IRM : accentuation inquiétante des délais d'attente en ville en cas d'urgence oncologique

Par Stéphane Courbois -
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Un patient "en urgence oncologique" (suspicion de métastases) doit désormais,patienter en France en moyenne 37,7 jours pour passer un examen IRM prescrit par un médecin de ville, selon une enquête de l'association Imagerie Santé Avenir (ISA). Un chiffre record et inquiétant.

Cette association  publie depuis 2003 un baromètre sur le délai d'attente en France pour passer une IRM dans cette indication.
IRM (© Fuse/ThinkStockphoto)

IRM (© Fuse/ThinkStockphoto)


IRM : un délai d'attente record depuis 11 ans
L'IRM (Imagerie par Résonnance Médicale) est une technique par champ magnétique, sans radiation,  qui permet d'obtenir des images contrastées de l'intérieur du corps humain, notamment la peau, les muscles, les vaisseaux sanguins. Cet examen est utilisé pour imager le cerveau, les tumeurs, etc.

L'étude de l'ISA est centrée sur la situation, fréquente, d'un patient en situation d'urgence pour lequel son médecin traitant, ou un spécialiste de ville, soupçonne l'existence de métastases et lui prescrit une IRM.

D'après les résultats de l'étude qui viennent d'être publiés et mis en ligne sur le site de la SFR (Société française de radiologie), les patients en situation d'urgence oncologique doivent  patienter 7,2 jours de plus que l'année dernière afin de passer une IRM. Le délai moyen national est donc passé de 30,5 jours, l'année dernière, à 37,7 jours cette année ! Ce chiffre est très éloigné de l'objectif des 20 jours, objectif fixé par le nouveau Plan Cancer 2014-2019.

Certes, il existe une forte disparité entre les régions françaises quant au délai moyen d'accès à l'examen. Ainsi, le Languedoc-Roussillon serait la région au plus faible délai d'attente, 25,8 jours en moyenne, et la Basse Normandie, la région au délai d'attente le plus long avec une moyenne de... 64,7 jours :
carte de France des délais moyens pour passer une IRM

Deux raisons expliquent cet allongement des délais d'attente.

IRM : un taux d'équipement toujours trop faible en France
La France dispose actuellement de moins de 11 machines d'IRM par million d'habitants, niveau d'équipement  très en deçà des 20 machines d'IRM par million d'habitants, moyenne des pays d'Europe de l'Ouest. 

Or, en 2013, seulement 38 machines supplémentaires ont été installées, bien loin du rattrapage important souhaité par les professionnels de santé.

IRM : un examen de plus en plus utilisé
La deuxième raison à l'allongement des délais pour passer cet examen est liée au nombre croissant de maladies pour lesquelles on aurait recours à son utilisation. C'est le cas par exemple en urologie pour la prostate où une augmentation de 32,10 % des recours à cet examen a été constatée entre 2010 et 2012. De même pour les pathologies cardiaques, avec une augmentation de 24,20% des IRM. En moyenne, le nombre de pathologies pour lesquelles l'IRM est désormais utilisée croît de 6 à 12 % chaque année.

Le rapport de la CNAMTS sur "Améliorer la qualité du système de santé et maîtriser les dépenses propositions de l'assurance maladie pour 2015", sorti en juin dernier, indiquait que l'IRM était de plus en plus utilisée pour explorer les lésions des membres inférieurs : cette utilisation représente désormais 40 % des IRM en France, contre  8,2 % seulement en Allemagne. Ce rapport, plus ou moins bien accueilli par les professionnels de santé, précisait qu'en 2012, la Haute Autorité de santé avait conclu que l'utilisation de l'IRM dans cette indication devait être un examen spécialisé de seconde attention, si les explorations radiographiques préalablement réalisées étaient jugées non concluantes.

En conclusion : il faut réviser les objectifs 
Les auteurs de l'étude de l'ISA rappelle que ce rapport ne s'est basé que sur les actes prescrits en médecine de ville et non à l'hôpital.

Ces résultats sont un "appel solennel à poursuivre les efforts d'équipements" et à la"reconnaissance d'une tendance qui semble intégrer dans la prise en charge des patients au quotidien les recommandations de bonnes pratiques et les nouvelles indications de l'IRM", conclut l'ISA. 

En ce qui concerne l'équipement, une soixantaine de machines devraient être installées d'ici la fin de l'année 2014 : "l'objectif des différents plans santé de 150 machines supplémentaires chaque année ne sera donc pas atteint", s'inquiète l'ISA. Pour cette association, "une révision rapide et substantielle des objectifs en IRM s'impose [donc] pour faire face aux exigences exprimées dans les différents plans gouvernementaux".

En savoir plus :
IRM et délais d'attente 2014, la pire année depuis 11 ans, communiqué de presse de Cemka-Eval pour Imagerie Santé Avenir, site de la SFR, juillet 2014.
Les insuffisances en matière d'équipements d'imagerie médicale en France : étude sur les délais d'attente pour un rendez-vous IRM 2014 (rapport complet), Cemka-Eval pour Imagerie Santé Avenir, juillet 2014
Améliorer la qualité du système de santé et maîtriser les dépenses propositions de l'assurance maladie pour 2015, rapport de l'Assurance Maladie mis en ligne par Les Echos, juin 2014.

Sources : Société Française de Radiologie

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