Sevrage tabagique : la Haute Autorité de Santé propose des outils et de nouvelles recommandations

Par David PAITRAUD -
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La HAS (Haute Autorité de santé) publie de nouvelles recommandations sur le sevrage tabagique. "L’objectif de cette recommandation de bonne pratique est d’améliorer la qualité de la prise en charge des patients fumeurs", en mettant à la disposition des professionnels de santé des informations et outils pratiques (questionnaires, algorithmes, échelles d’évaluation, fiches pratiques, etc.).

Cette recommandation prend en compte l'émergence de la cigarette électronique, dont l'utilisation dans une tentative de sevrage "ne doit pas être découragée". Cependant la HAS ne la recommande pas, "à ce jour", comme nouvel outil d’aide à l’arrêt du tabac, principalement en raison du manque d'études permettant d'évaluer son rapport bénéfices-risques.

Les professionnels de santé disposent d\'outils, médicamenteux ou non, pour tenter d\'aider les fumeurs à se sevrer.

Les professionnels de santé disposent d\'outils, médicamenteux ou non, pour tenter d\'aider les fumeurs à se sevrer.


Rappel de l'importance du rôle des professionnels de santé
Le rôle pivot du médecin traitant et d'autres professionnels de santé (sages-femmes, pharmaciens) est le principal message de ces recommandations 2014 : l'accompagnement par un professionnel de santé est incontournable pour augmenter les chances d'arrêter de fumer et de ne pas rechuter.

En effet, l'HAS souligne que sans aide professionnelle, 97 % des fumeurs qui désirent arrêter de fumer échouent.  "Le repérage systématique des fumeurs est donc capital", insiste la Haute Autorité, "tous les patients devraient être interrogés sur leur éventuelle consommation de tabac afin de pouvoir bénéficier d'une aide au sevrage".

Les auteurs estiment cependant qu'il y a un manque d'information et de formation des professionnels de santé dans ce domaine : "il est recommandé que tous les professionnels de santé et notamment les médecins généralistes soient formés au dépistage individuel et à l'aide à l'arrêt du tabagisme".

Des conseils et outils pratiques pour l'aide au sevrage tabagique
Pour contribuer aà l'amélioration des pratiques professionnelles, des outils, regroupés sur cette page du site de la HAS, sont proposés pour chaque étape du sevrage :
  • dépistage de la consommation, par exemple avec le test de Fagerström : dès qu'un fumeur est identifié, le professionnel de santé devrait donc systématiquement l'encourager à arrêter ;
  • évaluation de la dépendance et de la motivation à l'arrêt : des tests permettent également d'évaluer le niveau de dépendance du fumeur. Le modèle de Prochaska et Di Clemente est par exemple proposé pour évaluer le stade de motivation du patient afin d'adapter la stratégie d'arrêt du tabac ;
  • accompagnement de l'arrêt : un soutien psychologique au cours de consultations dédiées est recommandé ;
  • un traitement médicamenteux peut compléter cet accompagnement : les substituts nicotiniques doivent être utilisés en première intention. "Au vu de leurs effets indésirables", les deux médicaments indiqués dans le sevrage tabagique chez l'adulte, la varénicline et le bupropion, "sont recommandés en dernière intention : leur balance bénéfice/risque est incertaine", indique la HAS (davantage de précisions sur la recommandation, page 27) ;
  • prévention des rechutes : après l'arrêt, la poursuite des consultations doit permettre d'analyser les pensées qui poussent à la rechute, d'adapter le traitement et de donner des conseils personnalisés. Un outil est également proposé (Les "colonnes de Beck").

Quelle place pour la cigarette électronique ?
Nouveauté par rapport aux dernières recommandations publiées en 2003, les auteurs ont pris en compte le développement croissant de la cigarette électronique dans la population des fumeurs. Ils rappellent que la e-cigarette ne peut, pour le moment, être considérée comme une méthode de sevrage du fait d'un manque de données concernant son efficacité et son innocuité ("en 2013, rien ne permet de valider l'allégation d'aide au sevrage tabagique de ces produits"). Cependant la HAS reconnait que ce produit présente une moindre toxicité que la cigarette.

Les auteurs estiment d'ailleurs que l'utilisation de la e-cigarette ne doit pas être découragée chez un fumeur qui a commencé à vapoter et qui désire arrêter de fumer :  "leur utilisation ne doit pas être déconseillée mais doit s'inscrire dans une stratégie d'arrêt ou de réduction du tabac avec accompagnement psychologique".

Ils recommandent de mettre en place des études cliniques et des études observationnelles de santé publique sur les effets des cigarettes électroniques, afin d'évaluer leur rapport bénéfices - risques.

Notons que les vendeurs de cigarettes électroniques ne sont pas concernés par ces recommandations, alors qu'ils sont de nouveaux interlocuteurs pour les fumeurs et pourraient donc délivrer des conseils adaptés, en attendant l'objectivation d'un possible intérêt significatif dans le sevrage.
 
Acupuncture, hypnothérapie : tout ce qui peut encourager le sevrage…
Tout comme pour la cigarette électronique, la position de la HAS concernant les méthodes alternatives (activités physiques, acupuncture et hypnothérapie) a évolué. Bien que leur efficacité reste à évaluer et que leur effet ne soit pas validé, la HAS considère qu'elles "n'ont pas montré à ce jour de risque majeur".

Les professionnels de santé ne doivent donc pas empêcher un patient de "bénéficier d'un traitement qui peut être utile de par son effet placebo, si ce traitement est avéré inoffensif".  Les professionnels sont invités à signaler au patient que si cette prise en charge ne réussissait pas, une prise en charge dont l'efficacité a été établie pourra lui être proposée.
 
Sources et ressources complémentaires
Arrêt de la consommation de tabac : du dépistage individuel au maintien de l'abstinence en premier recours (recommandation complète, "boîte à outils" pour les professionnels et les patients, etc., HAS, 21 janvier 2014)
Arrêter de fumer et ne pas rechuter : la recommandation 2014 de la HAS (communiqué de presse de la HAS, 21 janvier 2014)

Sources : HAS (Haute Autorité de Santé)

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Vidal News du 2017-04-27