Recherche : passer un petit peu moins de temps assis pourrait augmenter la longueur des télomères

Par Stéphane COURBOIS -
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Une équipe suédoise vient de publier une analyse montrant une possible relation entre une diminution de la sédentarité des seniors et l'augmentation de la longueur de leurs télomères (terminaisons des chromosomes dont le raccourcissement est associée, parmi d'autres facteurs, au vieillissement). 

Cette analyse pourrait signifier qu'éviter, même brièvement, une station assise prolongée pourrait participer à la conservation d'une meilleure santé, mais elle est très préliminaire et demande confirmation par une étude rigoureuse dédiée spécifiquement à cette relation. 
Est-ce utile de se lever régulièrement lorsque l\'on reste assis plusieurs heures d\'affilée (au travail, dans son salon...) ?

Est-ce utile de se lever régulièrement lorsque l\'on reste assis plusieurs heures d\'affilée (au travail, dans son salon...) ?


Les télomères, une découverte récente saluée par le Prix Nobel de médecine
Chaque cellule du corps humain contient 23 paires de chromosomes, constitués de molécules d'ADN.

En 1984, Elizabeth Blackburn, Carol Greider et Jack Szostak ont découvert qu'à chaque extrémité des chromosomes, il existait des petits "bonnets" protecteurs composés également d'ADN. Ces "petits bonnets", qu'ils ont appelé télomères, sont assemblés par une enzyme, la télomérase : 

(schéma réalisé par la Fondation Nobel et traduit en français)

Ces trois chercheurs ont reçu, en 2009, le Prix Nobel de médecine pour cette découverte, sur laquelle travaillent désormais des chercheurs du monde entier. 

Bien que les télomères ne codent pas pour des gènes identifiés (partie dite "non codante" de l'ADN), les études montrent qu'ils joueraient un rôle dans le vieillissement cellulaire. Ce rôle a été déduit du constat qu'au fur et à mesure de la division des cellules du corps humain (cellules non reproductrices), la taille des télomères diminuait.

La taille des télomères de nos chromosomes diminue donc avec l'âge, ce qui contribuerait au vieillissement cellulaire (au milieu de nombreux autres facteurs, comme l'état des mitochondries, centrales énergétiques des cellules). La taille des télomères pourrait aussi influencer la survenue de certaines maladies, par exemple cardiovasculaires (Lancet 2007). 

D'autres études ont montré une association statistique entre le fait de mener une vie "saine" (IMC faible, équilibre alimentaire, activité physique...) et d'avoir des télomères plus longs (cf. par ex Aging Cell 2009). A  l'inverse, d'autres recherches ont montré une association entre tabac, IMC élevé, stress ou dépression et des télomères plus courts (cf. par exemple Arch Intern Med. 2008).

Etude de la longueur des télomères à partir des données d'un essai clinique suédois de 2009 
Au vu des études évoquées ci-dessus, et de bien d'autres, il était logique de s'interroger sur l'impact d'une amélioration de l'hygiène de vie sur la taille des télomères.

C'est donc ce qu'ont fait Per Sjögren et coll. à partir des données d'une étude de l'impact cardiovasculaire d'une augmentation de l'activité physique de seniors, publiée en 2009 dans la revue European Journal of Preventive Cardiology . Pour cette étude randomisée, 101 personnes âgées sédentaires, en surpoids ou obèses avaient été réparties aléatoirement en 2 groupes, dont un s'est vu prescrire un programme d'activité physique individualisé, et l'autre une activité physique traditionnelle. Cette étude a duré 6 mois au cours desquels un ensemble de données (pas réalisés, activité physique, périodes en position assise, etc.) ont été recueillies par questionnaire, journal quotidien, podomètre et analyses médicales. Parmi les paramètres biologiques recueillis, la longueur des télomères de cellules du sang de 49 participants (14 hommes - 35 femmes), longueur évaluée au début de l'étude et au bout de 6 mois.

Pas d'influence d'une marche soutenue ou d'une activité physique modérée
Per Sjögren et ses collaborateurs suédois ont donc corrélé les données physiques de ces 49 personnes et leur évolution en fonction de l'activité physique à la longueur des télomères : 
Aucune association significative n'a été trouvée entre l'intensité de la marche (jusqu'à plus de 1600 pas/jour) et la longueur des télomères.
- Une activité physique d'"intensité modérée" aurait eu pour effet de réduire la longueur télomérique, mais cette association n'est pas significative statistiquement.  

Par contre, les télomères ont rallongé chez ceux qui restaient moins longtemps assis
Le temps passé assis a diminué chez toutes les personnes du groupe "intervention" (activité physique). Or les auteurs ont constaté que les télomères de ces personnes moins souvent assises en semaine ont rallongé significativement (p=0,019).

Le fait de rester assis moins longtemps serait donc plus important, du moins pour préserver la longueur de ses télomères, que de pratiquer une activité physique plus soutenue. Les auteurs soulignent d'ailleurs que si l'activité physique a tendance à augmenter dans de nombreux pays, le temps passé assis augmente également (travail sur écran par exemple).

Faut-il en conclure que se lever régulièrement rallonge les télomères ? 
Plusieurs biais nuancent l'interprétation de ces résultats : cette étude a été faite sur un tout petit échantillon. De plus, l'évaluation par questionnaire de la sédentarité peut avoir été biaisée.

Mais les auteurs soulignent que ces résultats préliminaires, pilotes, pourraient compléter les enseignements d'autres études, comme l'étude finlandaise de prévention du diabète publiée en 2012 dans PLoS ONE. Cette étude a permis de constater un allongement des télomères des globules blancs des participants ayant amélioré leur hygiène de vie (alimentation et activité physique),sans qu'il soit possible d'être plus précis (quel type d'activité physique ?).

Les auteurs attirent également l'attention sur une étude qui a montré que se lever brièvement au cours d'une période assise de 5 jeures influait significativement sur le métabolisme du glucose et de l'insuline (Diabetes Care 2012). Par ailleurs, une autre étude a montré que les gènes "santé" des muscles squelettiques s'activaient également après seulement 2 minutes d'activité au cours d'une période assise de 5 heures (J Appl Physiol 2013).

Ils en concluent que pour lutter contre les effets délétères de la sédentarité chez les personnes âgées, se dégourdir les jambes quelques minutes pourrait être plus efficace que de pratiquer une activité physique... du moins sur la longueur des télomères, puisque les bienfaits cardiovasculaires ou encore cognitifs de l'exercice chez les seniors sont largement démontrés...

En savoir plus :
Prix Nobel de médecine 2009 : 

The Nobel Prize in Physiology or Medicine 2009, Elizabeth H. Blackburn, Carol W. Greider, Jack W. Szostak, nobelprize.org

Trois études sur les facteurs associés à un changement de longueur des télomères, citées par les auteurs en introduction : 
Telomere length, risk of coronary heart disease, and statin treatment in the West of Scotland Primary Prevention Study: a nested case-control study, Scott W Brouilette et coll., Lancet 2007
The association between leukocyte telomere length and cigarette smoking, dietary and physical variables, and risk of prostate cancer, Lisa Mirabello et coll., Aging Cell. 2009
The association between physical activity in leisure time and leukocyte telomere length, Cherkas LF et coll., Archives of internal Medicine, 2008

L'analyse publiée en 2014, objet de cet article, et l'étude sur laquelle s'appuie cette analyse :
Stand up for health—avoiding sedentary behaviour might lengthen your telomeres: secondary outcomes from a physical activity RCT in older people, Per Sjögren et coll., BMJ, septembre 2014
Beneficial effects of individualized physical activity on prescription on body composition and cardiometabolic risk factors : results from a randomized controlled trial, Kallings LV et coll., Sage journals, 2008.

Trois études sur la sédentarité citées par les auteurs dans la discussion : 
- Leukocyte Telomere Length in the Finnish Diabetes Prevention Study, Hovatta l et coll., PLoS ONE 2012
Breaking Up Prolonged Sitting Reduces Postprandial Glucose and Insulin Responses, David W. Dunstan et coll., 2012
- Effects of breaking up prolonged sitting on skeletal muscle gene expression, Céline Latouche et coll., Journal of Applied Physiology, 2012

Sources : BMJ

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Vidal News du 2017-06-22