Ebola : un antiviral japonais pourrait réduire la mortalité, mais d'autres données sont indispensables pour l'affirmer

Par Stéphane KORSIA-MEFFRE -
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L'Inserm a communiqué les premiers résultats d'une étude en cours en Guinée, menée par le Pr Denis Malvy et ses collaborateurs, sur l'éventuel intérêt du favipiravir dans l'infection par le virus Ebola.

Selon ces résultats, très préliminaires, ce médicament antiviral, commercialisé contre la grippe au Japon, pourrait diminuer la mortalité des personnes atteintes de fièvre Ebola avec charge virale peu élevée.

Mais les résultats prometteurs de cette petite étude (moins de 100 patients), menée sans comparaison avec un placebo, encore en cours et donc non publiée, devront absolument être confirmés avant un possible usage thérapeutique (administration la plus précoce possible après l’apparition des symptômes).
Virus Ebola

Virus Ebola

L'administration de favipiravir pourrait améliorer les chances de guérison des patients les moins sévèrement affectés par l'infection par le virus Ebola, selon les premiers résultats, à confirmer, d'un petit essai clinique observationnel mené en Guinée par l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).  
 
Un médicament antiviral approuvé contre la grippe
Produit par Toyama Chemical, une filiale de Fujifilm, le favipiravir (Avigan ou T705) est un médicament destiné à lutter contre la grippe cet ommercialisé au Japon depuis le printemps 2014. Bien toléré, il est plus efficace lorsqu'il est administré au tout début de l'infection grippale.

In vitro et chez la souris, le favipiravir a montré un effet inhibiteur de la multiplication du virus responsable de la fièvre Ebola. Depuis décembre 2014, il fait donc l'objet d'une étude clinique observationnelle sur les personnes touchées par cette maladie en Guinée.
 
Une étude clinique en collaboration avec des ONG
Pilotée par l'Inserm, cette étude est menée dans trois centres de soins spécialisés dans la fièvre Ebola en Guinée, centres gérés respectivement par Médecins Sans Frontières, la Croix Rouge française et l'association Alima. Elle a été financée par la France et la Commission européenne .

Dans cette étude clinique observationnelle (phase IIb multicentrique ouverte et non randomisée), tous les patients reçoivent le favipiravir à des doses très supérieures à celles utilisées dans le traitement de la grippe. Il n'y a pas, pour raisons éthiques, de patients recevant un placebo. À ce jour, environ 110 patients ont reçu ce médicament et l'étude continuera jusqu'au 15 mars 2015 (cfcette présentation plus détaillée de l'étude sur le site de l'Inserm).
 
Un effet bénéfique observé chez les patients les moins sévèrement atteints
Sans attendre la fin de l'étude, les investigateurs de l'Inserm ont expliqué avoir déjà observé un effet bénéfique du favipiravir chez certains patients : chez les personnes dont la charge virale (la quantité de virus Ebola dans le sang) est faible (69 cas à ce jour), ce médicament accélèrerait la guérison et diminuerait le risque de mortalité de moitié (ce risque serait passé de 30 à 15 %). Par contre, aucun effet positif n'a été observé chez les patients qui présentent une charge virale élevée.

Les chercheurs font remarquer que les patients dont la charge virale est faible sont probablement ceux qui ont pu être pris en charge rapidement après l'apparition des symptômes, ce qui est cohérent avec le fait que le favipiravir soit, dans le traitement de la grippe, plus efficace s'il est administré précocement. Une identification plus rapide des personnes contaminées par le virus Ebola pourrait donc peut-être améliorer le pronostic des personnes traitées par cet antiviral.
 
Mais une étude limitée par des problèmes de recrutement
La mise en place et le recrutement des participants à cette étude ont été limités par la diminution du nombre de cas d'Ebola en Guinée à la fin de l'année. Une situation similaire a été observée au Liberia où une étude portant sur l'antiviral brincidofovir a dû être arrêtée par manque de participants potentiels. Le rebond, malheureusement survenu récemment, du nombre de cas en Guinée devrait cependant permettre d'achever cette étude avant la fin mars 2015.
 
Une controverse sur les modalités de communication de ces résultats
Plusieurs scientifiques et journalistes, comme Jean-Yves Nau, se sont émus de la manière dont ces résultats ont été communiqués par l'Elysée, le ministère de la santé et celui de la recherche, avant même d'avoir été examinés par des experts scientifiques indépendants, bafouant ainsi les bonnes pratiques de la communication scientifique. En effet, les résultats préliminaires de cette étude ne seront présentés que fin février à la CROI (Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes) qui se tiendra à Seattle, avant une éventuelkle publication dans une revue scientifique. 

Même si l'on peut comprendre l'empressement des autorités françaises à médiatiser les résultats positifs obtenus par des équipes scientifiques françaises par cette terrible épidémie, il faudra attendre mars 2015, voire une autre étude plus vaste, pour confirmer l'éventuel intérêt du favipiravir dans le traitement de la fièvre Ebola.
 
Pour en savoir plus :
Le communiqué de l'Élysée sur l'entretien de François Hollande avec les Professeurs Delfraissy et Levy sur le favipiravir, 4 février 2015
Le communiqué de presse des Ministères de la Santé et de la Recherche sur l'étude Inserm sur le favipiravir, 5février 2015
La méthodologie de l'étude Inserm portant sur le favipiravir, Inserm, 8 décembre 2014
L'article de Jean-Yves Nau sur la controverse à propos des modalités de communication des résultats de l'étude sur le favipiravir, 6 février 2015
 
 

Sources : Inserm

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Vidal News du 2020-07-02

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