Après 80 ans, la chirurgie orthopédique lourde est en général bien supportée (étude)

1
2
3
4
5
2.0
(2 notes)
vu par 14639 lecteurs


La population occidentale vieillit, ses os et articulations aussi… Ce qui explique qu’un plus grand nombre de patients âgés subissent des interventions de chirurgie orthopédique lourdes (hanches, genoux, vertèbres).
 
Mais y a-t-il un surrisque majeur à opérer les patients âgés de plus de 80 ans? Faut-il déconseiller ce type d’interventions à cet âge ? Non, selon une étude rétrospective des années 2000 à 2009 publiée dans The Journal of Bone and Joint Surgery.
Prothèse de genou vue sur un cliché radiologique (illustration).

Prothèse de genou vue sur un cliché radiologique (illustration).

 
Trois opérations orthopédiques étudiées chez plusieurs centaines de milliers de patients âgés
Parmi les patients américains opérés entre 2000 et 2009 (Nationwide Inpatient Sample, base de données de plus de 7 millions de séjours hospitaliers), les auteurs ont sélectionné les plus de 80 ans (dans 70 à 80 % des cas, ces patients étaient le plus souvent âgés de 80 à 84 ans) : entre 2000 et 2009, 417 460 ont été admis pour une chirurgie de prothèse totale de genou, 233 277 pour une prothèse totale de hanche et 70 203 pour une fusion vertébrale, ou arthrodèse (intervention chirurgicale au niveau du rachis, visant à fixer plusieurs vertèbres entre elles pour stabiliser l'étage vertébral défaillant).
 
Les patients âgés de 65 à 79 ans, qui ont servi de point de comparaison, étaient1 868 983 à avoir eu une prothèse totale de genou,  768 999 une prothèse de hanche, et 522 369 une opération rachidienne (durant la même période).
 
Les données recueillies étaient les suivantes : sexe, race, maladies associées, complications post opératoires, mortalité, durée de séjour à l'hôpital, sortie avec retour au domicile ou transfert en rééducation et enfin, coût total de l'admission. 
 
Une mortalité faible et en baisse depuis 10 ans chez les plus de 80 ans
Chez les patients de plus de 80 ans, les auteurs ont tout d'abord constaté que la mortalité hospitalière était faible pour les 3 opérations (de 0,2 à 0,6 % en 2009).

Ils ont ensuite constaté qu'entre 2000 et 2009, ce taux de mortalité à l'hôpital avait significativement diminué :
passage de 1,1 % en 2000 à 0,6 % en 2009 pour les opérations rachidiennes (p < 0.05), baisse de 0,5 à 0,3 % pour les prothèses de hanche (p < 0.05) et diminution de 0,1 % pour les prothèses de genou (passage de 0,3 à 0,2 %, p < 0.05).
 
Le taux global de complications survenues à l'hôpital, toujours chez ces patients de plus de 80 ans, est resté stable pour la fusion vertébrale la pose d'une prothèse totale du genou, mais a augmenté pour la pose prothèse totale de hanche (de 9,0% à 10,3%, p = 0,008).
 
Plus le patient cumulait d'autres pathologies, plus le risque de complications était élevé.
 
Les auteurs ont ensuite constaté que le taux cumulé de mortalité et de complications survenues à l'hôpital était significativement plus élevé chez les patients de plus de 80 ans par rapport à ceux âgés de 65 à 79 ans (p < 0.001 pour les 3 types de procédures), mais ils soulignent que cette différence reste minime.
 
Une durée d'hospitalisation diminuée,  des soins à domicile en augmentation
D'une manière générale, entre 2000 et 2009 et indépendamment de l'âge, la durée d'hospitalisation pour l'arthroplastie rachidienne est passée de 5,6 jours à 4,2 jours, de 4,7 à 3,9 jours pour les prothèses de hanche et de 4,6 à 3,7 jours pour les prothèses de genou (p < 0.001 pour les 3 procédures).

A l'inverse, et logiquement, la proportion de patients rentrés avec des soins à domicile a augmenté entre 2000 et 2009 : + 6,8 % pour l'arthroplastie rachidienne, + 9,8% pour les prothèses de hanche et + 12 % pour les prothèses de genou (p < 0.001 pour les 3 procédures).
 
En conclusion : un léger surrisque après 80 ans qui ne devrait pas décourager la pratique de ces interventions
La principale limite que l'on peut trouver à cette étude réside dans son analyse rétrospective. Ce mode d'analyse a pu conduire à une sous-estimation de l'incidence des complications et de la mortalité car les données étaient seulement hospitalières.
 
Néanmoins le Dr Hiroyuki Yoshihara, chirurgien orthopédique à l'Université d'Etat de New York et auteur principal de l'étude, souligne l'importance de la baisse de la mortalité constatée : "malgré la stabilité ou l'augmentation des complications à l'hôpital, le taux de mortalité a diminué au fil du temps pour les trois interventions. Je pense que cette constatation reflète l'amélioration des traitements médicaux pour les complications au cours de la dernière décennie".
 
Le nombre de complications et de décès restant faibles, le Dr Yoshihara estime qu'il ne faut pas hésiter à proposer davantage ce genre d'interventions aux patients de plus de 80 ans, en particulier s'ils ont peu d'antécédents médicaux : "comme l'espérance de vie continue d'augmenter, j'espère que les patients très âgés, pour qui les traitements conservateurs complets n'ont pas suffi  (pour diverses affections orthopédiques), se verront proposer ce genre d'interventions qui amélioreront leur qualité de vie".
 
En savoir plus :
Trends in the Incidence and In-Hospital Outcomes of Elective Major Orthopaedic Surgery in Patients Eighty Years of Age and Older in the United States from 2000 to 2009, Hiroyuki Yoshihara et coll, Journal of Bone and Joint Surgery, 16 Juillet 2014.
Orthopaedic surgery generally safe for patients age 80 and older, communiqué de l'American Academy of Orthopaedic Surgeons (AAOS), 17 juillet 2014

 

Sources : American Academy of Orthopaedic Surgeons

Pour recevoir gratuitement toute l’actualité par mail
Je m'abonne !
Voir toutes les actualités Archives des Vidal News