l'objet de polémiques.

Ces doutes se répercutent, logiquement, sur les recommandations, "alimentant une hésitation des médecins à vacciner".

Zoom sur le vaccin contre les HPV
Depuis fin 2006, la vaccination contre certains HPV, connus comme les plus susceptibles de favoriser la survenue d'un cancer du col de l'utérus,  est possible en France. Cette vaccination est actuellement recommandée chez les jeunes filles de 11 à 14 ans (2 doses).

Mais plusieurs polémiques ont freiné son déploiement. Ce vaccin a été soupçonné, comme avant lui celui contre l'hépatite B, d'augmenter le risque de survenue de maladies auto-immunes. Ce risque semble pourtant écarté par les relevés de pharmacovigilance français et internationaux (voir notre article), mais régulièrement, les médias se font l'écho de plaintes en justice en raison de pathologies déclarées après cette vaccination.

Du côté de l'efficacité, étant donné le délai entre l'infection et l'éventuelle apparition d'un cancer (jusqu'à plusieurs décennies), les preuves formelles manquent (par contre, les études montrent une diminution des infections et des lésions précancéreuses, voir notre article).

Ces doutes sur le rapport bénéfices-risques de ce vaccin se retrouvent chez les médecins interrogés : 59 % déclarent que les connaissances manquent sur les risques de ce vaccin et 23 % expriment des doutes sur son efficacité.

De tels doutes font probablement partie des raisons pour lesquelles la couverture vaccinale anti-HPV reste limitée en France : fin 2013, elle était de 20,1 % à 16 ans.

Renforcer l'information des patients, intégrer un carnet de vaccination aux logiciels professionnels
En fin de questionnaire, les médecins ont donné leur avis sur plusieurs outils proposés pour "faciliter leur pratique de vaccination". Comme le montre le tableau ci-dessous, les médecins préconisent avant tout de renforcer l'information du grand public. 75 % souhaitent aussi qu'un carnet de vaccination soit intégré dans leur logiciel métier : 
 

En synthèse, cette enquête souligne une défiance de près d'un quart des médecins généralistes envers l'intérêt de certains vaccins et les informations officielles proposées sur leur rapport bénéfices-risques.

Cette défiance, probablement régulièrement réactivée ou renforcée par telle ou telle réévaluation, révision des protocoles ou alerte de pharmacovigilance (comme celle du 31 mars sur les vaccins contre le rotavirus, voir notre article), influe sur le conseil vaccinal prodigué aux patients, ce qui peut expliquer la faiblesse de certaines couvertures vaccinales et préoccupe les autorités sanitaires françaises.
 
En savoir plus :
Vaccinations : attitudes et pratiques des médecins généralistes, études et résultats n° 910, Fanny Collange et coll., DREES et ministères, 31 mars 2015
« Attitudes et pratiques des médecins généralistes de ville relatives à la vaccination en général et à celle contre la grippe A/H1N1 en 2009 », Études et Résultats, Verger P., Flicoteau, R., Pauvif L., DREES, n° 770. 2011
Baromètre santé médecins généralistes, 2009, Gautier A. et coll., INPES, Saint-Denis, 2011
 
Sur VIDAL.fr :
L'obligation de vaccination par le DTP est légitime, juge le Conseil Constitutionnel. Mais doit-elle être maintenue ? (mars 2015)
Vaccin anti-HPV quadrivalent (GARDASIL) : pas d'augmentation du risque de sclérose en plaques, selon une vaste étude nordique (janvier 2015)
Vaccins contre certains papillomavirus humains : que disent les études utilisées par les autorités sanitaires ? (avril 2014)
GARDASIL : les données de pharmacovigilance "ne remettent pas en cause le rapport bénéfice/risque favorable" (ANSM) (avril 2014)

Sources : DREES

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Vidal News du 2017-09-14

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