Etudes : un robot bébé phoque "thérapeutique" pourrait améliorer la qualité de vie des personnes âgées

Par Jean-Philippe RIVIERE -
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Le robot PARO, conçu pour interagir positivement avec les personnes âgées, dépendantes ou démentes, est testé depuis 2003 dans différents services hospitaliers ou médicalisés.

L’objectif ? Evaluer si PARO améliore la qualité de vie au quotidien des patients. Ces tests ont notamment abouti à la publication, en 2013, de deux études-pilote plutôt positives, mais à confirmer avec des essais de plus grande ampleur.
Une personne âgée étreint le robot PARO.

Une personne âgée étreint le robot PARO.


Les robots-animaux de compagnie… d'abord vendus comme jouets
La science-fiction a mis en scène depuis les années 30, notamment via Isaac Asimov, des robots "de compagnie", humanoïdes ou non. Depuis une quinzaine d'années, des industriels tentent de concrétiser ces fictions en proposant, sous forme de jouets, différents robots "autonomes" qui "apprennent" et "mûrissent" en fonction de la manière dont on les utilise :
- En 1998, la société Tiger Electronics met en vente le FURBY, sorte de peluche animée et évolutive ressemblant à une chouette (exemplaire blanc ci-dessous à gauche). Anecdote : un an plus tard, l'auteur de ces lignes, alors médecin remplaçant, en a conseillé l'achat à la famille d'une patiente très âgée et handicapée, après la mort de son chien. Elle en était apparemment ravie, le caressait, lui parlait… ;
- En 1999, Sony commercialise le chien AIBO, également évolutif au cours du temps, et qui désobéit parfois aux ordres, s'il n'est pas "bien dressé" par son propriétaire ;
- En 2006, l'entreprise Ugobe met en vente PLEO, un bébé dinosaure qui développe des émotions et comportements au fur et à mesure qu'il "grandit".
 

Ces robots sont très doux, demandent un peu d'attention, et fournissent en retour une présence, une sorte d'empathie… Ce qui est encore plus vrai pour le robot PARO, spécialement développé pour stimuler les interactions et diminuer le stress.

PARO, un robot bébé phoque élaboré pour tenter de reproduire les effets de la zoothérapie
PARO, inventé en 1993 par le Dr Takanori Shibata, est un robot développé par la société japonaise AIST. Il a été conçu, précise le site américain du fabriquant, pour reproduire, avec un robot, les bénéfices constatés avec la zoothérapie (thérapie ou réadaptation grâce aux chiens, chats, dauphins…) dans des hôpitaux ou centres de long séjour. En effet, la présence d'animaux vivants dans les chambres n'est pas autorisée dans les établissements de soins.

La huitième version de ce robot est actuellement commercialisée pour environ 5000 euros. 

De multiples capteurs pour "interagir" avec l'utilisateur
Recouvert d'une fourrure synthétique, Paro comporte des logiciels d'intelligence artificielle et de multiples capteurs lui permettant d'interagir avec la personne qui le tient dans ses bras : capteurs tactiles (différenciation caresse, étreinte..), audio (reconnaissance de la direction de la voix et de certains mots, comme son nom, des compliments, etc.), visuels (capteur de lumière), posturaux et thermiques. De plus, il mémorise certaines actions, comme les caresses, les câlins, etc.

Grâce à tous ces capteurs et ses logiciels, PARO peut "répondre" à différents stimuli en montrant des émotions, comme la surprise, la joie et la colère. PARO émet aussi des bruits de bébé phoque, cligne des yeux, lève sa tête (cf. photos ci-contre), se blottit contre la personne qui le porte, etc.  

Paro testé dans un établissement de long séjour auprès de personnes âgées atteintes de démence
Le Pr Cooke et ses collègues ont organisé des activités avec PARO pendant 10 semaines dans un établissement de soins long séjour en Australie. Les 18 personnes étudiées (âge moyen : 85 ans) présentaient une démence "modérée à sévère", précise l'étude. 53 % étaient veufs ou divorcés.

Les séances se déroulaient en deux groupes randomisés de 9 patients pendant 3 séances de 45 minutes trois fois par semaine :
- Le premier groupe de 9 se voyait confier un, puis deux PARO : ils étaient invité à lui parler, à le toucher, à le regarder dans les yeux, etc.
- Le groupe contrôle a fait le même nombre de séances, mais cette fois-ci avec des images, des livres, des questions sur les lectures, des discussions de groupe.

L'évaluation a été faite après deux périodes de 5 semaines séparées de 3 semaines, via un questionnaire de mesure de la qualité de vie chez les patients Alzheimer (échelle QOL-AD, pour "Quality Of Life in Alzheimer's disease"), des échelles d'anxiété, d'apathie et de dépression. Pendant les sessions, l'humeur était également évaluée (échelle OERS, pour "Observed Emotion Rating Scale").
 

Une amélioration de la qualité de vie constatée dans le groupe PARO
Le principal outil d'évaluation, l'échelle QOL-AD, montre une amélioration significative de la qualité de vie des 9 patients ayant utilisé PARO, par rapport à leur évaluation initiale. L'échelle d'humeur OERS montrait aussi une amélioration. Ces améliorations étaient plus franches que dans le groupe "lecture".

Le personnel soignant a également indiqué "que les membres du groupe Paro étaient moins anxieux que ceux du groupe lecture", impression confirmée "par une analyse vidéo".

Par ailleurs, les auteurs soulignent que les 9 participants souhaitaient continuer ces séances avec PARO. Leur entourage le percevait comme "mignon  et sans danger".

Une étude certes pilote, à confirmer avec davantage de patients et en utilisant d'autres paramètres, mais prometteuse : les personnes démentes souffrent de solitude, tristesse et anxiété, autant de symptômes qui semblent atténués par la présence de ce compagnon robotique.

Une autre étude randomisée, chez des personnes âgées non démentes, montre une diminution du sentiment de solitude
En Nouvelle-Zélande, dans une résidence de long séjour, ce sont cette fois-ci deux groupes de 20 personnes âgées qui ont été formés. Deux séances par semaine étaient organisées, pendant 12 semaines, soit avec PARO, soit autour d'autres activités, avec ou sans chien (vivant). Là aussi, le questionnaire QOL-AD a été utilisé, ainsi que d'autres échelles évaluant l'humeur et le sentiment de solitude.

Résultat, au bout de 12 semaines, la qualité de vie s'était améliorée dans les deux groupes (réduits chacun à 17 suite à des décès…). L'humeur est restée à peu près inchangée. Par contre, le sentiment de solitude a diminué significativement dans le groupe PARO, tandis qu'il s'est plutôt accentué dans le groupe témoin, en particulier lorsque le chien n'était pas là.

Cette diminution du sentiment de solitude est comparable à celle retrouvée dans d'autres études, comme celle-ci qui avait comparé l'impact du chien-robot AIBO, évoqué précédemment, à celui d'un chien vivant sur des personnes âgées en centre de long séjour.

Par ailleurs, 95 % des membres du groupe PARO ont discuté entre eux du robot (seulement 32 % de l'autre groupe ont parlé du chien, mais il était présent depuis quelques semaines, donc moins "nouveau" que PARO).

En conclusion
Les robots compagnons "thérapeutiques" semblent pouvoir être utiles aux personnes âgées, démentes ou non, en particulier lorsqu'elles sont dans un endroit (hôpital, centre long séjour, maison de retraite) qui ne permet pas d'avoir d'animaux vivants. Cela les rendrait plus "sociales", moins anxieuses, moins stressées.

Ces résultats sont à confirmer par de plus larges études, mais laissent imaginer que les auteurs américains de science-fiction des années 50 avaient raison : il devrait y avoir de plus en plus de robots de compagnie dans nos sociétés, en particulier auprès des aînés, qui souffrent si souvent de solitude…

Ces robots ne remplaceront  bien sûr pas l'affection humaine, ni l'amour, mais la complèteront probablement, les robots ayant l'énorme atout d'être infatigables, inlassables... et toujours de bonne humeur !

Jean-Philippe Rivière

Ressources complémentaires :
- fiches Wikipedia des robots FURBY, AIBO et PLEO
- site américain de PARO, d'où proviennent les photos de PARO illustrant cet article
- site japonais de PARO
- "Exploring the effect of companion robots on emotional expression in older adults with dementia: a pilot randomized controlled trial", Moyle W et coll., Journal of gerontological nursing, mai 2013. L'étude complète a été uploadée sur ce site finlandais (fichier PDF)
- "Brief Descriptive Information about the Quality of Life-AD Measure" (fichier PDF), Rebecca Logsdon, PhD; University of Washington, 1996
- "Observed Emotion Rating Scale in Alzheimer's disease" (fichier PDF), Powell Lawton et coll., 1996-1999
- "The Psychosocial Effects of a Companion Robot: A Randomized Controlled Trial", Robinson H et coll., Journal of the American Medical Directors Association, mars 2013. L'étude complète a également été uploadée sur le même site finlandais (fichier PDF)
- "Animal-assisted therapy and loneliness in nursing homes: use of robotic versus living dogs", Banks MR et coll., Journal of the American Medical Directors Association, 2008

Sources : Journal of gerontological nursing

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Vidal News du 2017-07-20

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