Acrophobie, ou peur du vide : le CNRS met au point une "cyberthérapie"

Par Stéphane Courbois -
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La peur du vide peut angoisser, paralyser, compliquer la vie quotidienne. Comme pour toute phobie, la confrontation à sa peur peut soulager le patient, mais il n'est pas toujours simple d'emmener quelqu'un au bord du vide...

Afin de pallier cette difficulté, une équipe du CNRS a mis au point une "cyberthérapie", technique de traitement de la peur du vide par l'utilisation d'images virtuelles.
Réalité virtuelle contre l'acrophobie

Réalité virtuelle contre l'acrophobie

La peur du vide : monter à l'échelle, changer l'ampoule du plafonnier, aller sur un balcon... Cette peur incontrôlée et irrationnelle de la hauteur, de pouvoir tomber, provoque une sensation de vertige, des nausées, une faiblesse dans les jambes... Cette phobie, appelée acrophobie, est une maladie dont souffrent entre 2 à 5 % des Français.

Que faire pour vaincre sa peur du vide ?
La plupart des personnes souffrant de cette maladie évitent de se retrouver dans une situation à risque, ce qui peut parfois compliquer le quotidien. Toutefois, l'évitement n'est pas toujours possible.

Le suivi d'une psychothérapie (thérapies cognitives et comportementales) associée à des techniques de relaxation sont souvent efficaces. L'objectif est alors de confronter petit à petit le malade à sa phobie et de le désensibiliser en douceur. 

La réalité virtuelle au service de l'acrophobie
Mais confronter un phobique à sa peur n'est pas toujours facile à mettre en oeuvre. Imaginez devoir placer le patient en haut d'un immeuble, à chaque séance de psychothérapie, afin de le désensibiliser à sa peur. Le numérique apporte alors une aide précieuse dans cette mise en situation, sans risque réel.

Daniel Mestre, psychologue et responsable du Centre de Réalité Virtuelle de Méditerranée qui a développé cette thérapie, résume l'intérêt de cette immersion virtuelle dans le journal du CNRS : "nous pouvons créer tous les environnements que nous imaginons ! Nous plaçons les patients dans des univers que nous contrôlons, c'est donc moins risqué et moins anxiogène que de mettre le phobique réellement au bord d'un gouffre".

La cyberthérapie en images
Concrètement, le patient est équipé de lunettes 3D qui permettent une immersion dans une salle virtuelle où les murs et le sol sont recouverts d'images en relief. Il se retrouve par exemple en haut d'un building New-Yorkais et doit avancer sur un plongeoir suspendu dans le vide. Un vrai cauchemar pour l'acrophobe !

"L'impression de hauteur est bien réelle car la profondeur de champ est respectée", précise Daniel Mestre. Le malade s'habitue à l'altitude, séance après séance, et progresse plus facilement sur la planche. En outre, plus la thérapie avance, plus la situation de stress imposée est amplifiée, par exemple la largeur du plongeoir diminue.

Comme toute thérapie, le patient doit être partie prenante afin que ce traitement soit efficace.

Au final, il faudrait "une séance par semaine pendant 2 mois, associée à des sessions de relaxation, pour espérer soigner le vertige avec notre système", explique Daniel Mestre.

La cyberthérapie contre l'acrophobie : une première française
La cyberthérapie est utilisée depuis une dizaine d'années en Amérique du Nord. En France, cette technique peine à se développer, et lutter contre l'acrophobie à partir d'images virtuelles est une première. Ce projet qui n'en est qu'à ses débuts a été lancé en 2013 par le CNRS et a coûté près d'un million d'euros.

Afin d'équiper les médecins de ce dispositif, l'objectif est d'en réduire la taille et le prix (ce qui sera peut-être rapidement possible avec la prochaine commercialisation des casques de réalité virtuelle, type Oculus Rift, casques qui devraient coûter environ 300 euros).

Daniel Mestre souhaite aussi que la cyberthérapie soit testée dans le traitement d'autres phobies, comme par exemple la peur des araignées (arachnophobie).

En savoir plus :
Guérir le vertige grâce à la réalité virtuelle, Institut des Sciences du Mouvement (CNRS UMR7287/Université Aix Marseille), août 2014.

Sources : CNRS

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Vidal News du 2018-12-06

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