Dépistage et diagnostic du cancer de la prostate : état des lieux en France entre 2009 et 2011

Par DAVID PAITRAUD -
1
2
3
4
5
3.5
(4 notes)
vu par 4192 lecteurs


Le BEH (Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire) publie une étude réalisée entre 2009 et 2011 à partir des données de l'Assurance Maladie sur 11 millions d'hommes de 40 ans et plus.

Les résultats montrent que le nombre de prescriptions du dosage de PSA en l'absence de cancer de la prostate diagnostiqué ou traité ou d'hypertrophie bénigne de la prostate reste important en France.

Les auteurs soulignent que cette pratique s'assimile à une persistance du "dépistage de masse" alors que cette stratégie a été écartée par la HAS en raison d'un risque de surdiagnostic et de surtraitement.
Position anatomique de la prostate, sous la vessie.

Position anatomique de la prostate, sous la vessie.


Le BEH du 1er avril a publié les résultats d'une étude réalisée à partir des données de l'Assurance maladie, notamment du SNIIRAM (système national d'information inter-régime de l'Assurance maladie), recueillies entre 2009 et 2011. L'objectif de cette étude était d'estimer la fréquence de prescription d'un dosage de PSA (antigène spécifique de la prostate) et/ou d'une biopsie, ainsi que la fréquence des cancers de la prostate nouvellement pris en charge. Les auteurs (Philippe Tuppin et coll.) se sont également intéressés aux traitements du cancer et à leurs éventuelles complications. 

L'étude a porté sur 11 millions d'hommes de 40 ans et plus bénéficiant du régime général d'assurance maladie, soit 73 % des hommes de cette classe d'âge.

Un nombre élevé de prescriptions de dosages de PSA par les médecins généralistes
L'étude révèle qu'en 2011, environ 30 % des hommes sans cancer de la prostate avait eu au moins un dosage de PSA. Les prescriptions étaient majoritairement réalisées par les médecins généralistes (87 %).

Le dosage de PSA libre correspondait à 21 % des prescriptions, alors que "ce type de dosage est considéré comme inutile dans le suivi du cancer de la prostate" rappellent les auteurs. Ces derniers précisent par ailleurs que ce dosage est plus coûteux que celui du PSA total (17,8 euros contre 10 euros). "Il (le dosage de PSA libre) est principalement le fait des médecins généralistes, avec une prescription effectuée le plus souvent dans le cadre d'un dépistage individuel", soulignent Ph Tuppin et coll.

Pas de baisse des dosages du PSA, mais une baisse des prostatectomies
Entre 2008 et 2011, la fréquence de prescription d'au moins un dosage annuel du PSA à des hommes n'yant pas de cancer de la prostate ne semble pas avoir avoir diminué, stagnant à un taux compris entre 30 et 31 % et ce, malgré le rappel des recommandations françaises au cours de cette période.

En revanche, le nombre de prostatectomies a diminué, passant de 27 278 en 2007 à 19 789 en 2012.

Une hétérogénéité régionale des pratiques
"Les variations régionales de dosages du PSA, de réalisation de biopsie prostatique et de prise en charge de cancer de la prostate témoignent de l'hétérogénéité des pratiques", constatent les auteurs.

C'est particulièrement remarquable pour la biopsie de la prostate, dont la fourchette de taux pour 10 000 hommes varie fortement entre certains départements (par exemple, ce taux est compris entre 22,5 et 47,5 en Ile de France et en Gironde alors qu'il est compris entre 67,8 et 121,9 en Corrèze et en Guadeloupe). 

Près des deux tiers des hommes prostatectomisés ont reçu un traitement médicamenteux pour trouble de l'érection
Selon cette étude, les traitements réalisés chez les hommes ayant un cancer de la prostate (tous stades confondus) se répartissent de la façon suivante : 38 % de prostatectomies, 35 % d'hormonothérapies, 29 % de radiothérapies et 20 % d'absence ce traitement (surveillance uniquement).

Les auteurs se sont également intéressés aux complications liés aux traitements du cancer de la prostate, notamment à partir des données de remboursement de médicaments indiqués dans ces situations. Ainsi, chez les hommes de 50 à 69 ans, près de 66 % ont eu une prostatectomie isolée et parmi eux, 61 % ont reçu un traitement médicamenteux pour trouble de l'érection et 18 % pour troubles urinaires lors des 2 ans de suivi.

Malgré certaines limites, cette étude montre une persistance du dosage de masse du PSA
Cette étude présente des limites, notamment l'impossibilité de savoir si la prescription du dosage du PSA s'inscrit dans une situation de dépistage avec ou sans facteurs de risque particuliers, d'aide au diagnostic en fonction de signes cliniques ou de surveillance et suivi de patients.

"La fréquence élevée de dosage du PSA en France correspond à un dépistage de masse, contrairement aux recommandations de la HAS", résument les auteurs qui ajoutent que "les résultats de cette étude sont en faveur d'un surdiagnostic et d'un surtraitement du cancer de la prostate".

En conclusion, ils appellent à une évaluation de l'utilité du dosage du PSA libre et à une meilleure information du patient sur les risques de troubles urinaires et sexuels liés à à la prise en charge de ce type de cancer. Selon eux, cette information devrait intervenir dès le dosage du PSA.

Pour aller plus loin
Dépistage et diagnostic du cancer de la prostate et son traitement en France, selon le Sniiram (2009-2011) - Auteurs : Ph Tuppin et coll (BEH n° 9-10, 1er avril 2014)
Détection précoce du cancer de la prostate : Actualisation du référentiel de pratiques de l'examen périodique de santé (EPS) (HAS, juin 2013)

Sources : CNAMts, BEH

Pour recevoir gratuitement toute l’actualité par mail
Je m'abonne !
Voir toutes les actualités

Vidal News du 2017-07-27

Archives des Vidal News