Deux études évaluent la perception et l’impact de l’autorisation de la vente en ligne de médicaments

Par Jean-Philippe RIVIERE -
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La vente en ligne de médicaments en libre accès en pharmacie est autorisée depuis le 1er janvier 2013. Suite à une décision du Conseil d’Etat en février 2013, cette vente en ligne a été élargie à tous les médicaments vendus sans ordonnance (prescription médicale facultative), ce qui représente plus de 3 000 familles de médicaments.

Afin d’en savoir plus sur les conséquences de cette autorisation, les étudiants du Master Marketing de la Santé de l’Université Pierre et Marie Curie (UPMC) ont réalisé début 2014 deux études auprès de consommateurs et de pharmaciens afin d’évaluer leurs connaissances, perceptions, freins et attentes sur la vente en ligne de médicaments.
Les premières pharmacies virtuelles françaises sont en ligne depuis début 2013.

Les premières pharmacies virtuelles françaises sont en ligne depuis début 2013.


Une étude qualitative, une étude quantitative et une analyse des sites existants
Les étudiants de l'UPMC ont mené des entretiens de 30 minutes, en face à face ou par téléphone, avec 65 consommateurs et 35 pharmaciens. L'objectif ? Evaluer leurs connaissances, attitudes et comportements en matière de vente et d'achat de médicaments en ligne.

La deuxième étude  a été menée via un questionnaire en ligne portant sur les habitudes de consommation de santé, la connaissance et perception de la vente en ligne de médicaments, la définition du site idéal et le futur de la vente en ligne. 772 personnes ont répondu, les résultats ont été analysés en respectant la méthode des quotas (sexe, âge et localisation).

Par ailleurs, les étudiants de l'UPMC ont analysé les sites de vente en ligne (pharmacies "virtuelles" rattachées à une pharmacie physique) actuellement disponibles.

Un quart des sites ne fonctionnent pas, 70 % ne mettent pas la notice à disposition
A ce jour, une petite centaine d'officines sur les 22 000 pharmacies françaises ont un site de vente en ligne. Selon l'analyse des étudiants de l'UPMC, 25 % de ces sites ne fonctionnent pas. Parmi ceux qui fonctionnent, la plupart (81 %) vendent des médicaments sans ordonnance obligatoire et de la parapharmacie (14 % ne vendent que de la parapharmacie, 5 % ne vendent que des médicaments).

Par ailleurs, plus de 70 % des sites analysés (sites actifs en janvier 2014) ne mettent pas à disposition des patients la notice des médicaments, alors que c'est spécifiquement requis par la réglementation en vigueur.

Enquête qualitative : les consommateurs en attente d'information, sécurisation et personnalisation
Les consommateurs interrogés s'inquiètent de la contrefaçon, de l'aspect commercial du site, de la présence éventuelle de publicité, des délais de livraison.

Ils souhaitent donc être rassurés, en particulier sur la non-falsification des médicaments vendus, par le conseil du pharmacien, sa photo et la présence d'une croix verte sur le site. Ils pensent privilégier l'achat de médicaments de marque(s) qu'ils connaissent. 

Comme l'a précisé Vincent Perrot (Vice-Président de la CLCV Paris) lors de la table ronde qui a suivi la présentation des résultats le 13 mai, les attentes des usagers de santé sont également fortes en matière d'informations sur les prix, qui sont souvent très variables d'une pharmacie physique à l'autre.  

Des sites peu connus et encore moins utilisés
Les ¾ des 772 personnes interrogées en ligne connaissaient la possibilité d'acheter des médicaments sur internet, mais 45 % seulement savaient que c'était possible en France. 54 % déclarent d'ailleurs ne pas avoir été bien informés de cette possibilité. Ils souhaiteraient que les autorités de santé (70 %), les pharmaciens et les médecins comblent ce déficit d'information.

Sur ces 772 personnes, 124 (16,1 %) avaient déjà consulté un site de pharmacie, mais seules 15 (1,9 %) ont déjà acheté des médicaments par ce biais.

Plusieurs circonstances pourraient favoriser l'achat en ligne de médicaments
L'enquête quantitative a confirmé les enseignements des entretiens individuels : pour être rassurés sur le site de vente, les consommateurs souhaitent en priorité de l'information sur le médicament, un logo d'un organisme de santé attestant de la légalité du site, les coordonnées de la pharmacie physique, la sécurisation du paiement et des données personnelles.

Les principales circonstances pouvant déclencher l'achat sont, d'après les répondants, le gain de temps ("je ne peux pas me déplacer", "je perds trop de temps à aller en officine") et la perspective de payer moins cher ces produits.

Ils seraient davantage prêts à acheter des médicaments qu'ils connaissent (médicaments sans ordonnance courants), de la parapharmacie (hygiène et cosmétique). Comme l'a souligné le Dr Pierjean Bisiau, pharmacien et créateur du site pharma-medicaments.com, les utilisateurs de son site achètent surtout des médicaments de marque et ceux qui concernent l'hygiène intime (mycoses, hémorroïdes, préservatifs...) probablement en raison de difficultés à verbaliser cette demande en pharmacie, devant ou à proximité d'autres clients.  Ils achètent aussi de l'homéopathie, car il manque souvent des références en pharmacie. 

Côté profil, les CSP + sont les plus enclins à acheter des médicaments en ligne. Ils souhaitent d'ailleurs aussi qu'ils soient vendus en grandes et moyennes surfaces, ce qui est pour le moment interdit en France (monopole pharmacien). Les hommes sont plus tentés que les femmes par cet achat, en particulier s'ils ont entre 30 et 50 ans. Logiquement, les personnes vivant en milieu rural, donc plus éloignées des pharmacies physiques, y sont davantage favorables que les citadins. 

A l'inverse, la contrefaçon, l'absence de conseil du pharmacien et le délai de livraison paraissent être les principaux freins à cet achat en ligne.

Perception des pharmaciens qui vendent des médicaments en ligne... et de leur site
Une majorité des répondants estime qu'un pharmacien qui vend des médicaments en ligne "souhaite augmenter son chiffre d'affaires", "est commerçant" et "incite à la consommation". Seuls 28 % des personnes interrogées disent vouloir demander à leur pharmacien s'il a un site de vente ou s'il compte en développer un.

Trois sites ont également été présentés aux 772 répondants en ligne : lasante.net, pharmashopi.com et pharmacie en ligne en France (site illégal, car vendeur de médicaments sur prescription). Le site Lasante.net a été préféré en raison de sa clarté, son attrait, la confiance qu'il inspire, la page d'accueil qui donne envie de le visiter, la présentation compréhensible de ses informations et services. La possibilité de contacter le pharmacien et la présence des coordonnées de sa pharmacie sont des éléments recherchés par les utilisateurs interrogés.

En conclusion : un phénomène encore marginal, qui pourrait certes se développer, mais… lentement
En Allemagne, la vente en ligne de médicaments est autorisée depuis 10 ans, mais seulement 7 % du chiffre d'affaires de l'automédication se réalise sur internet.

Cela prendra-t-il autant de temps en France ? C'est probable, d'autant que les restrictions, liées au monopole pharmacien en vigueur, compliquent l'ouverture d'officines virtuelles.

Néanmoins, ces deux études, qui demandent confirmation dans le temps et à plus grande échelle, montrent que si le site d'une pharmacie ressemble à… une pharmacie (charte graphique, conseil personnalisé, simplicité d'accès, etc.), les utilisateurs seraient prêts à y retourner, voire à acheter des médicaments en ligne, en particulier si cela leur fait faire des économies de temps et d'argent, valeurs si précieuses dans la société d'aujourd'hui…

En savoir plus :
Médicaments : quel est l'avenir de la vente en ligne ?, UMPC, 13 mai 2014

Sur Vidal.fr :
Vente en ligne de médicaments : les conditions précisées par un arrêté ministériel, juin 2013
Projet d'arrêté sur la vente en ligne de médicaments : les réserves de l'Autorité de la concurrence, mai 2013
Médicaments en vente sur internet : les pharmaciens vont davantage tisser leur toile, février 2013

Sources : UPMC

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Vidal News du 2017-06-15