Insuffisance cardiaque : intérêt confirmé de l'accompagnement éducatif et préventif

Par Besma SIDIA -
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L’insuffisance cardiaque affecte environ 1 Européen sur 25 et représente une des causes majeures d’hospitalisations à répétition pour complications. Aux Etats-Unis, 25% des patients insuffisants cardiaques sont réhospitalisés dans les 30 jours suivant leur sortie et 35% d’entre eux le sont pour une nouvelle "poussée" de leur maladie.
 
L'accompagnement personnalisé (éducation thérapeutique, soins de transition, conseils, consultations, etc.) après une première hospitalisation permet-il de diminuer ces complications et réhospitalisations ? Oui, selon une méta-analyse récente parue dans la revue Annals of Internal medicine.  


47 essais contrôlés et randomisés passés au crible
De juin 2007 à Octobre 2013, 47 essais contrôlés et randomisés ont été sélectionnés et analysés par lr Dr Cynthia Feltner et ses collaborateurs de l'Université de Caroline du Nord à Chapel Hill. Les patients impliqués (de 134 à plus de 2 000 par essai clinique) avaient en moyenne 70 ans, étaient suivis pour une insuffisance cardiaque et se voyaient proposer soit un suivi standard, soit un suivi personnalisé incluant une éducation thérapeutique : visites à domicile (conseils, examen physique, soins éventuels), télé-assistance (assistance téléphonique pour répondre aux questions, profiguer des conseils), télémonitoring (recueil à domicile, avec des capteurs ou objets connectés, de la fréquence cardiaque, tension artérielle, saturation, poids, etc.) ou fréquentation d'une clinique multidisciplinaire de l'insuffisance cardiaque ("Multidisciplinary heart failure clinics").
 
L'évaluation par les auteurs s'est faite sur le nombre de réadmissions et la mortalité dans les 30 jours et les 3 à 6 mois suivant la sortie de l'hôpital.
 
Les visites à domicile diminuent les ré-hospitalisations et la mortalité
Les auteurs ont constaté qu'un programme soutenu de visites à domicile (par des médecins ou pharmaciens accompagnés d'une infirmière) débuté 24 heures après la sortie du patient avait permis de diminuer de 66 % les nouvelles hospitalisations à 30 jours, "toutes causes confondues" (troubles du rythme, mais aussi pneumonie, insuffisance rénale, etc. RR : 0.34, IC : 0.19-0.62). Cette diminution est encore de 25 % après 3 à 6 mois (RR : 0.75, IC : 0.68-0.86).
 
Ce programme a également réduit significativement, de 49 %, le nombre de nouvelles hospitalisations spécifiquement dues à l'insuffisance cardiaque (RR : 0.51, IC : 0.31-0.82).
 
Enfin, la mortalité a diminué de 23 % entre le 3ème et le 6ème mois suivant la sortie (RR : 0.77, IC : 0.60-0.997).
 
Des résulats comparables avec une prise en charge multidisciplinaire et la télé-assistance, mais pas avec le télémonitoring
Concernant la prise en charge multidisciplinaire effectuée dans les cliniques américaines dédiées à l'insuffisance cardiaque, le nombre de réadmissions "toutes  causes confondues" a diminué de 30 % le 3ème et le 6ème mois après la sortie (RR : 0.70, IC : 0.55-0.89). La mortalité a également baissé nettement, de 44 %, durant la même période de suivi (RR : 0.56, IC : 0.34-0.92).
 
Autre outil évalué : un programme d'assistance téléphonique personnalisée. Là encore, les auteurs constatent une diminution de 26 % des réadmissions pour insuffisance cardiaque entre 3 et 6 mois (RR : 0,74, IC : 0.61-0.9), diminution semblable (26 %) sur la mortalité à 6 mois (RR : 0,74, IC : 0.56-0.97).
 
Par contre, le telemonitoring n'a pas eu d'impact positif significatif sur le nombre d'hospitalisations et la mortalité, ni à 30 jours ni à 6 mois. 
 
En conclusion : intérêt confirmé de programmes d'éducation thérapeutique pour diminuer les risques de l'insuffisance cardiaque
D'autres études sont nécessaires afin de confirmer ces résultats et d'évaluer si les outils thérapeutiques permettant de diminuer les réhospitalisations à 3 mois ont le même effet à 30 jours (peu d'études faisaient une telle évaluation à court terme). Par ailleurs, il serait intéressant de confronter deux outils entre eux et non uniquement au traitement classique, standard, de plus mal défini.
 
Néanmoins, ces résultats délmontrent déjà l'intérêt significatif et préventif des visites à domicile, du soutien téléphonique et de l'accompagnement par un établissement spécialisé.
 
Cynthia Feltner, interrogée par MedicalResearch.com, estime d'ailleurs qu'il faudrait d'ores et déjà prendre en compte ces résultats au niveau du système de santé américain : "les cliniciens et les systèmes de soins de santé, pour réduire les réadmissions, devraient donc concentrer leurs efforts sur des interventions mettant en place un suivi spécifique relativement fréquent, comme des programmes de visites à domicile et un suivi par une clinique multidisciplinaire spécialisée. Cela peut être un défi, car ces programmes sont coûteux, mais ils ont démontré pouvoir réduire les réadmissions inutiles et améliorer la survie des patients atteints d'insuffisance cardiaque".

En savoir plus :
"Transitional Care Interventions to Prevent Readmissions for Persons With Heart Failure: A Systematic Review and Meta-analysis", Cynthia Feltner, MD et coll., Ann Intern Med. 2014;160(11):774-784. doi:10.7326/M14-0083
"Preventing Hospital Readmissions with Transitional Care for Heart Failure Patients", medicalresearch.com, juin 2014

Sur VIDAL.fr : 
VIDAL Reco Insuffisance cardiaque chronique
 

Sources : Annals of internal Medicine

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Vidal News du 2017-07-27

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