Bilharziose en Corse : recommandations de prise en charge et de traitement

Par Isabelle COCHOIS -
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Plusieurs cas de bilharziose à Schistosomia haematobium (ou urogénitale) ont été signalés fin avril 2014 chez des personnes s'étant baignées dans la rivière Cavu (encore appelée Le Cavo ou ruisseau de Finicione), en Corse du Sud entre 2011 et 2013.

Les professionnels de santé français seront très probablement soit sollicités en consultation par des patients résidents ou ayant séjourné dans cette région et s'étant baignés dans cette rivière, soit amenés à dépister les sujets à risque, soit encore à traiter ceux dont la contamination a été établie.

Quels sont les signes cliniques ? Comment se transmet le parasite ? Qui dépister et comment ?
Quel est le traitement ? Faut-il déclarer la maladie ? 
Autant de questions auxquelles cette mise au point vise à répondre de manière synthétique et pratique.
Le Cavo est un petit fleuve côtier français qui coule dans le département de la Corse-du-Sud et se jette dans la Mer Méditerranée (cliché @ Neri.jp, Wikimedia).

Le Cavo est un petit fleuve côtier français qui coule dans le département de la Corse-du-Sud et se jette dans la Mer Méditerranée (cliché @ Neri.jp, Wikimedia).


Toute personne exposée, ayant eu un contact cutané, même bref, avec de l'eau douce de la rivière Cavu en Corse du Sud entre 2011 et 2013 sur une période allant de juin à septembre, doit consulter son médecin traitant, sans caractère d'urgence.
En présence de symptômes (voir ci-dessous) et/ou en cas de contacts répétés avec l'eau de cette rivière au cours d'activités professionnelles ou récréatives (agriculture, pêche, 
baignades, canotage, rafting, etc.), les personnes exposées devront consulter prioritairement leur médecin traitant.

Devant quels symptomes évoquer le diagnostic ?
Les symptômes évocateurs du diagnostic de bilharziose urinaire sont :
  • des manifestations allergiques de type fièvre, urticaire, toux, contemporains de la phase d'invasion (migration des vers pendant plusieurs semaine),
  • ou des signes urinaires (hématurie terminale, cystites à répétition) et génitaux (hémospermie, douleurs pelviennes, granulomes cutanés ou muqueux péritonéaux, infertilité) survenant pendant la phase d'état (au-delà de 2-3 mois).
L'infection peut toutefois passer inaperçue et parfois guérir spontanément.

Quels examens pratiquer pour confirmer le diagnostic ?
La sérologie est l'examen de choix du diagnostic de bilharziose génito-urinaire.
Pour que sa sensibilité soit optimale, elle doit associer deux techniques : Elisa et hémaglutination, ainsi que l'utilisation de deux antigènes parasitaires de stades différents, oeuf et parasite adulte.
Une filière biologique doit être mise en place allant du laboratoire de proximité jusqu'au laboratoire compétant.

Le test est positif si au moins une des deux techniques est positive.
Le cas échéant (infection), le bilan complémentaire associe :
  • une échographie des voies urinaires pour évaluer leur intégrité ;
  • une créatininémie pour évaluer la fonction rénale ;
  • et, selon le contexte, un examen parasitologique des urines (EPU) et une numération formule sanguine (NFS).
Tout cas confirmé doit faire l'objet d'un signalement à l'Agence régionale de santé (ARS) du domicile du patient grâce à un formulaire spécifique. La déclaration n'est toutefois pas obligatoire et l'accord du patient pour participer à la surveillance des cas confirmés doit par ailleurs être obtenu. En cas de refus de ce dernier, le formulaire peut être envoyé à l'ARS par le médecin avec les initiales du patient en lieu et place de ses nom et prénom.

Quel traitement prescrire ?
En France, une seule molécule est active sur les formes adultes de Schistosoma haematobium, la praziquantel. Elle est disponible sous forme de flacon de 6 comprimés de 600 mg chacun, quadrisécables, commercialisés par le laboratoire Bayer sous le nom de BILTRICIDE.

Le schéma thérapeutique recommandé est de 1 dose de 40 mg/kg administrée en 1 ou 2 prises sur un seul jour.
Un délai minimal de 8 semaines doit être respecté entre le bain contaminant et le traitement
afin d'améliorer l'efficacité thérapeutique et de diminuer le risque d'effets secondaires.

Pendant la phase d'invasion, le traitement repose sur les anti-histaminiques et, en cas d'atteinte sévère, sur la corticothérapie systémique.

Il n'existe pas de forme galénique spécifique pour la population pédiatrique, ni de recommandation dans les libellés d'autorisation de mise sur le marché (AMM). Les comprimés sont cependant dispersibles dans l'eau.
Concernant la grossesse, BILTRICIDE est actuellement contre-indiqué pendant la grossesse au 1er trimestre. Les données de la littérature étant rassurantes sur un grand nombre de femmes traitées, cette contre-indication sera levée d'ici à la fin du mois de juillet 2014.
S'agissant de l'allaitement, la période d'interruption suite à la prise de praziquantel, actuellement de 72 heures, sera réduite à 24 heures. 

Au vu des consommations observées, le stock actuellement disponible permet de couvrir la période allant jusqu'au 1er juillet 2014. Des mesures de contingentement seront mises en place très prochainement par l'ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) de façon à éviter la prévisible rupture de stock ; l'importation d'un médicament à base de praziquantel commercialisé par un autre laboratoire est également envisagée en lien avec le laboratoire Bayer.

Pour rappel, en l'absence de traitement, des complications urinaires plus ou moins graves peuvent survenir telles une fibrose de la vessie, un rétrécissement des voies urinaires, une surinfection, des calculs, une insuffisance rénale voire, à terme, un cancer de la vessie. Les voies génitales peuvent également être atteintes sous forme d'infertilité ou de stérilité.

Quel suivi réaliser ?
Les patients exposés traités seront suivis sur :
  • l'examen clinique,
  • le résultat de la bandelette urinaire,
  • l'éosinophilie,
  • l'examen parasitologique des urines.
Le suivi sérologique ne présente pas d'intérêt.
En cas d'échec thérapeutique, un avis spécialisé sera requis afin de décider du renouvellement du traitement anti-helmintique à 6 mois.

Pour mémoire
La bilharziose est une affection parasitaire due à un ver plat appelé schistosome dont les oeufs, après maturation chez un mollusque hôte intermédiaire, libèrent dans l'eau douce des larves qui pénètrent dans le corps humain à travers la peau à l'occasion d'un contact, même bref.
Devenues adultes, les larves s'accouplent et migrent vers les vaisseaux situés autour de la vessie où les femelles pondent leurs oeufs à partir du 2e ou 3e mois qui suit l'infection. Ces oeufs contaminent l'eau douce lorsqu'ils sont rejetés par les urines d'une personne contaminée, initiant un nouveau cycle de contamination. La longévité des vers dépasse 10 ans
Il n'y a pas de transmission interhumaine directe de la bilharziose, ni de transmission maternofoetale.

Pour aller plus loin
Dépistage et traitement des infections à Schistosoma haematobium (HCSP, 23 mai 2014)
Recommandations pour les personnes potentiellement exposées à la bilharziose après une baignade dans la rivière Cavu (Corse du sud). Communiqué de presse du Ministère des affaires sociales et de la Santé (16 juin 2014)
Questions - Réponses : Cas de Bilharziose en Corse du Sud (version du 16 juin 2014), Ministère des affaires sociales et de la Santé
Fiche "Prise en charge des personnes potentiellement exposées à la bilharziose en Corse à la suite d'un contact avec l'eau de la rivière Cavu" (Direction générale de la santé, juin 2014)
Formulaire de déclaration des cas de bilharziose aux ARS régionales

Sources : Ministère des Affaires sociales et de la Santé, HCSP (Haut Conseil de la Santé Publique), DGS

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Vidal News du 2017-11-16

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