Recherche : Google lance "Baseline Study" pour tenter d’identifier des "biomarqueurs de bonne santé"

Par Jean-Philippe RIVIERE -
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Google, créée en 1998, est devenue une des trois plus grandes entreprises du monde par capitalisation boursière. Avec cet argent, cette société multiplie les achats d’entreprises qu’elle estime prometteuses. Google a également  créé un laboratoire, Google X Lab, ou Google X, dans lequel se concentrent ses recherches sur de possibles innovations en lien avec la santé, mais aussi la robotique et l'intelligence artificielle.

Si certains des projets plus ou moins utopistes de Google X, appelés "moonshots", sont déjà morts-nés ou ont été repoussés, d’autres sont plus prometteurs, comme de possibles lentilles de vue transformées en dispositifs médicaux performants.

Dernier projet en date, "Baseline Study", révélé le 27 juillet par le Dr Andrew Conrad au Wall Street Journal.
Logo Google mixé avec la modélisation d’une molécule d’ADN, © Michael Ströck, Wikipedia Commons (illustration).

Logo Google mixé avec la modélisation d’une molécule d’ADN, © Michael Ströck, Wikipedia Commons (illustration).


"Baseline Study", une étude centrée sur les caractéristiques génétiques, physiologiques, médicales de 175 personnes
Baseline signifie littéralement, en anglais, ligne de base. L'objectif de ce nouveau projet Google est de recueillir des informations génétiques et physiologiques détaillées, tout d'abord auprès de 175 personnes, pour tenter de définir "l'image la plus précise de ce qu'un corps humain en bonne santé devrait être".

Les prélèvements sanguins, salivaires et lacrymaux recueillis seront séquencés et analysés, puis corrélés informatiquement à d'autres éléments provenant de  l'histoire médicale de la personne (antécédents, pathologies en cours), celle de sa famille et le recueil en temps réel de données de santé "objectives" (mise en place de capteurs mesurant le rythme et la fréquence cardiaques, la saturation en oxygène, l'activité physique, etc.).

L'objectif : identifier des biomarqueurs de "bonne santé"
Actuellement, les nouveaux  biomarqueurs identifiés sont davantage des marqueurs de maladie, de dégradation (exemple : marqueurs tumoraux) plutôt que des indicateurs de bonne santé.

L'analyse approfondie, multi-critères effectuée par Google X pourrait permettre, selon le Dr Conrad, de mettre en évidence de nouveaux biomarqueurs de "bonne santé", biomarqueurs dont il faudra ensuite confirmer la pertinence sur le suivi de plusieurs milliers de personnes (avec l'aide des facultés de médecine américaine de Duke et de Stanford).

Le Dr Conrad donne l'exemple de l'identification possible, chez certaines personnes, d'un hypothétique marqueur protecteur contre les effets délétères du cholestérol, marqueur qu'il faudrait alors tenter de comprendre puis tenter d'en favoriser la présence dans l'organisme chez ceux qui en sont dépourvus, de manière endogène (intervention sur le génome par exemple…) ou exogène (médicament).

En multipliant et en croisant les données d'interrogatoire, génétiques, biochimiques et objectives, prises en temps réel, cette étude irait, toujours selon le Dr Conrad, interrogé par le Wall Street Journal, au-delà des études de cohorte déjà effectuées sur des centaines de milliers de personnes.  

Une information anonymisée et non revendue aux assurances ?
Google s'engage à anonymiser toutes les données de santé recueillies et à ne pas les transmettre à d'éventuelles sociétés intéressées, comme les sociétés d'assurance. Pour accréditer cette version, Google affirme que la base de données sera contrôlée par un comité d'experts institutionnels. Les facultés médicales de Duke et Stanford contrôleront l'utilisation de ces informations.

Il s‘agit d'une question de plus en plus sensible, y compris en France, où les projets d'"open data" se multiplient, notamment en santé (voir notre article sur les préconisations de la Commission Open-data). Les avantages des applications mobiles, objets connectés, séquençages, implants cérébraux supplantent-ils les risques de perte d'indépendance, de libre arbitre, de "hacking" de nos données de santé à des fins mercantiles ou policières, etc. ?

Afin de mener ce projet à terme, le Dr Andrew Conrad, biologiste moléculaire qui travaille sur ce projet depuis mars 2013, s'est entouré de plusieurs dizaines d'experts en physiologie, biochimie, optique, imagerie et biologie moléculaire.

Un "saut dans l'inconnu"
Existe-t-il vraiment des biomarqueurs de bonne santé "universels", alors que le corps humain est si complexe, que les situations individuelles si particulières ? Alors même, par exemple, que notre code génétique et son accessibilité, sa fonctionnalité évoluent en permanence en fonction de notre environnement physique, social, psychique, etc., ce qui rend compliqué le pronostic évolutif de telle ou telle anomalie moléculaire détectée à un instant T (voir notre article sur l'épigénétique) ?

Le Dr Conrad admet qu'il s'agit d'un "pas de géant vers l'inconnu", dont il est impossible d'anticiper les résultats et leurs délais d'obtention…

Google et la médecine : malgré certains échecs, le début d'une longue histoire ?
Google ne réussit pas toutes ses entreprises, y compris dans la santé :
-  "Google Health"(projet de dossier médical partagé accessible par internet) a été fermé fin 2012, fautes d'utilisateurs.
- La  société de séquençage génomique "23andme", dirigée par l'épouse de Serge Brin (co-fondateur de Google), s'est vue interdire par la  Food and Drug Administration (FDA), fin 2013, la vente aux particuliers de kits de séquençage individuel.
- "Google Flu Trends", outil destiné à anticiper la survenue des épidémies saisonnières de grippe en analysant finement les requêtes des internautes, s'avère prometteur, mais il n'est pas encore abouti : cet outil a surestimé largement, 3 années de suite, l'importance de l'épidémie aux Etats-Unis.
 
Ces échecs, définitifs ou temporaires, n'empêchent cependant pas Google de continuer à investir, avec par exemple la création de la société de biotechnologies Calico, qui veut optimiser l'humain pour repousser, voire "tuer la mort"…

Le laboratoire Novartis a également annoncé mi-juillet travailler avec Google sur des "lentilles oculaires intelligentes" (prototype ci-contre), destinées à aider, par exemple le patient diabétique à évaluer sa glycémie en continu ou le patient presbyte à accommoder plus finement sa vision en fonction des distances ou du contexte. Cette lentille pourrait incorporer, à terme, des puces, nanocapteurs et autres nanodispositifs qui permettront, éventuellement, de traiter diverses maladies oculaires.

En tout cas, en attendant le fruit de ces investissements et recherches, Google est d'ores et déjà un acteur puissant de la santé publique : lorsqu'ils ont un symptôme ou une question de santé, de la plus simple à la plus complexe, les internautes, professionnels ou non, se tournent souvent d'emblée vers… le "Dr Google" pour effectuer leurs recherches...

En savoir plus :
Google's New Moonshot Project: the Human Body, Wall Street Journal, 27 juillet 2014
Google Health, sur Wikipedia
Lettre d'avertissement de la FDA à 23AndMe, 22 novembre 2013
Quand Google Flu Trends éternue, le Big data s'enrhume, Martin Lessard, Radio Canada, 14 mars 2014
The Parable of Google Flu: Traps in Big Data Analysis, David Lazer et coll., Science, mars 2014
Novartis to license Google "smart lens" technology, communiqué de Novartis, 15 juillet 2014

Sources : Wall Street Journal

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Vidal News du 2017-06-22