Etude : risques cardiovasculaires plus élevés chez les habitants des pays riches... mais ils en meurent moins

Par Besma SIDIA -
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La pratique régulière du sport, une alimentation bien équilibrée et l’abstinence tabagique diminuent les risques de survenue d’un infarctus du myocarde, d’un accident vasculaire cérébral et d’une insuffisance cardiaque et donc de décès.
 
Mais l’état du système de santé varie énormément selon les pays, ce qui influe encore plus que la maîtrise des facteurs de risque sur la survenue de ces maladies et leur mortalité, comme le montrent les résultats de l’étude PURE, réalisée dans 17 pays et publiée dans le New England Journal of Medicine.
 

 
Un suivi international de 4 ans avec plus de 150 000 patients  provenant de 17 pays sélectionnés
Le Dr Salim Yusuf de l'Université de McMaster pour l'Institut de recherche de santé publique (Canada) et ses collaborateurs ont donc cherché à comprendre pourquoi 80 % des décès annuels liés à une maladie cardiovasculaire surviennent dans les pays pauvres ou en voie de développement.
 
Ils ont donc enrôlé pour cette étude 156 424 patients issus de 628 communes urbaines et rurales, situées dans 17 pays des 5 continents classés en fonction de leur richesse (données de la Banque Mondiale) :
- 3 pays à revenus élevés : Canada, Suède et Emirats Arabes Unis.
- 10 pays à revenus moyens : Argentine, Brésil, Chili, Chine, Colombie, Iran, Malaisie, Pologne, Afrique du Sud et Turquie.
- 4 pays à revenus faibles : Bangladesh, Inde, Pakistan et Zimbabwe.
 
Les participants ont été interrogés par questionnaires (âge, sexe, éducation, rapport au tabac, notions de diabète, d'hypertension artérielle, obésité, niveau de cholestérol, etc.). Ces données ont permis d'établir un score de risque (INTERHEART Risk Score). Ils ont également été interrogés sur leur éventuelle prise de médicaments liés aux pathologies cardiovasculaires (anti-agrégants plaquettairses, anti-hypertenseurs, hypolipémiants).

Ces participants ont été suivis entre 2008 et 2013, avec en particulier un recueil des incidents ou accidents cardiovasculaires (maladies nécessitant une hospitalisation, infarctus ayant entraîné, ou non, un décès, etc.) et des interventions du type revascularisation coronaire (angioplastie).
 
Davantage de facteurs de risque et de traitements préventifs dans les pays les plus riches
Dans les pays aux revenus les plus élevés, le score de risques était significativement (p < 0,001) plus élevé (12,89) que dans les pays intermédiaires (10,47). Dans les pays les plus défavorisés, les participants avaient le moins de facteurs de risque cardiovasculaires (8,28) :
 
 
Une différence qui peut s'expliquer par le mode de vie dans les pays les plus riches, plus sédentaire avec une alimentation moins riche en fruits et légumes.
 
Les habitants de ces derniers prenaient davantage de traitements destinés à prévenir la survenue d'un évènement cardiovasculaire : ils prenaient par exemple plus d'anti-agrégants plaquettaires (8,1 %) que les habitants des pays intermédiaires (2,8 %) et ceux des pays pauvres (1,8 %). Idem pour les bêta-bloquants (4,5, 3 et 1,8 % respectivement) et les statines (10,3, 1,6 et 0,3 % respectivement).
 
En ce qui concerne l'habitat, les participants vivant en milieu rural avaient un score plus faible qu'en ville dans les pays à revenus bas et intermédiaires (cf. schéma ci-dessus).
 
Davantage d'évènements cardiovasculaires majeurs dans les pays les plus pauvres
Les auteurs ont constaté le plus grands nombre de décès liés à un évènement cardiovasculaire dans les pays les plus défavorisés (9,23 décès pour 1000 personnes par année de suivi, versus 2,43 dans les pays les plus riches). Idem pour les décès toutes causes confondues, ainsi que pour la survenue d'incidents cardiovasculaires majeurs. A l'inverse, les maladies cardiovasculaires moins graves étaient plus fréquentes dans les pays riches :

Par ailleurs, significativement moins d'évènements majeurs surviennent en ville dans les pays à bas revenus et intermédiaires :
 

 
Un risque global plus faible dans les pays les plus riches
L'analyse croisée des scores de risque, des résultats du suivi et des données sur la richesse du pays aboutit logiquement, au vu des résultats, à un risque global de survenue d'un évènement cardiovasculaire majeur plus élevé (7,39) dans les pays les plus pauvres, par rapport aux pays intermédiaires (5,23) et aux plus favorisés (3,64).
 
Ce taux plus faible de décès est expliqué par les auteurs par une combinaison de facteurs : baisse des facteurs de risque cardiovasculaires, mise à disposition de meilleurs traitements et prise en charge plus optimale.
 
L'indisponibilité des traitements adaptés au centre de ces différences
Ces résultats montrent "un vrai paradoxe", résume le Dr Salim Yusuf, qui ajoute : "nous avons trouvé que les pays les plus riches, avec de nombreux facteurs de risque cardiovasculaires, avaient moins de problèmes cardiaques. Quand bien même ceux-ci survenaient, le risque de décès était faible, comparé aux pays les plus pauvres".
 
Un paradoxe explicable par l'accès, ou non, aux soins de qualité : dans les pays défavorisés, "vous ne pouvez pas accéder aux traitements nécessaires pour contrôler les facteurs de risque cardiovasculaires, et une fois que vous êtes atteint d'un infarctus ou d'un accident vasculaire cérébral, vous n'arrivez pas à temps à l'hôpital. Si vous y arrivez quand même, vous n'avez pas accès aux traitements d'urgence disponibles dans les pays les plus riches", explique le Dr Sonia Anand, co-auteur de l'étude.
 
Deux leviers d'action logiques pour améliorer la situation
Afin de diminuer encore les risques de survenue d'un accident cardiovasculaire, les pays riches devraient maintenir la qualité de leur système de soins et en même temps encourager davantage leur population à éviter ou contrôler les facteurs de risque cardiovasculaires comme le tabac, le cholestérol, l'hypertension artérielle, le stress, l'obésité, le diabète, le manque de consommation de produits frais et la sédentarité.
 
Quant aux pays les plus pauvres, logiquement, la solution passe par une amélioration drastique de leur système de santé (les carences actuelles dans les pays africains expliquent, par exemple, les difficultés de contrôle de l'épidémie d'Ebola).
 
En savoir plus :
Cardiovascular Risk and Events in 17 Low-, Middle-, and High-Income Countries, Ysuf S et coll.,  NEJM, 28 août 2014.
InterHeart Risk Score, rome.phri.ca

Sur VIDAL.fr : 
VIDAL Recos : Risque cardiovasculaire : prévention
 

Sources : New England Journal of Medicine

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Vidal News du 2017-07-20

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